‹ Albert ou L'orphelin catholique [microforme]Chapitre 59 sur 62 · PR EN · texte numérisé non relu

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seoir, que souvent, à genoux et seul avec son Dieu, il faisait monter vers le ciel de ferventes prières. Pourquoi nous a-t-1l été enlevé si tôt, lui si jeune, si poli, si respectueux ; lui sur lequel mes bons parents fondaient de si belles espérances ?. Dieu a voulu, sans doute, lui épargner les peines et les vicissitudes de cette vie mortelle.

Tout absorbée par ces pensées, elle ne s’aperçoit pas de la présence d’un jeune homme qui, tout près d’elle, épie ses moindres mouvements.

Se laissant tomber à genoux et, levant les yeux vers le ciel, elle fait entendre une de ces prières ferventes qui ne manquent jamais d’arriver au but.

Elle se relève pour revenir sur ses pas, mais elle s'arrête. Là, à quelques pas en avant d'elle, est ce jeune homme qui, les bras croisés et la vue fixée sur elle, semble l’attendre au passage.

En le voyant dans cette attitude, elle ressent un tremblement dans tous ses membres ; elle reconnaît le jeune Smith, et un sentiment de frayeur s'empare d'elle ; mais, le repoussant aussitôt, elle demande à ce jeune homme d’une voix pleine d'indignation :

—Que voulez-vous ?

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ALBERT OÙ L'ORPHELIN CATHOLIQUE —Avoir le plaisir de vous voir et vous parler, dit le jeune Smith.

— Est-ce ainsi qu'un gentilhomme se présente ?

— J'avoue que non, mais que voulez vous? il me faut bien employer le seul moyen à ma disposition. Refusé par vous d’abord, par vos parents ensuite, je n'ai osé me présenter devant eux,

—Et vous croyez avoir le droit de vous introduire furtivement, de choisir le moment ?..

—Oui, j'ai choisi le moment où je pourrais vous parler sans crainte d’être entendu ou empêché par vos parents ; c'est ce moment que j'ai choisi, et, pour cela, j'ai attendu une partie de ja soirée hier. Ce soir encore, voilà près de deux heures que j'attends. Pendant que vous êtes ici, je veux que vous m’écoutiez.

-—Je sais ce que vous avez à me dire; inutile pour vous de le répéter, inutile pour moi de... :— Oh ! dit-il d’une voix de colère ; croyez-vous qu'il est aussi facile pour vous de rejeter, de mépriser un Cœur qui VOUS aime ? Croyez-vous P.., — Assez, assez... si vous avez de l’amitié pour moi, vous me ferez le plaisir de vous éloigner. — Non, non, ce n’est pas ainsi que je prétends vous quitter ; donnez-moi un peu d'espoir... dites-

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moi de revenir et je serai trop heureux de vous laisser à vos réflexions. |

—Inutile, monsieur, vous connaissez ma déci- SiOn.

— Et si je ne l’'accepte pas, cette décision ? ditli d'une voix menaçante.

—Que voulez-vous dire?

—Que vous serez mon épouse, je le veux, entendez-vous, quelle que soit votre disposition à mon égard.

Eva se redresse et, lui indiquant la porte du parterre, elle lui dit d’une voix frémissante :

— Sortez d'ici, malheureux, sinon j'apvelle au secours.

Une ombre se glissait en même temps non loin d’eux.

—Ah! croyez vous pouvoir me traiter ainsi en me jetant à la porte comme un vil animal ? Prenez garde, je saurai bien me venger de votre obstination.

— Allez, vous dis-je, dit Eva en voulant passer pour se rendre à la maison.

Le jeune Smith s’avance et lui barre le passage.

— Vous ne me laisser®z pas ainsi, dit-il avec colère.

— Comment ! vous osez!

— J'oserai tout, vous m’y forcez, et il s’avance vers elle.

—Reculez-vous, dit Eva d’une voix vibrante, sinon je vous dénonce comme un vil criminel.

Si je n’ai pas encore appelé au secours, c'est par respect pour vos parents si dignes et si respectables, (et, d’un geste impérieux, elle ajoute :) Sortez, 1l en est encore temps.

—Vous voulez donc que tout soit fini entre nous? dit le jeune Smith avec rage. Vous me poussez à bout. Eh bien ! advienne que pourra ; vous l’avez voulu, vous en subirez comme moi les conséquences.

Se tournant alors du côté de la tonnelle, il ajoute : À moi!

‘Eva veut pousser un cri, mais, rapide comme l'éclair, le jeune Smith s’élance sur elle et lui passe un mouchoir sur la bouche.

Au même instant, un homme à l'aspect sinistre sort de sa cachette.

— Viens vite, dit le jeune Smith, il faut sortir d'ici avant qu'on nous ait aperçus. La voiture est-elle prête ?

— Oui, répond cet homme qui s'avance raridement. |

I n’est plus qu’à quelques pas, lorsqu'un violent coup de poing l'envoie rouler par terre.

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Un blasphème, suivi d'un cri de douleur, fut toute sa réponse.

Le jeune Smith se retourne, mais il est aussitôt saisi par une main de fer qui le serre fortement à la gorge.

— Grâce ! grâce ! s’écrie-t-il.

—Ote tes mains, misérab.e ; ne touche plus à cet ange de beauté, s’écrie notre capitaine, car c'était lui: Lâche, misérable, ajoute-t-il en le serrant plus fort ; je ne pensais pas trouver ici, dans cette ville civilisée, de pires barbares que les Peaux-Rouges du Grand-Ouest.

Puis le serrant plus fort:

—C'est ainsi, lui dit-il, que l’on traite les che napans comme toi,

Le jeune Smith, la langue sortie et pâle de terreur, ne peut prononcer un seul mot.

—Que faire de ce bandit, mademoiselle ?

Eva, laissée libre, détache le mouchoir et s'écrie :

—.Merci, ah! merci, noble bienfaiteur, c’est Dieu qui... |

—Je suis déjà trop heureux d’avoir pu vous servir, mademoiselle.

Ainsi ne parlez pas de reconnaissance; ditesmoi ce que je dois faire de ce misérable.

Le jeune Smith, à demi-étouffé, les yeux dé-

mesurément ouverts, tremblait de tous ses membres.

— Veuillez le laisser aller, dit Eva ; ses parents sont de dignes personnes, il ne faut pas que le déshonneur ternisse le nom de cette famille si respectable.

Le complice du jeune Smith, revenu de son étourdissement, venait de se relever.

—AÀ moi, à moi, dit le jeune Smith. en faisant un dernier effort pour se dégager.

Le bandit, furieux, s'élance sur le capitaine.

Eva, craignant pour son sauveur, pousse un cri et appelle au secours.

Cependant le capitaine ne lâche pas prise ; il serre la gorge du jeune Smith avec une telle force que celui-ci en devint livide et, d’un pas ferme, il attend son adversaire.

Au moment où le bandit s’élance pour lui porter un coup, il se jette de côté et. d’un formidable coup de pied, il l'envoie de nouveau rouler sur le sol.

— Ah ! traître, s'écrie le capitaine ; cette fois, tu n’échapperas pas au châtiment que tu mérites ; la cour criminelle va décider de ton sort.

Le cri poussé par Eva avait attiré l’attention de M.et Mme Stevens ainsi que des domesti-

TE memarents que le nille si de son

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fois, rites :

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ques. Tous sortirent précipitamment de la maison et accoururent en toute hâte.

—Ma fille ! ma fille ! s’'écriait Mme Stevens.

— Nous est-il arrivé un nouveau malheur? dit M. Stevens.

— Non, mon père, dit Eva en se jetant dans ses bras.

— Qu'est-il donc arrivé ? dit-il en la pressant sur son Cœur.

— Regardez, dit Eva en indiquant le capitaine ; ce gentilhomme est mon sauveur, et voilà le jeune Smith.

— Le jeune Smith, s’écrie M. Stevens en pâlissant de colère ; comment, c’est toi qui, en déshonorant le nom que tu portes, a voulu jeter le deuil dans la mienne ? Quelest donc cet homme ? ajouta-t-il en désignant le bandit toujours couché sur le sol.

— Son complice, mon père.

—Infâme, dit M. Stevens en lançant sur le jeune Smith des regards menaçants. Puis, se dirigeant vers le capitaine, 1l lui dit en lui tendant les deux mains : Veuillez accepter, monsieur, la reconnaissance d’un père qui n’oubliera jamais ce que vous venez de faire ; c'eût été un coup mortel pour moi, pour mon épouse, si ce jeune misérable eût pu mettre son projet infâme à

st

exécution. Merci, homme généreux, qui n'avez pas craint de risquer votre vie pour sauver l'honneur de ma maison. Dites-moi ce que je puis faire, non pas pour m'acquitter, mais pour mieux reconnaître votre nobie action.

—Je n'ai fait que mon devoir, monsieur, c’est un grand bonheur pour moi d’avoir pu empêcher ce crime. Dites-moi ce que je vais faire de ce jeune bandit.

— Grâce, grâce, dit le jeune Smith pris d'un tremblement convulsif.

—Tu ne mérites pas de grâce, dit M. Stevens avec colère.

— Veuillez épargner ses parents, dit Eva d’une voix suppliante.

M. Stevens regarde sa fille; une grande lutte se fait en lui; son devoir et son amour pour elle plaident tour à tour. Enfin ce dernier l'emporte.

—Oui, chère enfant, dit-il, par amour pour toi, et par considération pour ses parents, je laisserai aller ce fils indigne ; c’est-à-dire si ce monsieur y consent.

—Je vais respecter votre décision, monsieur, dit le capitaine. Se tournant alors du côté du jeune Smith, 1l lui dit:

—Tu peux remercier ces bonnes personnes qui te pardonnent par considération pour tes

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ALBERT OU L'ORPHELIN CATHOLIQUE 379 parents. Mais, prends garde de te retrouver sur mon chemin ; je te conseillerais même de quitter cette ville pour n’y plus reparaître, car £1 je te rencontre, tu subiras le châtiment que tu mérites. Tu comprends, n'est-ce pas ?

— Oui, je vous promets de partir.

—Tu me promets de quit‘er cette ville immédiatement ?

— Je le jure.

—Bien, mais prends garde de me tromper, car je ne me tromperai pas, moi. Puis, lâchant prise, il ajoute : Dépêche-toi de traîner ton complice jusque dans cette voiture que tu avais destinée pour une autre victime.

Le jeune Smith s’empresse d’obéir : deux minutes plus tard, la voiture, guidée par lui, descendait rapidement du côté de la ville.

Eva, au bras de son père, et Mme Stevens à celui du capitaine, prennent la direction de la maison.

En arrivant, ce dernier veut prendre congé de ses hôtes, mais Mme Steveus le retient en lui disant :

—Vous allez nous faire l’honneur d'entrer prendre le thé avec nous.

—Et vous ne partirez pas ainsi, ajouta A.

Stevens ; vous demeurez en cette ville, n'est-ce pas ?

— Non, monsieur, je n’y suis que pour quelques jours; je vous prie de m'’excuser, mon épouse m'attend à l’hôtel.

— Alors veuillez nous permettre de vous offrir notre demeure pendant votre séjour en cette ville.

—Ce serait un grand bonheur pour nous, dit Eva d’une voix pleine de charme.

— Je ne saurais refuser votre offre généreuse, et je m'empresse d'accepter votre hospitalité. Je reviendrai avec mon épouse demain matin.

— Non, non, tout de suite, s’il vous plaît, dit M. Stevens ; je vais faire atteler les chevaux.

Une demi-heure plus tard, la voiture ramenait le capitaine accompagné de son épouse et de ses enfants.

On leur fit l'accueil le plus cordial ; deux belles chambres furent mises à leur disposition.

La conversation roula d’abord sur le dernier événement, puis sur les nouvelles du jour, puis sur Albert, parti trop vite pour leur bonheur.

—Oui, monsieur, dit M. Stevens, j'aimais ce jeune homme comme s’il eût été mon fils propre. Hélas ! il nous « été enlevé au moment où il devait embellir mes jours ; où devaient se réali-

ser les plus belles espérances que j'avais fondées sur lui.

—-Un malheur lui est donc arrivé? dit le capitaine en lançant un regard significatif à son épouse.

—Un malheur bien terrible, monsieur, il a été pris par les sauvages en compagnie d’un capitaine Williams, et tous deux ont subi la torture,

—C'est affreux, dit le capitaine, ces peauxrouges sont des plus barbares, et, plus d'une fois, j'ai été témoin de leurs atrocités.

—Vous êtes donc allé dans ces prairies? dit Eva d'une voix émue.

—Oui, mademoiselle, j'ai même eu fhonneur de commander quelques expéditions dans le genre de celle dont monsieur votre frère faisait partie.

— Vous êtes officier?

—Je viens de recevoir mon brevet de colonel.

—Vous avez peut-être connu le capitaine Williams ?

— Oui, mademoiselle, dit le capitaine en hésitant, il était un de mes meilleurs amis. Pauvre camarade, il a subi un bien triste sort.

—Et tien cruel, dit M. Stevens. Il y a quelques jours, M. Reynolds, un des ingénieurs de cette expédition, venu ici de la part de M. Lyons

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