‹ Albert le GrandChapitre 53 sur 83 · Li Trésors, édit. Chabaille, t.I, p · texte numérisé non relu

Li Trésors, édit. Chabaille, t.I, p

prolonge indériniment les débats ; elle n'en est jamais, pensons-nous, que la cause indirecte. La passion n'apparaît , n'intervient dans le drame politique que sollicitée par ces idées collectives, impersonnelles, qu'on est convenu d'appeler tantôt principes, tantôt préjugés. Représentants oiïiciels de deux systèmes formulés de longue date, héritiers, à titre différent, de deux puissances pour ainsi dire illimitées, bien que limitrophes, par cela même amenés forcément à revendiquer tôt ou tard certaines rectifications de frontières , en dépit des outrageantes épithètes dont ils ne se montrent que trop prodigues, nos implacables rivaux ne semblent-ils point parfois humblement réciter une leçon toute faite, dépouiller un dossier, déployer les vieilles chartes et plaider en avocats? Nous sommes d'autant plus fondés à nous arrêhsr à cette opinion, que les thèses qu'ils reprennent avec vivacité ne sont point nouvelles, et qu'elles furent tour à tour soutenues, abandonnées, rajeunies, combattues par tous les esprits absolus, inquiets, du moyen âge. Pierre Damien, au xii^ siècle, avance les arguments césariens autoritaires que représente sous une autre forme l'empereur Frédéric au xiii^ siècle, et Dante Alighieri, à la veille de la Renaissance , les reproduira tels quels, avec notes et explications, dans son traité de Clouai'c/iia. Il va sans dire, d'autre part, que Grégoire TX

ne fit que développer à sa guise les données théocratiques dont il tenait la substance des papes arbitraires auxquels il avait succédé , et quant aux souverains pontifes qui vinrent après lui, ils eussent cru probablement déroger en ne suivant pas son exemple et la voie sans issue par lui tracée. « En dehors de F Eglise, proclame entre autres vérités plus que douteuses l'intrépide Innocent IV, on ne bâtit que pour l'enfer, et il n existe point de pouvoir qui soit ordonné de Dieu. C'est donc mal envisager les faits, c'est ne point savoir remonter à l'origine des choses, que de croire que le siège apostolique nest en possession de l'empire séculier que depuis Constantin seulement, x\ntérieurement déjà, ce pouvoir était dans le saint- siège

EN VERTU DE SA NATURE ET DE SON ESSENCE ^ » Roste

à rappeler sous quelles bizarres et pédantesques imaginations les docteurs guelfes ou gibelins prétendaient populariser et faire accepter des masses leurs transcendantes et frivoles théories.

— De même que la lune , remontraient jadis les partisans de la doctrine sacerdotale, emprunte son éclat au soleil, à telles enseignes qu'elle ne luit que parce qne le soleil brille, de mjême l'empire est rede-

1. V. Conception de la théocratie. — Huillard-Bréliolles, Vie et correspondance de Pierre des Vignes.

vablc de toute sa splendeur, de sa force et de ses droits à la papauté, son soleil. La papauté refuse- t-elle à l'empire de lui prêter aide et protection, à partir de cet instant l'empire aussitôt n'existe plus, ou plutôt, il perd sa raison d'elre. Tout est permis, sans doute, à la lune, pourvu qu'elle se montre l'humble servante du soleil et n'encoure point son déplaisir. Mais médite-t-elle quelque révolte, prétend-elle à l'indépendance, soutient-elle, en un mot, qu'elle peut ou doit se passer du soleil, plus de lune, plus d'astre, plus d'empire : néant. — Puisque aussi bien, objectaient en revanche et non moins pompeusement les partisans de la doctrine impérialiste, puisque aussi bien il faut nécessairement admettre que la lune ne dépend en aucune façon du soleil, quant à sa vertu intrinsèque et à ses évolutions;... attendu encore que son action lui appartient réellement en propre, et que son rayonnement ne s'opère que par suite de la vertu de clarté qui est en elle, à telles enseignes qu'elle ne reçoit les rayons du soleil que pour plus efficacement et plus virtuellement agir (virtiwsius),., ergo, l'on maintient que la royauté temporelle ne saurait dériver de la spirituelle et ne reçoit point de la papauté son influence et son autorité... Si tant est qu'elle tienne d'elle quelque chose, ce n'est là qu'une augmentation fortuite de puissance, et dans la papauté ne doit

SOUS aucun prétexte se chercher la raison première qui fait que l'empire se meut\..

Des lourdes et vagues sphères d'un empyrée de convention et de la fantastique hyperbole, tandis que ces deux astres symboliques, le soleil et la lune, l'empire et la papauté, dardant sur terre et sur mer mille rayons jaloux, décrivent autour de l'ancien monde, au gré de leurs furieux adorateurs, un monotone mouvement de rotation, passons vite à des régions moins équivoques, où l'on respire et où l'on vit en dehors de la manie des systèmes-. Les biographes d'Albert le Grand ne rapportent point, il est vrai, que, lors de ses pérégrinations en Allemagne, l'errant

1. ... Quantum est ad esse nullo modo luna dependetasolenec etiamquanlumadvirtutem nec etiam ad operationemsimpliciter... Sic ergo dico... — Y. Dante, de Monarchia^ p. l44-14o, édit. de 1559.

2. Albert, dominicain, ne pouvait, on le comprend de reste, se déclarer ouvertement contre la suprématie et les prétentions à la souveraineté des évoques de Rome. On remarquera qu'il n'aborde que fort rarement dans ses ouvrao;es, lesquels traitent cependant de omni re scibili et non scibill, les questions qui touchent de près ou de loin au pouvoir temporel et spirituel des papes. Loin de s'y complaire, on dirait au contraire qu'il les évite. Saint Thomas d'Aquin, son élève, ne connaît point les mêmes scrupules et ne marchande point tant l'affirmation. — Compuls. Alberti Mac.m Opéra, édit. Jammy : — Polilicorum, — Sum?)ia theolo(/iœ, — Commenl. sancti Luc, — Sermones de lempore.

L'EMPIRi: KT LA PAPAUTE. 315

maître de saint Thomas se soit jamais rencontré face à face avec Frédéric Hohenstaufen, roi des Romains. II sera permis de regretter, par parenthèse, que le seul dignitaire de l'ordre de Saint-Dominique dont il soit fait mention dans l'histoire comme ayant échangé quelques paroles avec le mécréant ait nom Jourdain de Saxe, au lieu de s'appeler Albert de Bollstadt. Entre le docteur universel et Frédéric, une simple entrevue n'eût point manqué, en effet, d'être instructive et curieuse, et de l'entretien, même le plus rapide, entre ces deux extraordinaires personnages, eussent probablement jailli quelques-uns de ces mots qui jettent souvent plus de lumière sur la physionomie d'une épocjue que les dissertations les plus savantes. Mais parce c{ue \u bure du religieux sçavant n'a point frôlé la pourpre du très-lettré tyran de la Germanie, s'ensuit-il que leurs deux génies ne se trouvèrent jamais en présence l'un de l'autre? Le caractère et l'objet de la mission que remplit Albert dans les diocèses de Germanie particuhèrement soumis à l'influence anticléricale de Frédéric indiquent positivement le contraire. Albert heurta du pied, à chaque pas, durant les dix années pendant lesquelles on l'employa à remuer l'Allemagne dans un sens favorable aux idées de la cour de Rome, les membres dispersés de la bête, pour nous servir de l'expression figurée, peu diplo-

matique, particulièrement chère au pape Grégoire IX. En toute ville et bourgade, depuis Cologne jusqu'à Ratisbonne, tant que dura sa longue et pénible odyssée à travers les provinces les plus ébranlées par la propagande impérialiste, notre héros dut nécessairement tenir compte de l'ascendant, de la séduction, du charme indéfinissable et profond qu'exerçait, paraîtil, sur tous ceux qui l'ont approché et connu, l'un des hommes les mieux doués, auquel sa naissance ait permis d'user et d'abuser du talent sur un vaste théâtre. Que si le fils de Dominique, soit effet du hasard, soit obéissance à la consigne, soit encore parce qu'il ne s'en est point soucié, n'a point été interroger le monstre en personne, il l'a du moins affronté, ce semble, jusque dans son antre. Peut-être n'a- 1- il point convenu à sa prudence, à sa dignité, d'imiter Hercule et de se commettre directement avec l'hydre, mais il en a, à coup sur, inspecté les moyens de défense, senti passer près de lui le soufïle, admiré la vigueur redoutable et la taille. Nos mouvements, à nous, sont évidemment plus libres que ne le furent jamais ceux d'Albert le Grand; aucun vœu ne nous lie; aucune instruction émanée de la cour de Rome n'a tracé notre itinéraire; il y a longtemps que les cendres du dernier bûcher ont élé dispersées au vent; nulle autorité ne nous épie ; nous ne nous voyons

I/tlMPlllÎ!: ET LA PAPAUTÉ. :n7

aujourd'hui ni retenus dans nos investigations, ni mis en demeure de nous justifier devant un tribunal inquisiteur, parce (|ue nous aurons une fois, une seule fois, glissé sur la pente qu'effleure en se jouant Montaigne. Nous pouvons tous nous permettre aujourd'hui, à nos risques et périls, il est vrai, mais sans nous exposer à sévices ou injures graves, « d'aller aprez les inclinaiions de nostre esprit, contre -mont, contre-bas , selon que le vent des inclinations nous emporte. » Albert, moine, légat, contraint à des ménagements infinis, ne put user, en somme, que de la seule liberté dont on ait joui au moyen âge, celle d'opter entre deux absolutismes. De sa part, toute demande d'audience à l'ennemi particulier du Saint- Père n'eut point manqué d'être mal interprétée de ses chefs, de lui nuire près de la cour de Rome. Eh bien, cet instant d'entretien c|u'Albert n'a pu se permettre, nous allons, nous, le solliciter.

c( J'ai vu l'empereur, et il fut même un temps où je l'aimai, » confesse fra Salimbene, l'une des illustrations du règne de Frédéric; « en vérité, je ne sais cjuel homme on eût pu trouver à lui comparer parmi tous ceux qui ont porté couronne, s'il neût point né- (jligé Dieu, l'Eglise et son âme ^ » — « Lorsque l'on

\ . « La sua mente superiore à lumi del secoio, rovescio il mos-

envisage Frédéric comme administrateur et législateur, )) reprend à six siècles de distance l'impartiale critique allemande, « on est contraint de l'admirer : l'activité de ce prince, sa capacité , ses qualités hors ligne, le distinguent entre tous ses contemporains ^ . . » Ces jugements ont, ce semble, quelque poids; ils rehaussent singulièrement l'importance du prince excommunié, et, sur leur simple énoncé, on sent déjà peut-être, pour peu qu'on . s'intéresse aux questions brûlantes que soulève la moindre allusion à l'un des plus hardis contempteurs des volontés pontificales dont on puisse feuilleter les annales, comme une sourde envie de nouer connaissance avec le rebelle et le maudît. Un aveuglement épais, opiniâtre n'aurait-il point soutenu, par hasard, en sous-œuvre, ces énormes catapultes d'où sont partis les traits dont plusieurs papes l'ont frappé? La sibylle qui dicta jadis les oracles du palais de Latran n'est-elle point la sœur aînée de celle qui conseille aujourd'hui le Vatican? Ne serait-elle point tombée, çà et là, dans l'écueil vers lequel incline de longue date , avec une solennité

tro feudale, crèo un governo civile, compile un codice di leggi , rese secura la vila et formb la félicita générale. « — Salimbene, Del rc descrizione et ciel regno délie Due Sicilie, 1. 1, p. 152. 1. « ... wir mijssen den Kaiser als ein der lliiitigsten Herrscher seiner Zeit, als Gesetzgeber und Gesetzanwender bewundern.» — Raumor, Gesch. der Hohemtaufen, t. III.

i; F, M PI m: kt la papauté. 319

fatale, le vaisseau de saint Pierre? Une des méprises ou. étroitesses d'esprit coutumières de la sibylle ne consiste-t-elle point, par exemple, à confondre sans cesse le mal avec le mouvement , le novateur avec rimpie? Frédéric II flotte entre Julien l'Apostat et Luther, a-t-il été dit plus haut : sorte de Janus au profil antique, au front inquiet, une de ses faces regarde vers un ordre de choses suranné, l'autre vers une forme nouvelle de société qui s'accuse. Frédéric eut le tempérament, la beauté, le charme, l'in- . consistance, les furies, les déboires, les vertus et les vices d'un Prométhée de transition. Je ne sache point qu'aucun penseur, aucun artiste, dans notre pays du moins, se soit encore arrêté complaisamment devant l'une de ces figures qui deviennent presque allégoriques, tant elles reflètent de lueurs et d'impressions diverses , et qui s'imposent d'elles-mêmes à la sympathie ou à la haine, selon le jour où on les expose. Au point de vue critique comme au point de vue pittoresque, on peut estimer cependant comme une assez rare bonne fortune que de se croiser sur sa route avec un acteur de cette trempe, de cette souplesse et de ces ressources : inspiré, choyé, costumé tour à tour par les fées rivales d'Orient et d'Occident; un jour ceint de laurier ou de pampres comme un ancien, le lendemain se dépouillant du casque pour

prendre le turban, ce soir, assis sur les marches du Capitule; ici, forçant les portes de l'église, là, souriant aux houris dans le harem; toujours en veine, toujours par voies et par chemins, toujours brillant et osé, soit qu'il essaye la toge de César, la mante du trouvère, la cotte de mailles du preux, le froc du réformateur ou le burnous de Saladin. Frédéric fait pendant à Albert comme Lucifer à l'Archange fidèle dans les vieilles estampes , et tous deux n'ont point été sans raison opposés l'un à l'autre. Le premier personnifie le siècle^ le monde profane; le second domine le siècle, Frédéric propose confusément; Albert distingue, plane, compare, et parfois résout. Quelques traits sur les mœurs intimes, quelques détails sur le caractère et les goûts du très-délié successeur du très-pesant Barberousse ne seront peut-être point déplacés ici \

(( Frédéric Hohenstaufen était de taille moyenne, mais bien prise. L'expression de son visage annonçait la hardiesse et la vigueur. Ses cheveux semblaient d'un blond doré. Son adresse à tous les exercices du

'I. Consulter Kington, Frederick II, ei/iperor of t/ie Ro?nans. — Raumer, Gesch. der Ilohenslaufen. — Rolirbacher, Histoire de l'Église. — Rémi, Hisl. écoles. — Huillard-Bréholles, Hisl. diplom., sumptibus de Luynes ; Vie et correspondance de Pierre des lï^nes. — Brunelto Latini, li rmsor.s.— Salimbeno, etc., etc.

corps lui doiinail une supéi'iorité pliysi(|uc sur les hommes ordinaires \ » Un buste en marbre blanc, avec cette inscription : FuÉDÉaic, que tout le monde a pu voir pour peu qu'on ait traîné le pas sur les dalles polies de ce temple, sorte de Panthéon des gloires germaniques, élevé par le roi Louis de Bavière aux environs de Ratisbonne, à la Walhalla, se rapporte assez fidèlement aux descriptions de sa personne ébauchées par les chroniques. Le front garde une sérénité de commande et tombe droit comme celui des statues romaines représentant Auguste. Le nez s'accentue avec délicatesse; il fait songer à la finesse de traits des Moresques qui veillèrent sans doute sur le berceau de cet Allemand né en Sicile : Frédéric conserva toujours des premières impressions de son enfance un invincible attrait pour les couleurs, les arts et les us et coutumes de l'Orient. Les lèvres, qu'on s'attendait peut-être devoir exprimer la hauteur, le dédain ou l'ironie , n'éveillent au contraire qu'une idée de douceur et de majesté. Murmure-t-elle le refrain d'une romance fredonnée au clair de lune sous un balcon de Pouzzoles, cette bouche de marbre, médite-t-elle un édit plein de sagesse, sourit-elle aux aimées, aux aigles de la colonne Trajane, à quel-

1. V. Kïcoh, Ilist.ùnper.j, va.— Chron. Vârïs, apud Kanmer. 1 21

que petit page accordant son luth ou laissant tomber une aiguière, aux prédictions favorables d'un astrologue ou d'un augure, à c|uelque vague rêverie qui vient d'Allemagne et qui y retourne, à Naples Tindolente endormie devant son golfe, à la lame bleuâtre d'une épée de Damas, à la gambade d'un bouffon, aux roses d'un banquet , aux pierreries du sceptre impérial? Chi lo sa; mais elle sourit. — J'adlvi la vie ET JE FUS CÉSAR, — telle est, la seule idée qu'on emporte après avoir suivi les lignes pures et fermes du buste de la Walhalla, et peut-être, après tout, le sculpteur ayant naturellement à choisir, mais devant nécessairement se borner, entre les vingt aspects changeants que présente l'extrême mobilité du modèle, a-t-il été bien inspiré en n'essayant de rendre sensibles que les deux contrastes les plus ordinaires de la physionomie de Frédéric, — je ne sais quel air de voluptueux abandon relevé, soutenu par un air de placide arrogance. On ne saurait trop appuyer, en effet, sur cette originalité du tempérament moral du rival du pape Grégoire IX : César ne perdit jamais le sentiment net et lucide de sa dignité. Au milieu des combats, des tournois, des orgies et des fêtes, et, sous une légèreté apparente, capricieux mais superbe, il put, il est vrai, arriver au paladin de recevoir, dans ses familières accointances avec toutes les passions, quelques insigni-

fiantes blessures : il ne leur abandonna jamais son bouclier. Une sérénité moitié orientale, moitié romaine, un peu fataliste, un peu stoïque, l'accompagne en tout lieu, au milieu des vicissitudes d'une des carrières les plus agitées que l'on connaisse. Dans les bras de l'amour, sous le coup des excommunications et des anathèmes, après les victoires et après les défaites, dans la bonne et la mauvaise fortune, le roi des Romains se retrouve toujours lui-même, alors que l'homme paraît s'oublier ou s'emporter, et l'on dirait que c'est surtout au bord des précipices, entre les fumées de l'ivresse, les hasards des mêlées; le choc des coupes, les tresses dénouées des bacchantes , que , froide et calme, lui montrant du doigt son diadème, lui apparaît son Egérie.

D'une étendue, d'une facilité, d'une curiosité d'esprit singulières, quah'tés d'autant plus remarquables qu'elles ne lui furent communes avec aucun autre souverain du moyen âge , l'empereur Fi'édéric II s'intéressait et s'entendait à toutes choses : aux sciences naturelles, à Tarchitecture, à la poésie, aux constructions maritimes, à la jurisprudence , à la tactique, à la philosophie, aux arts. Le Recueil de lois nouvelles qui parut au mois d'aoïàt 1231 , et qu'élaboi'a, sous ses auspices, le chancelier de l'Empire Pierre des Vignes, aidé dans cet immense travail par

les plus notables professeurs de l'université de Naples , présente le monument juridique le plus imposant et le plus complet, dont les larges assises et la masse compacte fassent souvenir du liant et de la solidité du génie romain au milieu des conceptions aventureuses et toujours grêles, irrégulières, un peu forcées du génie gothic{ue. Un second Montesquieu s'engagera peut-être, cjuelque jour, sous ses voûtes et ses galeries , à seule fin d'essayer de se rendre compte, plus exactement c{ue le premier, des rouages complicjués de l'organisation féodale K Progressif par raison, si ce n'est par bonté d'âme, humanitaire par bon goût , si ce n'est par notion du devoir, soucieux de certaines questions sociales, aujourd'hui seulement à l'ordre du jour, dans un siècle où souverains, seigneurs, princes, évêques et papes sont accusés, non sans motif, d'avoir complètement négligé les intérêts de la classe cjue l'on appelle aujourd'hui la classe ouvrière, foule sans nom jadis , corvéable à merci , Frédéric suppléa de son mieux par des règlements de police, c{uelques-uns bizarres , la plupart équitables et libéraux, à l'incurie inintelligente ou coupable

1. V. Assises de Capoue, an. 1230, iip. Cercani, I. I et IV.— Regest., HonoriuslII, an. 5, Chr. 612. — Petriis de Vineis, t. lU. — Gattula, t. III, p. 332-339. — Pecchia , t. II, p. 180; t. III. [). 75.— Grimaldi, Slor. délie leg., t. II, p. 231.

L'EMPinii ET LA PAPAUTÉ. 325

de ses contemporains ^ firâce à son initiative éclairée, l'unité des poids et des mesures, par exemple, devient obligatoire dans tous les pays relevant de l'Empire. On l'arrête, on la fixe d'après un étalon -. Pour obvier, d'une part, aux exactions, aux abus de pouvoir, aux pressions que ne laissaient point d'exercer dans les contrées soumises à leur influence les grands propriétaires fonciers ; pour sauvegarder, assurer, d'autre part, la rentrée des récoltes; pour prévenir enfin les grèves, toujours préjudiciables à la chose publique, une des lois nouvelles décide, avec une équité, selon nous, parfaite, que, diaprés le taux normal des salaires ^ en temps exceptionnel de mois-

\. Pour ne citer qu'un de ces règlements bizarres , on voit qu'il était défendu, par exemple, sous peine d'amende, aux bouchers et charcutiers de l'Empire de vendre de la viande d'animaux femelles pour de la viande d'animaux màles. Il est certain que la viande de vache ne vaut point la viande de bœuf; mais la chair de mouton est-elle préférable à la chair de brebis? Nous ne prendrons point sur nous de décider cette grave question, mais le préjugé était formel au moyen âge. L'infériorité de tout être femelle, sous tous les rapports, avait été établie par la Scolastique. Cette proposition-ci : ta femme est inférieure à rhom?ne, généralement reconnue en Sorbonne, avait reçu ce corollaire inattendu sur Tétai des charcutiers et des bouchers : ta cfiair de loute femelle est malsaine et de seconde catégorie.

2. « Aile Maasse und Gewichte sollten richtig und nach den im Ilofe befindiichon gericht und geregelt werden. « Raumer.

3t>t) ALBERT LE GRAND.

son ou de vendange,, sera pn'se^ en cas de difficultés^ UNE MOYENNE, par arbitrage : seront juges et arbitres LES représentants DE l' AUTORITÉ LOCALE \

L'ordonnance qui impose aux étudiants en médecine l'obligation d'avoir étudié pendant trois ans la philosophie ou la logique avant de briguer la faveur d'un diplôme et d'obtenir le droit d'exercer la profession de médecin mérite une mention particulière. Les considérants qui l'appuient et la motivent ne manquent peut-être point complètement d'actualité ; ils trouveront peut-être encore quelques partisans parmi les docteurs de notre illustre et savante école, que quelques membres de l'épiscopat français actuel dénoncent , un peu témérairement peut-être , à la suspicion, à l'indignation des pères de famille. Ne les a-t-on point accusés, nos docteurs, de corrompre la jeunesse et de ne lui donner qu'un enseignement lourdement , exclusivement , effrontément matérialiste? « Nous ordonnons quil en soit ainsi, — répète en propres termes, en appuyant sur sa pensée, Frédéric, le MÉCRÉANT, le MAUDIT, — oui , uous voulons que les médecins^ avant d'exercer la médecine,, prennent une teinture de philosophie , parce quil semble, en effet , impossible quon puisse jamais exercer convenable-

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