Guerre aux ordres religieux
On comprendra facilement, d'après ce que nous venons de dire, pourquoi il se produisit aussitôt une lutte si acharnée contre ceux qui se firent un devoir rigoureux de ramener le triomphe de la conviction chrétienne, de l'enseignement chrétien, en un mot, d'une vie qui fût de
(1) VOUGHAN, I, 408.
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nouveau conlormoa FEvangilo. Cette oblic^ation échut aux deux nouveaux ordres religieux qui venaient d'être institués pour renouveler la face de la terre. Les frères prêcheurs en particulier poursuivirent le dessein de faire revivre dans toute sa pureté le christianisme dans la pensée et dans l'enseignement : il fut aussi le plus persécuté. On vit ceux qui se trouvaient en contradiction avec le sentiment chrétien se lever comme un seul homme et l'attaquer avec une violence qui n'a jamais eu d'égale dans Thistoiro que celle que les hérétiques du xvi® siècle mirent au service de leur haine contre les jésuites, institués eux aussi pour arrêter les dévastations de la prétendue Réforme. Tous ceux qui avaient un intérêt quelconque, soit à cause de leurs mauvaises mœurs, soit à cause de leur incrédulité, de voir cet ordre privé de son influence, de le voir même anéanti, tous, professeurs, prêtres, m.oines, nobles, gens de cour, faisaient cause commune. La guerre fut entretenue par d'odieux discours, par des poèmes de mépris, qui soulevaient le peuple contre les religieux. L'université de Paris entra tout entière et avec toute sa puissance dans cette lutte insensée. L'ardeur que des deux côtés l'on mit en
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jeu et Texcitation que provoqua cette guerre,, furent indescriptibles. Il fallait toute la force des deux ordres, il fallait l'intervention de saint Louis, l'activité infatio^able d'Albert le Grand, de saint Thomas et de saint Bonaventure ; il fallait que le Pape lui-même, à des intervalles réitérés, avec la plus grande fermeté, se mêlât de cette immense et vitale question, puisque l'intervention des évêques même les plus influents était impuissante pour arrêter la tempête que Satan, en parfaite connaissance de cause, avait soulevée contre ceux qui s'efforçaient de détruire son empire sur les âmes.
Après cela, qui oserait nier la ressemblance de ces temps avec les nôtres ?
Certes, les ennemis de l'Eglise ne sont aujourd'hui ni plus nombreux ni plus acharnés qu'ils le furent aux temps de saint Thomas d'Aquin ; ceux qui s'attaquent aujourd'hui à la sainte Église de Dieu et à ses institutions, ne surpassent pas en haine leurs devanciers. Cette haine aveugle, qui se fait jour de toutes parts, a toujours été le caractère particulier des hérétiques ; mais, en exceptant ceux du xvi* siècle et leurs descendants-, on ne vit jamais une rage plus enracinée et plus
KTAT DE l'église li^T
srrossièro, que colle des incrédules du xiii* siècle.
L'un do ces hérétiques disait, lorsqu'on le conduisit à Véchafuud : « Vous avez raison de nous traiter de la sorte : car, si nous n'étions pas venus trop tard, nous aurions la force qu'aujour- (riuu vous employez contre nous, etnous aurions lait passer de vie à trépas tous les prêtres, tous les moines et tous les laïques dévots ». » Ils prétendaient que l'Eglise avait depuis longtemps cessé d'exister, et qu'en tout cas l'Eglise romaine n'était point la véritable Église : elle ne pouvait être que la femme de l'Apocalypse qui, par ses iniquités avait entraîné tous les peuples à leur ruine ^ ; que tout ce dont elle faisait usage dans ses cérémonies, comme temples, statues, images croix, autels, ornements sacrés, vases, encens, r liants liturgiques, que tout était contre l'esprit de la Bible ^ Pour rendre les usages liturgiques ridicules, ils avaient inventé, précisément comme les sociétés secrètes postérieures et à l'imitation des bohémiens et d'autres drôles, de