‹ Albert le GrandChapitre 58 sur 83 · V. Kington, Hist. Fred., t. I. p · texte numérisé non relu

V. Kington, Hist. Fred., t. I. p

L'EMPIRK 1:T la PAPALTK. 341

marques exti'êmemont fines sur les migrations et les aiïections périodiques de la gcnt ailée, de minutieuses dissei'tations sur les qualités, les défauts, les infirmités, les penchants déclarés ou secrets, les plumes, les yeux, les mœurs et les habitudes de dilTérentes espèces d'oiseaux de proie. Quelques passages de ce petit livre, non moins sérieux par le ton qui y règne d'un bout à l'autre que léger par son titre, indiquent de la part de l'auteur des intentions presque scientifiques, et ne laissent point que de révéler chez lui des connaissances assez étendues en histoire naturelle. Albert le Grand a, du reste, commenté tout au long le Traité de fauconnerie; le docteur s'en est approprié la substance j il a môme pris la peine de nous avertir, en toutes lettres, qu'il a mis à profit les notes de Frédéric, car il inscrit en tête d'un de ses chapitres : Secundum e.vperta Frederici imper alo r is ^ , N'est-ce point à la fois témoigner combien il en appréciait la valeur et inviter à en tourner les feuillets? Sans donner tout à fait suite au dessein qui nous avait d'abord tenté, sans y renoncer tout à fait non plus, on se contentera de présenter ici quelques fragments de ce fameux Traité, non pas recueillis dans le texte origi-

\ . De regimine accipilrum et infirmilatibus, secundum exporta Frederici imperaloris. Albfhti IMagni Opéra, édit. Jammy, infolio. De Animalibus, t. YI, iib. 23.

liai, mais dérobés à la version du fils de Dominique. A cette sorte de compromis nous trouvons, en effet, ce double avantage et de ne point prendre congé trop brusquement de l'intelligence ouverte du roi des Romains, et de revenir nous abriter, sans détours, sous la tutélaire égide d'Albert. Pourquoi d'ailleurs ne point saisir la première occasion qui s'offre d'elle-même de nous familiariser avec le style du maître dans une de ses dissertations profanes? Peut-être parviendronsnous aussi, grâce à cette sorte de fugue en plein air et comme qui dirait d'innocentes variations dans l'espace, à effacer ou tout au moins à atténuer l'impression défavorable qu'ont pu produire sur quelques imaginations inquiètes les tableaux un peu libres qui viennent de passer sous les yeux ^ .

La place que tient aujourd'hui, dans les cervelles, les conversations, les disputes, les rêves, enfin sur les tablettes des sportsmen, le cheval de course de pur sang , le noble falcon l'occupait au moyen âge. L'animation, quelquefois réelle, quelquefois fac-

i. La latinité du Traité de fauconnerie de l'empereur Frédéric n'a point la prétention de rivaliser avec les modèles de la littérature antique. L'empereur a adopté le langage de la conversation courante, et il a bien fait. Peut-être, s'il eût cherché à imiter Pline ou Sénèque, Frédéric n'eût-il point été compris, surtout du chasseur rustique. — De diversis mameribis volatuum, tel est \ en-tête d'un de ses livres. Horresco referens!

f/KMPinK ET LA PAPAUTÉ. 343

tice , cette sorte à' excitation agréable et élégante , que donne aux réunions de printemps ou d'automne, aux conversations, aux gageures du public joueur, riche, ennuyé ou simplement désœuvré, la présence sur la piste du favori , nos pères en ont joui, l'ont recherchée, l'ont savourée à longs traits. Aujourd'hui l'on court : jadis on volait. Aujourd'hui les regards suivent les péripéties d'une lutte de vitesse sur mie prairie : jadis la lutte était sanglante et la victoire se poursuivait sous les nuages. Au lieu d'exposer de grosses sommes sur le galop plus ou moins rapide d'un quadrupède , on les risquait autrefois sur les ailes d'un oiseau : entre les deux divertissements voilà toute la différence, u Qu'importe le flacon pourvu qu'il ait l'ivresse, » a dit le poëte. Les différents genres de sport, au moyen âge , ne furent point sans doute les mêmes que les nôtres, mais les rudes amateurs de cette lointaine époque se livraient à leur goût pour la chasse avec non moins de zèle et de conviction que nos plus fougueux disciples de saint Hubert. On se tromperait fort si l'on croyait qu'on attacha moins d'importance, au xiii'' siècle, à la possession d'un parfait, loyal et irréprochable lévrier des airSj,que les éleveurs de France ou d'Angleterre n'en attachent, au xix^ siècle, à la propriété d'un poulain dont la performance ou les moyens promettent une nouvelle

Éclipse OU bien un second Gladiateur. Les égards quasi consulaires dont se voit entouré le vainqueur probable du Derby, le faucon sans peur, sans tare et sans reproche, les réclamait , de son temps , à grands cris. Son entraînement, à lui aussi, son entraînement, car on V entraînait, était une affaire non moins qu'un plaisir. L'habileté, le jargon, la sagacité, la mode, la tradition, un peu de science, s'en mêlaient : on va, du reste, bientôt en juger d'après quelques phrases détachées du chapitre de regimime falconum, secundum experta Frederici imperatoris, de notre universel Albert, (( Il importe avant tout que le varlet n'accoutume point le faucon à manger dans sa main... Le faucon contracterait de la sorte une détestable habitude. Manger dans la main de V homme lui enlève à la longue ses instincts fiers et belliqueux. . . » Mille exercices préliminaires initiaient le faucon, le préparaient, pour ainsi dire, à la cérémonie décisive et solennelle qui consistait à lui enlever le chaperon et à le lancer dans l'espace. Mais avant d'en arriver là, il avait fallu, comme de juste, dresser l'animal à se laisser coiffer, et ce n'était point, paraît-il, chose facile. Tout oiseau de proie , pour bien voler, doit avoir préalablement perdu la notion du jour et de la nuit. «... Or voici comment vous dresserez le faucon à porter le chaperon. Rabattez -lui le chaperon sur les yeux, dès

Page 1