UNE AVENTURE DANS UN RAVIN
M. Lyons se rend tout de suite à la tente dn capitaine, et lui fait connaître la pensée d’Albert.
—C'est une supposition qui est ou peut devenir une réalité, dit le capitaine ; j'y avais même pensé.
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— Alors queile est votre opinion, que ferezvous ?
— Fusiller cette canaiïlle : c’est bien simple.
—Ce qui sera difficile pour vous dans ce ravin. A quoi vous serviront vos sabres et vos fusils contre des ennemis cachés et perchés sur des hauteurs que vous ne pourrez atteindre ?
— Nous irons les déloger et les lancer en rase campagne, dit le capitaine d’un ton de colère. Donnez-moi l’ordre d'avancer, et je vous répoads de vous faire assister à une jolie scène, plus belle et plus terrible encore que la dernière.
—Et dont les résultats pourraient nous être funestes. Croyez-moi, capitaine, nous ferons mieux d’user de prudence et de ruse pour traverser ce raviu.
—Il y a des sauvages dans ce ravin, j'en suis certain, dit le capitaine ; j'ai parfaitement compris les deux cris lancés il y a quelques minutes.
— Vous êres alors de l'avis d'Albert ; raison de plus pour agir avec toute la précaution possible. Je connais votre adresse et votre bravoure, je loue votre dévouement pour le salut de la caravane ; cependant, si nous pouvons empêcher l’effusion du sang. ce sera à notre avantage et à celui de ces malheureux qui ne connaissent pas mieux,
— Faites ce que vous voudrez ; mais je ne réponds pas de ces peaux-rouges s'ils se montrent à découvert ; ce sabre fera encore son devoir.
—Je vais assembler le conseil immédiatement ; je vous ferai prévenir.
—J'y serai, monsieur.
M. Lyons se rend de suite à sa tente. Albert, agenouillé, fait sa prière.
—Toujours occupé à la prière, se dit M.
Lyons ; ce jeune homme est vraiment chrétien ; pendant que nous délibérons, il prie, il converse avec Dieu, le meilleur conseiller et le meilleur appui. Le bon catholique est un vrai chrétien, et j'en aurai meilleure opinion à l'avenir.
Il se rend à lui, et le frappant légèrement sur l'épaule, il lui dit :
—[l me fait peine de vous déranger ; je viens vous demander de me suivre au conseil, qui doit s'assembler à l'instant même.
— Je suis à vos ordres, monsieur.
Quelques minutes plus tard, les principaux de l'expédition, réunis dans la tente du capitaine, délibéraient sur ce qu'il y avait de mieux à faire.
—Faites-moi connaître l'heure du départ de la caravane, dit le capitaine; je vous devancerai d'une demi-heure pour préparer le chemin en
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faisant disparaître tout obstacle animé ou inanimé. Je réponds de tout.
Plusieurs étaient de l’avis du capitaine ; d’autres, et M. I,yons était de ce nombre, voulaient agir avec prudence, dût-on en éprouver un retard de trois ou quatre jours.
—Et vous, jeune homme, quelle est votre opinion? dit M. Lyons en s'adressant à Albert.
Le capitaine j:ta un regard significatif vers notre héros.
Albert le comprit.
— Messieurs, dit-il, nous craignons un danger qui, peut-être, n'existe pas. Cependant nous pouvons croire que ces sauvages chercheront à tirer vengeance de la leçon que leur a donnée notre vaillant capitaine, il y a quelques jours. Ce ravin, avec ses flancs escarpés, peut leur en fournir une occasion favorable. Ne. fût-ce que par prudence, il vaudrait mieux, avant d'engager la caravane dans ce ravin, s'assurer si oui ou non, il ne cache pas des ennemis qui, sans courir eux-mêmes aucun risque, pourraient nous massacrer.
Le capitaine fit un signe approbatif.
—Bravo, s'écrièrent tous les assistants.
—Mais, comment s'assurer de cela? dit M.
Lyons.
— Voilà le plus difficile, dit Albert ; cependant Dieu aidant, je m'offre pour vous servir d’éclaireur.
—Non pas seul, brave jeune homme, dit le capitaine en venant lui serrer la main ; je vous accompagneral.
—Je ne puis refuser votre offre, monsieur ; si vous le voulez, nous allons partir à l'instant même.
—Volontiers ; allons.
—Je ne puis vous laisser partir ainsi, dit M. Lyons avec émotion ; le danger que vous allez courir est trop grand, ét j'ai j:vmis à votre digne père de veiller à votre sûreté.
—N'ayez pas d'inquiétude pour moi, dit Albert ; le danger n’est pas aussi grand que vous le croyez. Et tout bas. il se dit: M. Stevens a pour moi toute la sollicitude d'un père. Mon Dieu, bénissez-le et faites que je lui sois reconnaissant,
—]Je manquerais à ma parole et à mon devoir si je vous laissais partir ainsi. Si vous tenez à visiter ce ravin avec le capitaine, je vous accompagneraï.
Albert, ému, regardait tour à tour le capitaine et M. Lyons.
— Votre devoir est de rester avec la caravane,