VENTE PAR AUTORITE DE JUSTICE
“Cette magnifique propriété avec toutes ses dépendances sera vendue jeudi, onzième jour de septembre, à onze heures avant-midi. Après ia vente de la villa, je procéderai à celle des meubles, chevaux, voitures, etc., etc.
“ M.S., encanteur.”
—-Mon Dieu, dit Albert d’une voix pleine d'angoisse, ii est donc arrivé quelque malheur à ces bons parents !
— Il faut le croire, dit M. Defoy; cependant calme-toi, cher enfant, nous sommes arrivés juste à temps pour l’amoindrir, sinon l'empêcher. Retourne à l'hôtel, M. Stevens est ici, peut-être, et ta présence augmenterait en quelque sorte la souffrance qu’il doit éprouver. Nous allons entrer, le capitaine et moi, pour voir ce qui se passe, et nous irons te rejoindre pour le dîner. Va, mon fils, sois tranquille, j'arrangerai bien les choses.
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êtent — Merci, merci, mon père ; je vous attendrai }
acard | à l'hôtel ; tardez le moins possible. | j — Ne t'inquiète pas, j'espère te rapporter de )l
.. bonnes nouvelles. !l
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| Pensif, Albert retourne sur ses pas. Que leur
LE est-il donc arrivé? se dit-il; quelques eribarras
sc financiers, sans doute, mais il ne faut pas me li-
sc vrer à des pensées amères avant le retour de
. mon père. | —Entrons tout de suite, dit M. Defoy au ca- l
pitaine ; il ne faut pas tarder, car l'heure de la
rc” | vente est arrivée.
: Ils entrent ; plusieurs messieurs, la plupart pa- ù eine raissant être de la plus haute société, sont à exa- | eur à miner la maison du haut en bas ; on en fait au- Ë
tant des meubles.
dant —Une maison princière, n'est-ce pas? dit M, juste Defoy.
Re- —-Tout est fort riche, dit le capitaine. M. Ste- { e, el vens et sa famille ont dû éprouver beaucoup de Al e la k peine en laissant cette splendide demeure. ' enr Leur attention est attirée par la conversation i se | de deux hommes tout près d’eux. | ner. | —Je vais acheter cette propriété pour tot, mon bien fils, disait le plus âgé. Cela pourrait changer les
dispositions de la demoiselle Eva à ton égard ;
358 ALBERT OU L'ORPHEZIN CATHOLIQUE elle aimera sans doute à revenir dans son anc'enne demeure.
Une lueur sombre, qui n’échappa point à l’attention du capitaine et de M. Defoy, passa sur la figure du jeune homme auquel ces paroles étaient adressées.
—Ïl faudra bien qu’elle consente à notre union, dit celui-ci en fronçant le sourcil ; aussi j'espère que ce moyen sera efficace. M. Stevens aurait consenti volontiers à notre mariage, mais elle a refusé, elle aime ce jeune orphelin adopté par son père.
—Tu n'as plus rien à craindre de ce côté, dit le premier ; ce jeune homme a été pris et rassacré par les sauvages.
— Je le sais, dit le jeune homme avec un mé.
chant sourire ; cependant, je la connais, elle yardera son souvenir et me repoussera encore ; mais.
— Voici l'encanteur, dit :* premier en l’interrompant ; approchons.
—[l faudra avoir l'œil sur ce jeune homme, souffla le capitaine à l'oreille de M. Defoy.
—Oui, je n'aime pas ses manières ; ce sourire insolent et moqueur n'indique pas de bonnes intentions.
—Je l'ai remarqué.
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—Avançons, je veux parler « cet encanteur.
Ce dernier monte sur une table et, après avoir appelé l'attention, commence en ces termes :
‘ Messieurs, — En vertu d’un jugement rendu dans le mois dernier et tel qu’annoncé par les journaux et les affiches distribuées dans les diverses parties de la ville, je vais procéder à la vente de cette magnifique propriété et de ses dépendarces. Nous vendrons ensuite le riche ameublement, les superbes chevaux, les voitures, etc. Puis, se tournant du côté d’un vieillard à la mine respectable, il lui demande :
—M. Stevens est-1l 1c1 ?
—Non, monsieur.
— Vous a-t-il chargé de le représenter ?
— Je suis son serviteur.
—Vous a-til donné instruction de me payer la somme nécessaire pour décharger ce jugement et cette saisie portés contre lui?
— Non, monsieur.
L'encanteur se retourne du côté de l'assemblée er disant :
—Se trouve-t-il quelqu'un dans cette assemblée qui représente M. Stsvens ?
—Oui, monsieur, dit M. Defoy d’une voix sonore,
Vous, monsieur ? dit l'encanteur,
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—Moimême; quelle est la somme qu'il vous faut ?
Tous les assistants s’approchent pour mieux voir cet homme inconnu. Le désappointement peut se lire sur la figure de plusieurs, venus dans l'espérance de faire quelques bons achats.
—(Cinquante-deux mille dollars, plus les frais de la saisie, répond l’encanteur. Veuillez me donner votre nom.
—Il est inutile pour vous de le savoir, dit M. Defoy d'une voix brève, c'est de l'argent et non mon nom qu'il vous faut.
Tesisz, voici vingt mille piastres en acompte que je dépose sur cette table en attendant que le shérif vienne le réclamer. Aussitôt qu’il sera ici pour me donner une quittance et les autres papiers, je ferai un chèque pour la balance.
—Très bien, dit l'encanteur, monsieur le shérif est 1c1; dans un instant tout sera arrangé
M. Smith et son fils, que nous avons reconnus dans les Ceux hommes en conversation il y a un instant, désappointés et vexés de la tournure de cetis affaire, se hâtèrent de sortir,
— (juel est donc cet homme? demanda le jeune Smith,
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ALBERT OU L'ORPHELIN CATHOLIQUE 361 père ; c’est étrange qu'il ait avancé autant d’argent à un homme ruiné.
— Qui r'était, mais qui ne l’est plus, reprit le jeune Smith. C’est encore un coup manqué pour moi, puisque M. Stevens va reprendre toutes ses propriétés. — Et il ajouta tout bas: laissons faire, elle sera ma femme, je le jure.
Le shérif approche et commence à faire la quittance.
—AÀ qui dois-je faire la quittance? dit-il en s'adressant à M. Defoy.
—AÀ monsieur Stevens ; c'est bien simple, puisque je le représente.
Quelques minutes plus tard, le shérif remettait à M. Defoy tous les papiers et documents et la quittance en lui disant :
—Je vous félicite de la noble action que vous venez de faire, monsieur. Ce monsieur Stevens est un des hommes les plus distingués et les plus respectables de cette ville.
—Je le sais, monsieur, il m'en a donné bien des preuves, et je vous remercie de votre bonne opinion à son égard.
—Je suis bien fâché, messieurs, dit l’'encanteur aux assistants qui n'étaient pas encore sortis ; vous êtes venus avec l'espoir de faire quelques achats avantageux, et moi, une assez forte com-
mission ; mais ce monsieur nous a donné un peu vite notre congé.
—C'est bien dommage, en effet, dit M. Defoy en souriant, si j'eusse été en cette ville hier, je vous aurais épargné à tous ce désagrément. Puis se tournant vers l’encanteur, il ajoute: Il vous reste cependant une consolation, c’est ce pavillon que vous voudrez bien faire disparaître au plus vite. Tenez, voici pour votre trouble, et il lui tend deux pièces de vingt dollars.
L’encanteur salue et sort.
Il ne restait plus dans la maison que M. Defoy, le capitaine et le vieillard dont nous avons parlé plus haut.
Ce dernier s'avance vers M. Defoy en lui tendant la main et lui demande :
—Venillez donc me dire, monsieur, à aui j'ai l'honneur de m'adresser.
—Vous le saurez plus tard, brave vieillard.
Tenez, voici la quittance et les papiers, veuillez les faire parvenir à votre digne maître. Je vous demande une faveur cependant, c'est de ne lui donner aucun renseignement sur mom compte ; dites-lui simplement que je me réserve ie plaisir de venir le voir aussitôt qu'il sera réinstallé dans sa demeure. Allez de suite, si vous plaît, lui porter la bonne nouvelle.
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vous tous bon, mani péni foy ç je va tions capit
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—Je vous remercie, dit le vieillard en essuyant deux larmes.
— Avez-vous quelqu'un ici pour garder la maison pendant votre absence ?
—Oui, monsieur, mon épouse et mon fils sont
—Bien… Ah! j'oubliais, vous avez dû voir monsieur et madame Stevens et la demoiselle Eva dernièrement: j'espère que leur santé est bonne ?
—.Pas très bonne, monsieur, surtout depuis la terrible nouvelle qui leur annonçait la mort de leur fils adoptif.
— Ah ! dit M. Defoy qui feignait la surprise ; vous dites qu’ils avaient un fils adoptif?
—Oui, et ce jeune homme était leur idole à tous ; ils pouvaient bien en être fiers, il était si bon, si poli, si affable et si distingué dans ses manières.
— Je le comprends, cette perte a dû être bien pénible pour ces bonnes personnes, dit M. Defoy que l'émotion commençait à gagner. Allons, je vais vous quitter, n'oubliez pas mes instructions ; et lui tendant la main, il sortit suivi du capitaine.
—Vous allez leur causer une surprise agréable, dit ce dernier.
—Ceci n’est qu'un acompte, capitaine. Me serait-il permis de vous demander une faveur ?
— Je suis à vos ordres, monsieur.
— Nous allons, mon fils et moi, nous absenter de cette ville pour quelques jours, d'abord pour ne point nous présenter chez M. Stevens avant qu’il soit retourné à sa demeure. J'emploierai ces quelques jours pour visiter les lieux de ma naissance où reposent les restes de mon épouse.
Pendant notre absence, j'aimerais que vous teniez la vue sur ce jeune homme dont nous parlions tout à l'heure.
—Soyez tranquille, monsieur ; je veillerai sur
lui et rien de fâcheux n’arrivera sans que je le sache.
—Merci, ne dites rien de ceci à mon fils.
En entrant à l’hôtel, Albert accourt au-devant d’eux et s'empresse de demander des nouvelles,
— Ne t'inquiète pas, cher enfant; monsieur et madame Stevens se portent assez bien, ainsi que la demoiselle Eva.
— Et leur propriété ; elle a été vendue sans doute ?
—Oui, dit M. Defoy en souriant, — Qui l’a achetée P
—[Lui-même,
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ALBERT OÙ L'ORPHELIN CATHOLIQUE — Lui-même ! ce n'était donc qu'un embarras financier d’un moment?
—Il faut le croire, puisqu'il a trouvé le moyen d'empêcher la vente de sa propriété. Il avait un représentant qui a payé la somme voulue.
Un éclair de joie brilla dans les yeux d'Albert.
— Ainsi, mon père, dit-il, nous pouvons dès à présent nous...
—Non,il ne serait pas convenable de nous
présenter avant qu'ils soient retournés à leur ancienne demeure. On croirait peut-être.
—Je comprends, dit Albert avec un regard de reconnaissance ; c'est vous qui...
—N'en parle pas, je ne suis pas encore ac:
quitté de ma dette envers ces personnes généreuses. Nous allons leur donner quelques jours pour se réinstaller dans leur demeure, et nous en profiterons pour aller, tous deux, prier sur la tombe de mon épouse, de ta mère. Là, près de son tombeau, nous nous reposerons trois ou quatre jours; j'ai hâte de revoir notre petit. maisonnette, notre jardin: j'ai hâte surtout de prier sur les restes mortels de celle que j'ai toujours aimée, et dont le souvenir ne s'effacera jamais de ma mémoire. Allons, mon fils, prendre le diner, puis nous nous embarquerons sur le
& 40 Lo . = nu LELPT ES = ù