‹ Albert ou L'orphelin catholique [microforme]Chapitre 50 sur 62 · DÉLIVRANCE DU CAPITAINE ET D’'ALBERT.— HEUREUSE RENCONTRE · texte numérisé non relu

DÉLIVRANCE DU CAPITAINE ET D’'ALBERT.— HEUREUSE RENCONTRE

—Il va nous falloir faire bonne garde cette nuit, dit un homme à ses compagnons assis autour d’un feu ; nous allons traverser cette chaîne de montagnes où plus d’un voyageur a laissé ses 0$.

—Gare aux sauvages qui oseront nous attaquer, dit un autre, je me charge de dix de ces peaux rouges.

Tous les regards se portent vers le dernier interlocuteur, pendant qu’un sourire incrédule erre ur toutes les lèvres.

—Cela peut vous paraître fort, reprit le même personnage ; eh bien ! qu'il ne me soit pas donné de vous en faire la preuve,

Cet homme était d’une haute stature, et, comme ses compagnons, il portait de longs cheveux tombant sur ses épaules ; une barbe fine, soyeuse descendait sur sa large poitrine. De grands yeux noirs, surmontés de longs cils de même couleur, où brilluit l'intelligence, un front large, bien découvert, annonçaïient une âme fortement trempée et une bienveillance à toute épreuve. Il était beau, de cette beauté mâle qui atteste à la fois de la fermeté de caractère et de la bonté du cœur ; tout en lui, sa parole, ses manières et ses mouvements indiquaient un de ces esprits d'élite créés pour commander et se faire respecter.

Doué d’une force peu ordinaire, il n'en était pas moins agile. Gare à celui qui l’aurait attaqué ou qui aurait essayé de fuir pour se soustraire à un châtiment mérité.

Son accoutrement, comme celui de ses compagnons, au nombre de trente, était propre à ef. frayer ceux qui les voyaient pour la première fois. Leurs vêtements, serrés sur leurs membres

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étaient ajustés à la taille par une large ceinture d'où pendaient de longues épées, des poignards et des revolvers de gros calibre ; de larges feutres rabattus leur servaient de coiffure ; de grandes bottes, montant plus haut que le genou et armées de gros éperons, complétaient ce farouche costume.

Non loin du camp, paissaient une centaine de chevaux attachés à de longues cordes.

— Je crois que nous ferons mieux d'attendre à minuit pour partir, reprit notre homme. S'il y > des sauvages, ils seront endormis à cette hcure, ce qui nous permettra de passer sans être troublés.

— À vous de régler l’heure du départ, dirent tous ses compagnons, vous êtes notre commandant.

— Alors, il nous reste cinq heures pour prendre un peu de repos. Allez vous coucher; je me charge de veiller à votre sûreté.

Quelques minutes plus tard, tout le monde, hors le commandant, s'était retiré sous les tentes et jouissait d’un profond sommeil.

Le commandant, lui, se promenait de long en larze en donnant libre cours à ses pensées. Dans quelques semaines, se disait-1l, je verrai ma famille qui, depuis longtemps, doit soupirer âprès

iture mon retour. Mon Dieu, veuillez écarter tous les ards obstacles qui pourraient se dresser sur notre cheutres : min ; donnez-nous le courage et la force de rein | pousser toute attaque.

nées Quelques minutes avant minuit, il réveille ses ostu- compagnons ; tous s’empressent de prendre un peu de nourriture ; puis on saute à cheval, et la re de petite troupe se met en marche.

Chaque cavalier porte en travers de sa selle dre à une longue carabine et un fusil à air. Soixante- [y ? dix à quatre-vingts chevaux sont placés au centre, cure; portant sur leur dos les provisions, les munitions trou- et de grands sacs qui paraissent très lourds.

- On arrive à. une passe de montagnes.

Lirent — Attention, mes amis, dit le commandant, le man- temps critique est arrivé, 1l va nous falloir avan- \ cer avec la plus grande précaution, car cette Lndre passe est longue et difficile. Les chevaux de me charge sont ils tous attachés ?

—Oui, commandant.

bnde, 4 —Et vos fusils à air?

antes —Ils sont tous en ordre.

—Très bien, à présent vous allez me laisser Le en prendre le devant ; lorsqu'il y aura du danger je Dans vous avertiral.

à: fan Le commandant part ; un peu plus tard, la pe-

près tite troupe continue sa marche.

—Quel homme que notre commandant, dit l’un d'eux, il ne craint rien.

— Il ne reculerait pas devant toute une tribu de sauvages, dit un autre ; il les connaît bien, ayant été leur prisonnier pendant près de vingt ans.

Il était près de quatre heures du matin, l’aurore commençait à poindre et aucun incident n’avait éveillé l'attention de notre petite troupe, iorsqu'une lueur à droite attire les regards du commandant,

Il arrête, descend de cheval et prête l'oreille ; il se baisse et, la face contre terre, il écoute.

Ses compagnons le rejoignent ; l’un d’eux lui demande ce qui peut ainsi attirer son attention.

—Voyez-vous cette lueur? lui dit-il, il y a là toute une tribu de sauvages faisant un tapage d'enfer ; ou je me trompe, ou ces sauvages vont exercer la torture sur quelques prisonniers. Qui sait? ce sont peut-être des blancs auxquels ils ont tendu un piège,

Cette pensée fait frémir tous ses compagnons.

— Allons y voir, dirent tous les gens de la cavalerie.

—Non, non, dit le commandant,

— Que faire alors ?

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— Ce que l’on voudrait que d’autres fissent si nous étions à leur place,

—Ce ne sont pas des blancs peut-être, dit l’un d'eux.

—AÀ nous de nous en assurer, dit le comman:dant. Attendez moi ici, il suffit que l’un de nous sache ce qu’ils vont faire, je ne tarderai pas à revenir,

Saisissant alors sa carabine, il se dirige dans la direction de la lumière. A peine a-t-il marché dix minutes qu’un spectacle effrayant s'offre à ses regards : des hommes, des femmes et des enfants, à moitié nus, ivres, la figure grimaçante et les cheveux hérissés, sautent et dansent autour de vingt feux. Sa vue se porte vers le centre et, là, attachés à deux pieux, sont deux blancs, un homme d’un âge mûr, l’autre, tout jeune encore ; il peut distinguer leurs traits sur lesquels se lisent le calme et la résignation.

— Lâches, barbares, se dit-il avec colère, nous allons vous faire payer cher votre audace et votre cruauté.

Il voit les chefs se diriger vers un point commun ; d’autres sont à faire rougir des broches ou la lance de leurs flèches.

—Il faut agir promptement, se dit-il, la torture va commencer. Il hâte le pas et, d'une voix sup.

312 ALDERT OU L'ORPHELIN CATHOLIQUE pliante, il envoie vers le ciel cette prière : Mon Dieu, permettez que nous arrivions à temps pour empêcher ce crime atroce.

Il arrive tout essoufflé à ses compagnons.

— Vite, vite, mes amis, leur dit-il, emparezvous de vos armes ; n'oubliez pas vos fusils à air ; restez juste assez de monde pour garder les chevaux, que les autres me suivent. PDépêchez-vous, il s’agit de sauver de la torture, de la mort deux de nos compatriotes,

— Allons les venger, dirent tous ses compagnons en suivant le commandant.

Cinq d’entre eux étaient restés à la garde des chevaux ; après les avoir attachés aux arbres, ils

prennent, à leur tour, la direction de la lumière.

Le vieux chef vient de donner le signal convenu pour commencer la torture; de grands cris de joie suivent ce signal, et tous approchent au centre pour mi ux voir le spectacle.

Le vieux chef et son fils viennent s'asseoir sur une espèce d’estrade dressée pour l’occasion en face des deux prisonniers. |

Le vieux chef, tenant dans sa main le sabre du capitaine, descend et avance vers celui-ci en lui lançant des regards farouches.

— Ta carcasse de chien va subir la torture, lui

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dit-il avec une joie féroce. Puis fouillant les poches du pantalon du capitaine, il en tire un canif et quelques pièces d'argent. Tu n’auras plus besoin de ces choses, ajouta-t-1l avec un sourire moqueur, mais, tiens, je te laisse ce sabre, 1l pourrait ranimer ton courage, et en disant ces mots, il le plante à deux pieds en avant du capitaine, et il retourne reprendre son siège.

Le jeune chef se lève à son tour et s’avance vers Albert. Imitant son père, il s’approprie le contenu des poches de sa victime. La dernière chose qu'il en retire est un chapelet.

— Tiens, dit-il d'un ton railleur, un objet de culte, un talisman, je suppose ; je vais te le passer autour du cou, il pourrait te donner la force de supporter la torture. Puis, il le passe rudement au-dessus de la tête d'Albert.

La croix, en tombant, se trouve suspendue sur la poitrine de ce dernier.

Un éclat de rire moqueur se fait entendre.

-—Merci, dit Albert d’une voix ferme.

Le jeune chef va reprendre son siège.

Alors deux jeunes sauvages, armés de larges couteaux, se dirigent vers les deux chefs qu'ils saluent, puis ils se retournent et, avec des gestes menaçants, ils avancent vérs les deux prison-

niers.

LS otre:

—C'en est donc fini, dit le capitaine. Mon Dieu, ayez pitié de moi.

— Confiance, monsieur, dit Albert; puis, levant les yeux vers le ciel, il s’écrie à haute voix : Mon Dieu, je vous donne mon âme, je la remets entre les mains de votre divine miséricorde. Et vous, Vierge Marie, ne m'abandonnez pas pendant cette heure suprême. Vous n'avez cessé de me protéger, surtout lorsque, jeune enfant, je m'affaissais dans cette forêt pour ne plus me relever, si vous n’étiez venu me secourir.

Les deux sauvages arrivent et lèvent leurs couteaux.

— Non seulement, continue Albert, vous m'avez tiré d’une mort cruelle, mais vous m'avez donné un père, une.

Il n’a pas le temps de continuer, un sifflement aigu passe près de ses oreilles; malgré lui, sa tête fait un mouvement de côté. Il en est de même pour le capitaine, et les deux sauvages tombent comme foudroyés.

Cependant aucune détonation ne s’est fait entendre.

—C'est la peur qui les a fait tomber, s’écrie la tribu entière. Deux autres, deux autres plus braves.

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Le capitaine et Albert regardent les deux cadavres gisants devant eux.

Deux autres sauvages s’avancent ; comme les premiers, ils saluent les chefs et, le couteau à la main, ils se dirigent d’un pas ferme et rapide vers les prisonniers.

— Confiance, répète Albert, le salut est proche.

Les deux sauvages arrivent et lèvent leurs couteaux ; un second sifflement se fait entendre ; à leur tour, ils tombent comme frappés par la foudre, et leurs corps tombent en travers des premiers.

— Eux aussi sont des lâches, crient deux sauvages âgés ; nous allons faire leur affaire ; et, se munissant de broches rougies, ils s’élancent sur les prisonniers.

La pointe des broches est près d'atteindre la chair du capitaine et d’Albert, lorsque les deux sauvages tombent à leur tour.

Un cri de rage s'échappe de la gorge des deux chefs qui se lèvent en même temps et, armés de leurs tomahawks, se lancent en courant pour en finir avec leurs prisonniers.

Déjà la hache terrible est levée sur leurs têtes ; les deux chefs poussent un cri de triomphe, mais

ce cri expire dans leur gorge et aussitôt ils tombent pour ne plus se relever.

Au même instant, un cri formidable se fait entendre.

— Feu ! répond l'écho.

Une détonation forte, terrible répond à ce cri; en un clin d'œil trente hommes criant: Tue!

tue ! se ruent sur la tribu qui, surprise, épouvantée, cherche son salut par la fuite. Cependant les balles atteignent les fuyards les plus rapprochés, ils tombent tour à tour sous les coups bien dirigés.

Les cris de douleur se mêlent aux cris de triomphe ; des coups secs, saccadés se succèdent avec rapidité.

Tout cela s'était passé si vite que, ni le capitaine, ni Albert n'avaient eu le temps de revenir de leur surprise. Quelques secondes plus tard, les liens qui les retenaient tombaient à leurs pieds.

Alors le capitaine revient à lui-même et, poussant un cri de joie et de reconnaissance, il saisit son sabre et se joint à ses sauveurs ; ses coups terribles jettent l’'épouvante parmi ceux que les balles n’ont pas encore atteints.

Pendant que ses hommes poursuivent les fuyards, le commandant coupe les liens d'Albert.

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ALRERT OÙ L'ORPHELIN CATHOLIQUE 317 En passant devant ce dernier, le chapelet attire son attention ; un saisissement s'empare de lui et il porte ses regards sur le jeune homme qu'il vient de délivrer. Alors une pâleur subite couvre sa figure, et son cœur bat avec force.

—Merci! Ah !merci! dit Albert en se jetant à ses genoux. Après Dieu, je vous dois la vie.

Mais le commandant reste comme immobile ; sa vue ne quitte pas la figure du jeune homme ni le chapelet suspendu à son cou; de temps à autre, il passe et repasse la main sur son front et semble ne pas entendre Albert toujours à ses genoux.

Ce dernier s'empare d’une des mains de son sauveur et il s'aperçoit qu'il est en proie à un tremblement nerveux.

— Etes-vous: malade, monsieur ? demande Albert.

Le commandant, la vue ioujours fixée sur notre héros, ne répond point. Les détonations se succèdent avec rapidité, les poursuivants et les fuyards passent tout près de lui en criant ; les cris de douleur se mêlant aux cris de: Tue! tue ! résonnent tout autour d'eux, mais ni le commandant, ni Albert ne les entendent.

Ce dernier, les yeux fixés sur son libératcur, attend sa réponse. Enfin le commandant revient

318 ALBERT OU L'ORPHEZIN CATHOLIQUE à lui-même et d’une voix qui trahit l'émotion, il dit à Albert:

—Veuillez me laisser voir ce chapelet, mon ami.

Albert s’empiesse de le lui présenter.

Le commandant s’en empare et l’'examine, il tourne la croix et lit sur le dos : ‘“ Emélie Defoy, née Tourangeau.” Mon Dieu, se dit-il, est-ce ur rêve? Puis, se tournant du côté d’Aibert, 1l lui demande d’une voix tremblante :

— Votre nom, s'il vous plaît, dites-moi votre nom.

—Albert Stevens, monsieur.

—Stevens, dites vous? Oh ! de grâce, dites-mo. comment vous avez pu vous procurer ce chapelet?

Une idée subite s'empare d’Albert et le fait pâlir à son tour.

—Ce chapelet vient de ma mère, monsieur ;

elle me l’a donné en mourant.

— Votre mère est morte, dites-vous P

—Oui, monsieur.

—Et le nom de votre mère ?

— Emélie Defoy ; Defoy était le nom de mon père, que je n’ai pas eu le bonheur de connaître.

Le commandant lève les yeux vers le ciel et tombant à genoux, il fait entendre ces seuls mots :

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votre s-MO.

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ALBERT OU L'ORPHELIN CATHOLIQUE 319 Mon Dieu, merci ! Puis, se levant subitement, il jette son large feutre par terre et ouvrant ses bras, 1l s’écrie d’une voix entrecoupée par les larmes :

—-Regarde-moi bien, cher enfant : une ressemblance peut-elle être plus parfaite? Viens, viens, cher üls !

—Mon père ! mon père ! s’écrie Albert en se précipitant, ivre de joie et de bonheur, dans les bras de son père.

—Mon fils, oui, mon fils, dit le commandant.

Soyez béni, ô mon Dieu !

Ils se tiennent longtemps enlacés dans les bras l’un de l’autre : trop émus, trop heureux, ils ne peuvent prononcer une seule parole ; tout entiers à leur bonheur, ils ne voient et n’entendent rien de ce qui se passe autour d'eux ; leurs cœurs reconnaissants s'élèvent vers l'Eternel pour le remercier.

Le capitaine et les hommes du commandant, n'ayant plus rien à craindre de la part des sauvages, revenaient un à un et, debout, silencieux, ils n’osaient dére 1ger ce tableau si intéressant.

—Venez, venez, mes amis, dit enfin le commandant, que nous nommerons Defoy. Venez partager mon bonheur ; ce jeune homme €st mon

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fils, c’est mon enfant. Kegardez-le bien; n’ai-je pas le droit d’en être fier?

— Votre fils ? s'écrient tous les gens de la troupe en venant presser les mains d'Albert,

Le capitaine vient à son tour serrer les mains de M. Defoy.

—Que Dieu est grand dans ses desseins! ditil ; je vous félicite d'avoir un tel fils, monsieur. Qui pourrait ne pas se féliciter ? Messieurs, je n'ai jamais fléchi devant l'ennemi ; ni le nombre ni les balles ne n'ont fait reculer ; cependant, devant ces préparatifs pour nous appliquer la torture, devant ces larges couteaux à la lame rougie, devant ces fers pointus, j'ai tremblé, I) n’en était pas ainsi de ce jeune homme, votre fils ; 1] était aussi caime, aussi courageux et aussi résigné que si rien ne l’eût menacé. A cette vue, j'eus honte de moi-même et, grâce à ses avis, à ses bons conseils, je devins plus fort. Fort, courageux, instruit et très poli, votre fils a su s’attirer l'estime et le respect de tout le monde de notre caravane ; profondément attaché à sa relfk gion, il a fait ressortir, à plusieurs reprises durant notre voyage, la beauté de sa doctrine. Grâce à lui, monsieur, je suis devenu un autre homme. Après Dieu, je vous dois la vie, messieurs, ajou-

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ALBERT OU L'ORPHELIN CATHOLIQUE 321 ta-t:1l; permettez-moi de vous remercier et de vous exprimer toute ma reconnaissance.

Pendant que le capitaine parlait, M. Defoy jetait sur son fils un regard plein d'ivresse et de bonheur.

—Que l'on dise ou que l’on pense ce qu'on voudra, continue le capitaine, pour moi, notre délivrance est due à une cause extraordinaire ; j'y vois le doigt de Dieu qui vous a tracé le che min, indiqué l'heure pour arriver à temps.

— Vous avez dit vrai, dit M. Defoy; nous avons retardé notre départ à minuit pour ne pas éveiller l'attention des sauvages. En nous faisant ainsi retarder, Dieu avait ses desseins, puisque nous arrivons juste à temps pour vous soustraire, vous et mon fils, à la mort la plus cruelle. Messieurs, ajouta-t-il, il faut voir à nos chevaux; ces sauvages pourraient bien s’en emparer.

—J'ai pensé à cela, dit l’un de ses compagnons ; dix d’entre nous sont allés les chercher pour les mener ici.

— Bien, dit M. Defoy ; nous allons nous reposer pendant une heure ou deux ; lorsque nous nous serons fortifiés par un bon déjeuner, nous reprendrons notre route.

—Avec vos deux prisonniers, n'est-ce pas? dit le capitaine en souriant.

-— Que nous aurons soin de lier fortement avec les liens de l'amitié, dit M. Defoy.

—Dites plutôt les liens de notre reconnaissance,

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