Ahi ! corne facen lor levar le berze
Aile prime percosse ?
Dante, In fer n-.
MOOVEMENT RELIGIEUX. 103
plusieurs auront dormi sans doute sur l'épaule de Thaïs, la courtisane, laquelle, lorsque son amant lui demande : M' aimes-tu? répond : Oui^ immensément^. Quelques-uns n'aperçoivent pas le sphinx, passent tranquillement leur chemin, écoutent une voix intérieure et marchent. Le sphinx se venge tôt ou tard, car ils n'ont point résolu l'énigme. D'autres se tournent vers Dieu, c'est-à-dire le beau, le vrai, le bien, espèrent, attendent, le front levé vers le ciel. Une bonne parole, une douleur vaillamment portée, décident quelquefois de leur destin. Inaccessible, à ce qu'il semble , aux passions qui troublent ordinairement l'âme humaine, Albert n'avait peut-être qu'à se recueillir pour ouïr distinctement la bonne parole; toujours est-il que certain jour il crut l'entendre. Les hommes de génie ont des simplicités d'enfant. Ils sont si riches qu'au fond de la moindre coquille ils voient des perles : ils découvrent des sens imprévus à tout ce qui leur est dit. Un rien les charme, parce qu'un rien les fait penser. Absorbés en leur être intérieur, au dehors, aux yeux du vulgaire, ils paraissent se laisser guider par un fil. Albert , que tant de raisons développées plus haut amenaient sous
1 • Talda la puttana, che rispose
Al drudo suo, quando disse : Ho io grazie Grandi appo te ? — Anzi miravig^ose I
Pantb, Infemo, c. xxin.
lOi ALBERT LE GRAND.
le froc, Céda sans peine, les ayant pesées toutes, aux discours entraînants du disciple de saint Dominique. Un soir, dans la chapelle des frères prêcheurs, à Padoue, comme Jourdain de Saxe descendait de la chaire, le fils des seigneurs de Bolïstadt tomba aux genoux de frère Jourdain, le futur général de l'Ordre. « Père, vous avez lu dans mon âme y » murmura-t-il. Jourdain de Saxe rendit grâces à Dieu , le bénit , et lui donna le vêtement blanc de Saint-Dominique. Lorsqu'Albert sortit de la chapelle des frères prêcheurs, à Padoue, le monde ne comptait qu'un chevalier de moins , l'Église avait conquis le prodige , presque r épouvantemenl du siècle *.
1 . Vir in omni scientia adeo divinus ut nostri temporis stupor et miraculum congrue vocari possit. — Ulric Engelbert, De summo BonOj t. III, c. IX.