‹ Albert ou L'orphelin catholique [microforme]Chapitre 33 sur 62 · AD · texte numérisé non relu

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serait-il pas ainsi dans le royaume céleste, où tout ce qui est bon, tout ce qui est beau, tout ce qui est noble, n’est que bien faiblement représenté ici-bas ?

— J'avoue que toutes vos considérations sont bonnes, dit M. Lyons, mais elles peuvent conduire à la superstition. Jésus-Christ, pour en rejeter même l’idée, a voulu éloigner jusqu’à l’ombre de ce qui touche à l'idolâtrie, éloigner tout ce qui pouvait y conduire. Voilà pourquoi il a dit : ‘Je suis le seul médiateur, la seule porte.” Or, cet enseignement doit être pris et accepté par nous comme un commandement, un ordre formel. Adressez-vous à moi seul, at-il voulu dire, moi seul suffis, mes mérites sont tout-puissants et je vous accorderai tout ce que vous me demanderez. Ainsi la nécessité de s'adresser à d'autres est nulle lorsqu'elle ne serait pas coupable. Eût-elle été nécessaire, ce divin Sauveur nous aurait laissés libres, et 1l aurait ajouté: Je suis le seul médiateur, il est vrai, mais toute prière d’intercession auprès de mes saints, de mes élus vous sera favorable, vous sera utile, pourvu que cette intercession s'adresse à mes mérites, à ma médiation.

—C'est cela, ajouta le ministre, les apôtres et

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après eux les vrais chrétiens ne se sont adressés qu'à Jésus-Christ.

—C'est tout le contraire, messieurs ; les apôtres, les premiers chrétiens, les catholiques, j'ajouterai même les protestants, ont cru et croient encore que l’intercession auprès de ce divin Médiateur est utile et même nécessaire. Témoin, saint Pierre, saint Paul et tous les apôtres, qui n’ont cessé de demander les suffrages et les prières des ouailles confées à leurs soins. Témoin, encore, les premiers chrétiens, qui n’ont cessé de prier et de supplier les martyrs de la foi, avant et après leur sacrifice: avant, en leur demandant de se souvenir d'eux auprès du divin Sauveur que ces martyrs allaient voir bientôt ; après, en recuetllant leurs restes et en les déposant sur les autels pour les prier et réclamer leur intercession auprès du premier et du plus grand des martyrs. Les chrétiens par la suite les ont imités, voire même ies protestants: tous se sont adressés et c’adressent encore à leurs confrères pour obtenir leur intercession. Que de faveurs obtenues pour témoigner de l'utilité de cette intercession. Elle est donc utile et nécessaire, puisque les apôtres l’ont acceptée et recommandée, puisque les chrétiens de tous les temps n’ont cessé de l'invoquer, De plus, la Bible

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entière, l’'Anci2n et le Nouveau Testament sont remplis de textes, d'exemples et de faits qui prouvent son utilité.

—]a Bible n’en parle pas, dit le ministre.

— Ta Bible n'en parle pas, dites-vous? Vous ne l'avez donc pas lue? Je vais tout de suite vous prouver qu'elle en parle très souvent. Ouvrons d’abord l'Ancien Testament : |

Daniel, chap. 3, vers. 95: “Le Dieu de Sidrach qui a envoyé son ange et délivié ses serviteurs.”

Psaume 103, vers. 21: ‘“ Armées du Seigneur, bénissez-le, vous qui êtes ses ministres et exécutez ses volontés.”

Je n'ai pas besoin de vous citer ce qui est arrivé lors de la punition de Sodome et Gomorrhe, reprit Albert ; 1l y a une foule d’autres exemples dans l'Ancien Testament. Voyons maintenant le Nouveau :

Saint Paul aux Corinthiens, chap. 4, vers. 9: “ Nous servons de spectacle à Dieu, aux anges et aux hommes.”

Le même aux Hébieux, chap. rer, vers. 14:

“Tous les anges ne sont-ils pas des esprits bienheureux qui tiennent lieu de serviteurs et de ministres, étant envoyés pour exercer leur ministère

en faveur de ceux qui doivent être les héritiers du salut ? ”

Saint Luc, chap. 16, vers. 7 : “Il y aura plus de joie dans le ciei pour un pécheur qui fait pétence,” etc.

Ephésiens, chap. 6, vers. 18: “ Priez les uns “our les autres.”

Apocalypse, chap. 5, vers. 8 : “ Les quatre animaux et les vingt-quatre vieillards se prosternérent devant l’Agneau, ayant chacun des lampes et des coupes d’or pleines de parfums, qui sont les prières des Saints.”

Apocalypse, chap. 8, vers. 4: ‘Et la fumée des parfums, jointe aux prières des saints, s’élevant des mains de l'ange, monta vers Dieu.”

Et que veut dire Notre-Seigneur par ces paroles : “ Gardez-vous de mépriser un de ces petits, car, je vous declare que dans les cieux leurs anges voient sans cesse la face de mon Père ? ” Eh bien ! messieurs, tous ces t?xtes ne démontrentils pas que l'Eglise est une immense réunion, existant au ciel et sur la terre, dont Dieu, le juge de tous, est le chef? Ne démontrent-ils pas que cette Eglise se compose, premièrement, d’innom brables légions d’anges dont la mission est d’entretenir, de conserver la relation, l'intimité entre les frères des deux royaumes, entre les âmes jn:

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ALBERT OU L'ORPHELIN CATHOLIQUE 199 tes qui sont entrées dans la gloire, et celles qui n’y sont pas admises? Saint Jean qui, dans sa vision céleste, a pu voir et contempler les illustres phalanges du royaume céleste, a bien vu et contemplé des milliers de saints prosternés aux pieds de l'Eternel, et priant sans cesse. Pour qui priaient-ils ? pour eux-mêmes? nor car ils n’ont plus que des actions de grâces et des louanges à offrir. Leurs prières doivent donc avoir pour objet leurs frères combattant encore sur la terre ; ils doivent donc prier pour ceux qui, moins fortunés qu'eux, aspirent aux faveurs et aux récompenses dont jouissent ces intercesseurs bienheureux, Quels sont ces aspirants, si ce n’est les membres de l'Eglise militante, dont nous faisons partie ?

M. Lyons, surpris de la défense de notre héros, de son habileté et surtout de sa connaissance des saintes Ecritures, ne savait trop que répondre.

—Ces catholiques que nous prenions pour des ignorants et des superstitieux, se dit-il, connaissent la Bible mieux que nous. Serait-il possible que nous nous trompions à l'égard de leur Eglise ? Les arguments et le raisonnement de ce jeune homme me paraissent logiques ; sa conduite, ses manières et son amour pour Dieu m'ont déjà

frappé. Il ne doit pas être le seul catholique qui agisse ainsi, et une Eglise qui forme dr tels hommes ne doit pas être telle qu'on , l’a toujours représentée, et telle que nous nous plaisons tous tant que nous sommes, à regarder comme impie et corrompue. J'y verrai.

Le ministre n’osait plus répliquer ; les arguments d'Albert étaient trop éloquents, trop logiques pour être réfutés. C'était la première fois qu'il rencontrait un antagoniste aussi fort, et il ne se sentait pas de force à continuer une discussion qui ne servirait qu’à l'humilier davantage.

Albert, voyant qu'ils ne répondaient pas, reprit :

—J'avais donc raison de dire que le préjugé seul est la cause de votre refus de vous adresser à ceux dont la mission est de s'intéresser à vous. J'ai prouvé que la doctrine et la croyance à la communion des saints, communion toute d’amout et de charité, reliant, unissant pour ainsi dire le ciel et la terre, mettant les habitants des deux royaumes en communication de désirs et de pensées, est appuyée non seulement sur la raison et l’enseignement des Pères de l'Eglise, mais aussi sur les saintes Ecritures. Je puis donc sans craindre de désobéir à Dieu continuer de réciter mon chapelet.

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—Qu'entends-je? dit M. Lyons en se levant tout à coup.

—Qu'est-ce ? s’écrie le ministre en pâlissant.

—Je ne vois rien, dit M. Lyons en regardant de tous côtés; j'ai cru cependant entendre un cri venant de ce ravin.

Un cri ressemblant à celui du loup se fait entendre bien distinctement cette fois.

—C'est un loup, dit M. Lyons en souriant.

—Qui pourra se vanter de nous avoir fait trembler, dit le ministre.

—Ce cri n’est pas celui d’un loup, dit Albert.

— Pourquoi en doutez-vous? demanda M.

Lyons.

— Quel autre animal peut avoir poussé ce cri ? dit le ministre ; je n’en connais aucun qui imite le hurlement du loup.

—]l y a le chien, messieurs ; mais ce n’est ni l'un ni l’autre cette fois.

— Alors, que pensez-vous ? dit M. Lyons.

—Que c'est un homme qui a voulu imiter le cri de cet animal.

—Dans quel but?

— Ce crl est un signal, soit pour annoncer l'arrivée d’un renfort, soit pour opérer une ma-

nœuvre.

— Un signal, une manœuvre, un renfort | Que voulez-vous dire ?

— Que je ne serais pas surpris qu’il y eût là, dans ce ravin, des centaines de sauvages dont le dessein est de tirer vengeance de nous et qui, embusqués dans ce ravin, attendent le passage de la caravane pour la surprendre et l’attaquer.

—Qu'est-ce qui vous porte à croire cela? dit M. Lyons avec anxiété.

— C'est simplement une supposition, monsieur, dit Albert en voyant que M. Lyons était devenu soucieux. Il ne faut pas y prêter attention.

—]Je vais en tenir compte cependant, dit M.

Lyons.

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