I.K DOCTKL'H ANGÉLIQUE
« connut ni irrite ni violent , quoiqu'il eût
« maintes fois des motifs pour se fâcher, surtout
^ lorsqu'on venait lui prendre son temps, un
« temps si précieux, pour le consulter sur des
d niaiseries, ou qu'on voulut le surprendre à l'im-
a proviste, dans l'espoir qu'il ne fût pas armé
« pour la défense. Il était toujours bienveillant,
« impartial, consciencieux. On ne le vit jamais
« descendre à des petitesses. Il apparaît plus
« qu'aucun autre Père entouré d'une auréole
« de douceur. Cette vertu dominait également
« en saint Augustin, son modèle et son père dans
.ce la science ecclésiastique. Il n'effrayait pas ses
« adversaires pour en avoir plus facilement rai-
« son, comme saint Jérôme ou saint Hilaire de
« Poitiers. Grégoire de Nazianze a laissé une
« savante et solide dissertation sur la modération
« dans les discussions scientifiques iOrationes de
« pace très) y que le Docteur angélique a encore
c( mieux réalisée pratiquement que Grégoire ne
« l'a décrite. On chercherait vainement dans ses
a livres des reproches, du mépris, de l'ironie, de
« la moquerie, des exagérations, que l'on rcn-
« contre souvent même chez les écrivains reli-
« gieux. Il a répudié les finesses, les agaceries,
190 SAINT THOMAS d'aQUIN
« les railleries, que saint Grégoire de Nazianze « appelle des plaies qui, semblables à celles de « l'Egypte se sont glissées dans l'Église de Dieu. « Il ne s'est jamais permis d'ourdir des trames « pour attraper les autres, il n'a jamais usé de jeux « de mots ; partout et toujours il est resté dans « cette admirable gravité qui convient à un « esprit supérieur et à un saint ^ »
Tous ceux qui ont étudié les œuvres de saint Thomas d'Aquin, sont unanimes pour exalter la plus surprenante clarté et la plus parfaite transparence, unies à une inimitable sobriété et à une incomparable harmonie. Il ne s'y trouve ni sautj ni lacune, ni oubli. Ce sont là incontestablement des privilèges de la grâce de Dieu (^). Mais nous qui nous trouvons incapables de l'imiter, ne nous serait-il pas permis de demander si la brièveté et l'ordre que nous trouvons dans ses écrits ne sont pas un effet de Fart? Dans l'affirmative, qu'aurions-nous à répondre à une semblable question, si ce n'est que l'art esi; précisément ce qui rehausse avec éclat le mérite de