V. Raumer, Univers Uàlen
2. D'après un usage à peu près constant, que la fameuse ordonnance de l'empereur Frédéric ne fit qu'affermir, les étudiants avaient le droit, lorsqu'ils étaient accusés, de choisir pour les juger leurs maîtres ou l'évêque. Naturellement on ne se trouvait jamais moins d'accord qu'après la sentence.
... Selir haufîg veranlasste die Universitut, um UntUchtige abzuschrecken, strenge Priifungen und vertheilte nach deren Ausfall die WUrden... Erhoben dièse indess zu grosse Schwierigkeiten, so ging die Sache wohl bis an den Papst. — Raumer, t. VI, p. 491 , Universitdt Bologna.
MOUVEMENT DES ÉCOLES. iil
Moclcne à Ravcnne, superbes et légers, ils portaient insoucieusement leurs pas, et tandis qu'ils pliaient bagage, JModène ou Pérouse, Ravenne ou Plaisance, se trouvaient en face d'une chaire vide ou même en présence d'une faculté laissée inopinémeut en jachère ^
Ne venons-nous pas de signaler les imperfections du mécanisme universitaire sur la terre des Quintilien et des Gicéron? Le doigt s'est posé tout d'abord sur quelques rouages dont le fonctionnement semble, à la première inspection, laborieux et difficile. On ne s'en serait peut-être pas aperçu si nous n'eussions point curieusement démonté la machine. Par suite de je ne sais quelles grâces et souplesses particuHères au caractère des habitants de Milan et de Florence,
i . Les villes italiennes essayèrent d'abord de passer des actes ou contrats avecles maîtres qui venaient enseigner dans leurs murs, espérant par ce moyen les retenir : elles n'y parvinrent pas. On n'enchaîne point la parole ni la liberté humaines par quelques lignes écrites devant un tabellion. Alors les villes usèrent de ruse et d'artifices, et Dieu sait à quels expédients elles eurent parfois recours pour se faire épouser! En 1260, les habitants de la ville de Modène, pour empêcher Guido de Suznra , éminent professeur de droit, de les quitter, lui firent don d'une grosse somme d'argent, avec faculté d'acheter un bien sur le territoire de la ville, mais sous la condition expresse de ne jamais vendre. N'était-ce point une façon détournée de s'emparer de lui sous prétexte de le rendre propriétaire? — V. Murât., Anliq. ilal.j t. III, p. 903.
les révolutions scolaires en Toscane et en Lombarclie ont toujours affecté moins de gravité qu'ailleurs, en France ou en Angleterre par exemple. Il est des pays où les invectives, voire même les coups de poing, font plus de bruit que de mal, et la patrie de Machiavel est de ce nombre. On dirait que les injures proférées dans sa langue harmonieuse et molle tombent comme des pointes de cristal sur de la ouate ou bien se choquent en l'air sans produire autre chose qu'un cliquetis. Jamais les révoltes dans les universités italiennes n'ont amené la suspension des cours, l'exil des maîtres, le désarroi et le trouble dans l'Etat, comme le fait se présenta chez nous sous saint Louis. Jamais les étudiants de Bologne ou d'Arezzo, dans leurs plus traîtres exploits, n'ont égalé les violences des écoliers d'Oxford, lesquels firent un jour main basse sur tous les juifs (1244). Moins dangereux dans leur turbulence, moins grossiers peut-être dans leurs ébats , ils se montraient , en revanche , moins assidus, et dans leurs rangs se rencontraient nombre de ces folâtres compagnons qu'on surnommait à Paris des martinets^ » espèces de passe-volants, accentue non sans mépris un vieil historien de la Sorbonne, qui couraient d'école en école et de maître en maître^,))
i. V. Crevier, Hisl. de l'Université de Paiis.
Mais les passe -volants d'Italie n'ctaicnt-ils point d'humeur plus douce, moins sujets à caution que les martinets de la montagne Sainte-Geneviève? N'avons-nous pas constate plus haut que les professeurs italiens ne se regardaient comme inféodés nulle part, et ne sait-on point de reste que le sentiment chevaleresque recruta des pages jusque sur les ])ancs de l'Ecole? Si la gent des passe -volants d'Italie ne poussa pas moins de rejetons au moyen âge que la gent Fabia dans la Rome antique , ce ne fut point seulement , croyons-nous , parce qu'il put convenir alors à plusieurs centaines de folles têtes de porter un peu de travers et sans souci cette dignité légère dont le diplôme ne se garde d'ailleurs point longtemps, la jeunesse, et d'errer à l'aventure, sans feu ni lieu, à la façon des ménétriers et des jongleurs. Qui nous dit qu'ils ne poursuivaient point \es leçons d'un savant célèbre, ces martinets napolitains ou lombards? Qui prouvera qu'ils n'accompagnaient point pieusement tel illustre docteur, à la recherche luimême de ses pénates? — Lamentable et périlleuse odyssée! va sans doute observer Gaton le censeur, et la manie ambulante des chefs n'excuse nullement, si tant est qu'elle l'explique, les mœurs nomades de la milice. Gomment admettre que des jeunes gens puissent étudier avec fruit, feuilleter de pesants au-
leurs, entre les bras des Sirènes? — Rien de plus prudent, de plus judicieux que cette réflexion sentencieuse. Il n'en est pas moins vrai cju'au milieu de tant de sollicitations au plaisir et à la paresse, livrés en quelc{ue sorte à eux-mêmes et plus favorisés c{ue les écoliers français, n'ayant jamais passé sous l'humiliante tutelle de la férule ni de la verge % les écoliers italiens paraissent en réalité ne point avoir trop souffert de la situation agréable qui leur était faite, et qu'entre Charybde et Scylla ils échappaient finement, gaiement, leurs tablettes à la main. Pendant que Gircé dénouait ses cheveux et lui tendait la coupe, ainsi souriait Ulysse, dit la fable : l'enchanteresse ne s'apercevait pas que plus elle découvrait de charmes, moins Ulysse renonçait au ferme propos de regagner Ithaque. Séparés par une mince cloison de la vie commune, mêlés aux affaires publiques, les étudiants d'Italie se formaient vite à cette épreuve, autrement décisive, plus utile peut-être que le plus sérieux examen. Que si leurs maîtres se renouvelaient un peu trop souvent, à ce mal ils trouvaient encore une compensation : on ne s'immobilisait point chez eux dans cet enseignement routinier, cher aux vieux augures. Les
■ 1. Los écoles elles universités d'Italie ne faisaient point usage des corrections corporelles, et dérogeaient sur ce point aux saines traditions. V. Savigny, t. III, 334.
vieux augures finissent par se confondre eux-mêmes avec les piliers du temple et ne saluent plus les dieux. Un concours s'établissait de la sorte entre les concurrents à une iTicme chaire, et le nouveau venu ne faisait point toujours regretter l'ancien. Après être convenu des dangers que peut entraîner la liberté, il est juste, ce semble, que nous rendions hommage à ses bienfaits. Peut-être ne travaillait-on point toujours dans une quiétude parfaite dans les universités transalpines. En ces arènes intellectuelles il fallait nécessairement lutter et se défendre contre les rumeurs de la rue, les passions politiques, les pièges de Vénus facile, l'inégalité fatale d'un enseignement peu régulier. Mais le citoyen , du moins , ne sortait point amoindri de l'enceinte où avait grandi l'adolescent. Ces agitations, ces portes ouvertes, dont parfois pouvait se trouver incommodé le bon élève, récréaient, vivifiaient, pour ainsi dire, l'éducation de l'homme. Là, les vertus, et il s'en produit toujours, malheur à qui les étouffe ! n'étaient point tenues de se conformer aux indications d'un programme arrêté ni de rentrer dans un moule convenu, sous peine d'ostracisme. Aucun édile ne venait comprimer dans un cercle ou déformer contre des angles cette cire vierge, qui ne devient statue et ne s'anime qu'à cette condition qu'on ne l'aura point maniée, torturée sans goût et sans pitié.
Quand sonnait cette heure, enfin, au bout de quelques années d'étude, où l'esprit n'a plus qu'à voler de ses propres ailes, le sang ne s'était point prématurément glacé dans les veines, l'art de bien dire n'avait point étouffé l'envie de bien faire, on pouvait, en un mot, avoir appris à penser et l'on n'avait nullement désappris à vivre ^ .
1 . L'université de Napies, fondée par fempereur Frédéric II, est la seule de toutes les universités italiennes qui fasse exception à la règle, qui ait été créée de par la volonté d'un souverain et dont la constitution, le caractère et les règlements se ressentent de l'action directe du pouvoir absolu. Aussi, comme le remarque fort à propos l'impartial historien Raumer, si Napies, malgré l'ampleur et la variété de son enseignement, ses ressources, les munificences d'un prince non moins éclairé que généreux, n'a pu rivaliser avec telle ou telle des autres universités non palronnées, qu'est-ce que cela prouve? Cela prouve que tout le génie d'un prince ne saurait suppléer au génie d'un peuple, et que la nature l'emporte en fécondité sur les desseins et les imaginations les plus grandioses. Peut-être plaira-t-il de voir présentée en quelques lignes Ténumération complète des universités qu'a comptées l'Italie.
Bologne : nous en faisons dans le texte même l'objet d'une étude particulière. Ce fut la plus grande et la plus illustre des universités italiennes.
Arezzo : école de droit rem.ontant aux premières années du xiii'^ siècle.
Salerne : la plus ancienne université d'Italie; célèbre par ses cours de médecine.
Ferrare: mêmes institutions que Bologne. (V. Murât., Anliq. liai., t. V, p. 285.)
Padoue : colonie bolonaise formée par des maîtres et des éco-
(( Que nous opposeront donc les Français, eux qui
SAVENT ST BIEN SE VANTER ? » s'écHait Un joilf, Ull
jour qu'il songeait moins à Laure qu'au sol natal, le très-italien Pétrarque, s'adressant au pape Urbain V,
liers émigrés. Les arts libéraux y fureni enseignés, ainsi que le droit. (Patav., Cfiron., '\\^3; Tirab., Liller., IV, p. 44.]
Pkrouse, antique école ; se transforme en université vers 1276. (Bini, I, 14, 191.)
Plaisance reçoit en 1243 du pape Innocent IV tous les privilèges octroyés à l'université de Paris.
Naples : créée par l'empereur Frédéric II. — (V. Raumer, t. III, p. 415.) On ne lira peut-être point sans intérêt le texte allemand de certaine ordonnance jadis célèbre de l'empereur Frédéric II, texte qui montre jusqu'à quel point ce prince aima les lettres, combien il révérait les ministres des lettres et des sciences. Cette ordonnance trouve naturellement d'ailleurs sa place ici. — « Wir halten es flir billig, dass, da aile gute Menschen unser Lob und unscren Schulz verdienen, diejenigen, durch deren Wissenschaft die ganze Welt erleuchtet wirdt, und die ihre Zoglingezum Gehorsam gegen Gott und uns, dessen Diener, bilden, mit einer ausgezeichneten Sorgfalt wider aile Beleidigungen vertheidigt und geschutzt werden. « Ordon. de Fréd. II.
PiSE : on y enseigna le droit et la médecine.
llAVENNE : dès les temps les plus reculés vouée à l'étude du droit romain. (Tirab., IV.)
Reggio : illustre, grâce à la brillante faconde de quelques-uns de ses maîtres; on y expliqua le droit dès le xn'= siècle.
Rome : due à l'initiative d'Innocent IV. On y enseigna le droit comme à Reggio.
Sienne : vers la fin du xiii*^ siècle on y enseignait la grammaire et la médecine.
Trévise : due à l'initiative de son podestat. Trois chaires, l'une
15i ALBERT LE GRxVN'D.
indécis entre Rome et Avignon, « serait-ce par hasard