Discours d'adieu. Ap. Sighart, Alherlus Magnus
2. Qui prend un peu d'intérêt aux lettres et à l'histoire de la philosophie n'a pu manquer de lire ou de feuilleter, tout au moins, l'excellent travail de M.Jourdain sur les traductions d'Aristote.
sible avant ses travaux, — Abélard, Pierre Lombard dans ses Sentences et cent autres docteurs avaient en effet déjà, et de longue date, accusé le nnouvement qui rattache la philosophie scolastique à la méthode du précepteur d'Alexandre, — il nous semble toutefois que cette sorte de vénération dont jadis Aristote fut l'objet émane, dérive surtout de lui. Dans les écrits d'Albert le Grand le texte du philosophe grec se trouve, çà et là, si bien et moult liement, comme dirait Montaigne, amalgamé avec le sien, qu'on se demande vraiment, de temps en temps, si l'on n'a point par hasard devant les yeux une traduction et non pas un commentaire. Dès lors, ne devient-il pas de plus en plus certain que l'âge qui s'ouvre aux discussions et à l'exposé contradictoire des systèmes sous le patronage de l'Église de Rome va rompre de plus en plus avec Platon? Ce n'est point sans surprise qu'on voit relégué dans l'ombre le plus spiritualiste, pour ne point dire le plus chrétien des sages du paganisme, — testimonium animœ naturaliter christianœ, a bien avancé Tertullien, — tandis que le père des rationalistes voit prosternée à ses pieds, et comme suspendue à sa doctrine, la somme de l'intelligence catholique, pieux écoliers, moines et prélats. On reviendra sur cette apparente anomalie. On tentera d'expliquer comment l'esprit du moyen âge théo-
cralique dut se sentir plus fortement attiré vers le raisonnement mélliodique et positif que vers les élévations de la dialectique platonicienne. Gomme de juste, Albert, à Padoue, ne borna point ses études à la logique. Albert approfondit toutes les matières que comprennent le Trivium et le Quadrivium. Il convient du reste de se le représenter, durant ces dix années qui courent jusqu'à l'heure où il prit l'habit, ouvrant aux éléments les plus divers, aux formes les plus variées de l'art et du savoir, l'une des capacités les plus vastes que l'on connaisse. J'estime que ce fut vers cette époque qu'il s'imprégna de la substance des auteurs profanes, aussi bien que de la doctrine des Augustin et des Jérôme. « Le maître s'enquit sans relâche et durant tout le cours de sa longue carrière, de omni re scibili et non scihili^ » rappellent, proclament à chaque page et sur tous les tons les lourds historiens de sa vie^ Qu'est-ce à dire? Il nous plairait infiniment d'apprendre en ce lieu, si dans le commerce des anciens Albert étudiant n'aurait point puisé par hasard cette solide curiosité d'esprit et cette sérénité d'âme qui lui appartinrent en