‹ Albert ou L'orphelin catholique [microforme]Chapitre 37 sur 62 · CHAPITRE XII UNE VISITE CHEZ M. STEVENS · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII UNE VISITE CHEZ M. STEVENS

Revenons, cher lecteur, dans le salon de M.

Stevens. Ce monsieur et son épouse sont occupés à lire, Eva est à confectionner une broderie. Il est sept heures du soir.

M. Stevens semble en proie à une vive préoccupation, des rides profondes sillonnent son front ; madame Stevens paraît triste ; Eva même n’est pas aussi gaie, ses couleurs vives sont presque disparues. On dirait qu’un malheur est venu fondre sur cette famille, naguère si joyeuse.

M. Stevens jette son journal sur la table avec

dépit.

Jamais de nouvelles de cette expédition, dit-il ; pourtant un courrier devait la laisser tous les quinze jours pour apporter de ses nouvelles au fort Leavenworth. De là, elles devaient se transmettre à Washington. Si cela eût été fait, les journaux s’en seraient emparés pour les faire connaître par tout |: pays.

Eva releva la tête.

—Voilà deux mois que notre fils est parti et point de nouvelles encore, dit madame Stevens.

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—Vous n'auriez pas dû le laisser partir, dit Eva avec un léger accent de reproche. Qui sait ? nous ne le reverrons peut-être jamais.

—Ne parle pas ainsi, dit madame Stevens ; n’ajoute pas la crainte à l’inquiétude que j'éprouve.

—TJe n'aurais pas dû le laisser partir en effet, dit M. Stevens, il ne faut pas vous décourager cependant, car si un malheur était arrivé, nous le saurions.

— Comment pourrions-nous le savoir ? demanda madame Stevens.

— Ceux qui auraient échappé à ce malheur seraient revenus pour le faire connaître. Si l’expédition n’envoie pas de ses nouvelles, c’est qu'elle ne tardera pas à revenir.

— Dieu le veuille, dit Mme Stevens,

— Eva, dit M. Stevens d’un ton sérieux en s’adressant à sa fille, tu ne saurais deviner la demande qui m'a été faite aujourd’hui.

Eva s’en doutait bien, ayant reçu la visite du jeune Smith, le matin même.

—Je crois la connaître, mon père, dit-elle en tougissant.

—Tu l'as sans doute encouragé, puisqu'il est venu tout tard te demander en mariage,

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| | Loin de là, cher père, je lui ai même dit de | ne plus penser à moi.

— Ne lui as-tu pas dit que ton choix était fait ?

— Non, mon père, je crois cependant qu'il s'en doute.

—As-tu bien pensé aux conséquences de ton refus, ma fille? Ce jeune homme est digne de toi sous tous les rapports ; à ses qualités extérieures, 1l joint un cœur franc et honnête. Il appartient à une des familles les plus respectables.

— Quant à sa famille, oui; mais, je voudrais me tromper, les manières de ce jeune homme me paraissent suspectes et d'une apparence trompeuse,

—Ce n'est qu'une supposition de ta part: tu ne peux t'appuyer là-dessus pour refuser sa demande.

(ie —Mon père. dit Eva d'une voix tremblante.

— Pourquoi insister ainsi? dit Mme Stevens, {ll notre fille est libre dans son choix.

— J'en ai le droit, et quoique je ne veuille pas intervenir dans son choix, je veux cependant 5avoir la cause de son refus.

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—Je ne l’aime pas, mon père.

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—Ceïa est suffisant, j'espère, dit Mme Stevens, ct tu ne dois pas insister davantage,

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