I.K DOCTK ru INIVERSi;!, IMa
ses mérites. Du moins, ceux qui ne le connaissent pas autant peuvent-ils avoir la pensée qu'on en exagère leséloges, etil en résulte alors le contraire, c'est-à-dire que ceux-ci conçoivent pour la personnalité en question de rindifl'érence, quelquefois même de l'antipathie et de Faversion.
Un tel sentiment ne peut certes pas s'élever dans les limes, en présence de l'admiration qu'ont provoquée en tout temps et chez tous les amis do la divine vérité les ouvrages de saint Thomas, d'autant plus qu'il s'agit des ouvrages d'un homme mort depuis des siècles, d'ouvrages qui n'ont rien d'entraînant dans leur forme, qui sont écrits dans un style froid et réservé, et même avec une certaine sécheresse d'expression. Néanmoins, eu égard à tous les éloges que leur ont prodigués les papes, les ordres religieux, les savants, les universités et les saints, on a maintes fois voulu voir, dans les termes employés pour les célébrer, de simples licences poétiques. Et si l'un ou l'autre critique s'est permis de nier ce qui est indéniable, c'est-à-dire l'influence du Docteur angélique sur son temps et les temps imméiliatement postérieurs, d'autres, en plus grand nombre, ont prétendu qu'il n'en a plus eu du tout sur its siècles
196 SAINT THOMAS d'aQUIN
plus rapprochés de nous. Il est arrivé de là, quand bien même on ne l'a pas toujours avoué ou franchement exprimé, que l'on en est venu à considérer saint Thomas d'Aquin comme une pierre-borne, qui divise en deux grandes moitiés tous ceux qui s'occupent des vérités surnaturelles : les uns tiennent sa doctrine et ses principes comme la loi et la règle de leurs pensées et de leurs investigations, tandis que les autres les répudient et cherchent, selon leurs propres tendances, à trouver ce qui leur paraît être la vérité.
Cette manière de procéder, quoiqu'elle soit, dans son genre, une preuve non équivoque de l'influence de saint Thomas même sur notre temps, est vraiment déplorable. En effet, il est indubitable que les vérités qu'il a enseignées sont bien encore debout, vivantes sous nos yeux ; et si les hommes voulaient se donner la peine de les étudier et de les suivre, ils sauraient bientôt où se trouve le salut. Ils s'empresseraient de rendre à ce signe de la vérité, qu'ils ont tant négligé, « la vénération qu'il mérite et le replace- « raient dans les honneurs qui lui sont dus. La « Somme théologique serait de rechef reconnue « par les hommes sérieux comme une puissance
LK DOl".Ti:Ull UNIVr.USKI. li)7
« Ibrmatrice ; la morale païenne, les rêveries ger- « maniques et la philosophie libérale s'évanoui- « raient, et nous verrions naître et grandir une « phalanu*e de vrais savants, qui seraient capables a de dompter les masses effrénées et de les rame- « ner à robéissance' . w
l^n homme qui est appelé a exposer d'une façon complète au point de vue de la science l'ensemble des vérités divines, ne peut le faire qu'à deux conditions. Il faut d'abord et nécessairement que d'une part toute la semence que le divin semeur a jetée en terre ait pris racine, soit levée, soit entrée en floraison et soit parvenue à maturité; puis, que d'autre part l'erreur ait accompli son cycle et se soit épuisée d'elle-même: si, ces deux conditions présupposées, le maître qui se met à l'œuvre dont il s'agit, est un homme qui embrasse dans son intelligence toute la vérité et la saisit dans la lumière dans laquelle elle lui a été présentée ; s'il est ensuite capable d'en faire triompher l'exposition scientifique sur toutes les attaques et toutes les erreurs qui sont dirigées contre elle, on peut affirmer que la tâche qui lui a été
1. Vaughan, the Life and the Labours of St Thomas of A,, II, pag. IX, X.
imposée, se trouve parfaitement remplie. Cela n'empêche pas pourtant que des travaux ultérieurs puissent, sur le même terrain, être en détail poussés plus loin ; mais jamais on ne le dépassera relativement à l'ensemble de son système, on ne fera jamais quelque chose de plus parfait. Et si ce maître joint à toutes ces conditions naturelles la sainteté ; si sur son front brille l'auréole de l'élection glorieuse de Dieu, de telle sorte que nous ayons la certitude la plus entière qu'une assistance surnaturelle de la grâce est venue l'appuyer non seulement quant à sa vie, mais aussi quant à son activité scientifique, alors la confiance que nous pouvons avoir en sa doctrine peut être absolue. Or nous rencontrons tout cela au plus haut degré dans le Docteur angélique.