Supériorité scientifique de saiut Thomas
Il ne viendra jamais à Tidée d'aucun panégyriste de saint Thomas d' Aquin de prétendre qu'il a rendu à lui seul tous les services qu'ont pu rendre à la religion et à l'Église les Pères qui l'ont précédé, afin de diminuer la valeur de ces grandes lumières. Il n'est pas possible qu'on veuille glorifier le Docteur angélique au préjudice d'autres hommes illustres. Sans un saint Anselme, un saint Bernard, un Pierre Lom])ard, un Albert le Grand, un Alexandre de Halès, saint Thomas d'Aquin eût été aussi impossible que Newton sans Copernic, Galilée et Kepler, qu'Aristote sans Socrate et Platon. Mais de même que ces personnages surpassaient leurs devanciers, de même aussi les travaux de saint Thomas étaient l'achèvement de toutes les œuvres philosophiques et théologiques parues avant lui. Il n'y eut personne avant lui qui aurait pu accomplir cette tâche gigantesque. Les anciens Pères avaient
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d'abord à amener les pierres et à les tailler, à préparer ces nombreuses et colossales masses qu'une génération de géants pouvait seule coordonner et harmoniser, une génération qui avait à disposer d'une puissance et de moyens que les siècles postérieurs ne devaient plus connaître, pas plus qu'ils n'ont connu les moyens avec lesquels les Egyptiens et les habitants de Palmyre transportaient les matériaux nécessaires à leurs constructions. Mais dans l'intervalle qui suivit l'époque à laquelle ces pierres furent trouvées et conduites en lieu et place, où elles devaient être employées, parut uue autre génération qui n'atteignit plus à la hauteur de ses pères, et Ton n'y trouva plus de maîtres qui purent réunir ces innombrables et gigantesques matériaux, pour en former le temple de Dieu. Les docteurs qui vécurent depuis Isidore de Séville jusqu'au moyen âge, furent les témoins de ces temps orageux durant lesquels l'ancien monde s'effondra, et où un nouvel ordre de choses vit le jour dans les horreurs d'un épouvantable enfantement, et ils ne purent s'appliquer à une semblable tâche ; ils n'y purent même pas penser. Abailard, Roscelin et Guillaume de Champeaux, qui inaugurèrent une pé-