‹ Albert ou L'orphelin catholique [microforme]Chapitre 45 sur 62 · acte pour · texte numérisé non relu

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—Lequel de Jésus-Christ ou de vous dois-je croire? Vous dites qu'il n’a pas voulu donner son corps et son sang dans la communion. Jésus- Christ affirme le contraire, c’est-à-dire, qu’en termes bien formels, il a déclaré que dans Ja communion, nous mangions son corps et buvions son sang. Lequel a raison?

—C'est faux : Jésus-Christ n’a jamais fait une telle déclaration.

—ÆEt c'est une infamie, un blasphëème que de croire Ou proclamer une telle doctrine, ajouta M. Lyons.

—Toutes vos allégations ne sont pas des preuves. Non, je me trompe, messieurs, elles prouvent que vous donnez raison à ces Juifs qui, comme vous et à la même occasion, ont dit: cet homme blasphème ; elles prouvent que vous les approuvez dans leur refus de croire aux paroles de Jésus-Christ,

—Loin de les approuver, dit le chapelain, nous les repoussons en condamnant leur incrédulité.

-— Vous les repoussez, dites-vous ? alors comment se fait:il que vous répétez une à une leurs propres paroles, que vous réitérez leurs protestations, que vous les imitez en tout? Comme eux, vous dites: comment peut-il donner sa chair à

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258 ALBERT OU L'ORPHELIN CATHOLIQUE manger; comme eux, vous répétez: c'est un blasphème. Comment pouvez-vous accepter une chose et la rejeter en même temps ?

— Vous allez trop loin, dit le chapelain avec aigreur.

— Pour vous permettre de me suivre peut-être, dit Albert en souriant, un peu de bonne volonté est tout ce qu'il vous faut, monsieur.

—]Je ne voudrais pas suivre le chemin dans lequel vous êtes engagé ; chemin d'erreur et de perdition.

— Il faut croire que ces Juifs pensaient comme vous, car, loin de suivre le chemin tracé par Jésus-Christ qui leur demandait de croire en ses paroles, ils ont protesté et l’ont abandonné. Ici encore, vous les imitez, messieurs. Soyez donc logiques. Ou vous les approuvez, ou vous ne les approuvez pas: si vous ne les approuvez pas, cessez de les imiter en tout, comme vous le faites.

—Je ne permettrai pas d’être comparé à ces Juifs, sans protester, dit le chapelain en rougissant.

— Le fait de protester n’est pas nouveau pour vous, monsieur ; cessez donc de les imiter si vous ne voulez pas leur être comparé; cessez surtout de protester contre des paroles répétées et acceptées par vous-même.

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— Nous répétons les mêmes paroles, il est vrai, dit M. Lyons, non pas parce que nous doutons des enseignements de Jésus-Christ comme l'ont fait ces Juifs, mais parce que vous, catholiques, donnez comme eux une interprétation contraire, erronée au sens des paroles de Jésus- Christ.

C'est cela, dit le chapelain, ces Juifs, comme vous, ont pris les paroles de Jésus-Christ dans leur sens littéral au lieu de les prendre au figuré. Le divin Maître n’a jamais voulu dire: c’est ce corps que vous voyez de vos yeux, que je vous donnerai à manger.

---Qu'a-t-il donc voulu donner ?

--- Une nourriture spirituelle pour alimenter nos âmes et notre intelligence. Quelle est cette nourriture dont elles ont besoin ? c’est la foi en son incarnation, accompagnée de la grâce.

---Et cette foi en son incarnation accompagnée de la grâce se mange et se boit comme la manne que les Juifs ont mangée dans le désert, je suppose ?

---Si elle ne se mange pas avec nos bouches, elie n’en est pas moins une nourriture pour nos âmes qui, après s’en être fortifiées, se plaisent à se désaltérer à la fontaine de grâce dont elle est la dispensatrice,

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