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qui la commandait, nous a fait les plus grands éloges de ce capitaine. Brave jusqu’à la témérité, se vouant pour le salut de la caravane, il a plus d'une fois châtié les sauvages et les a mis en fuite. Il portait, paraît-il, une amitié sincère à notre Albert, qu'il a protégé même au péril de sa vie.
—C'est lui-même qui a dû la vie à votre fils en première instance, dit le capitaine avec émotion.
— Vous avez donc entendu parler d'eux? dit Eva d’une voix anxieuse.
—-Oui, il n’y a que quelques jours que je laissais le fort Leavenworth ; là, j'ai connu tous les détails de cette expédition. Mais, ajouta-t-il avec hésitation, j'ignorais que ce digne jeune homme fût votre frère.
Le capitaine, obéissant à une consigne, pouvait à peine contenir l'émotion qui s'était emparée de lui.
Mme Stevens avait remarqué son hésitation.
Il nous cache quelque chose, se dit-elle, mon Dieu ! nous serait-il permis d’espérer encore.
La servante entre au salon pour annoncer le souper.
—Venez nous faire l'honneur de prendre le thé avec rous, dit M. Stevens en se levant. Au
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? dit
ALBERT OU L'ORPHELIN CATHOLIQUE 383 même instant, un coup de sonnette attire leur attention.
Mme Stevens sent son cœur battre dans sa poitrine.
Un éclair d: joie brille dans les yeux du capitaine ; un sourire de bonheur erre sur les lèvres de son épouse.
—M. Lyons! s’écrie M. Stevens qui s’empresse d'aller au-devant de lui. Que je suis heureux de vous voir ! cher monsieur, veuillez ôter votre pardessus, et vous nous ferez le plaisir de sou- à per avec nous ; nous étions justerient pour nous mettre à table.
— Volontiers, dit M. Lyons, car j'ai une faim de bûcheron ; j'espère que votre santé est bonne, mesdames? ajouta-t-il en s’avançant vers Mme Stevens et Eva.
— Aussi bonne que nous pouvons le désirer, dit Mme Stevens.
— Et vous, mademoiselle? et, tout bas, il se dit : Elle est vraiment belle, l’adorable enfant.
—Un peu d’agitation est tout ce que j'éprouve, monsieur, répond Eva.
— J'en suis heureux, mademoiselle.
Puis, se tournant du côté du capitaine, il ajoute :
—Et vous, mon cher colonel, je suis vraiment
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384 ALBERT OU L'ORPHELIN CATHOLIQUE heureux et agréablement surpris de vous trouver é
—Surprise qui me fait grand plaisir, monsieur ; permettez-moi de vous présenter mon épouse et mes enfants.
—Je suis heureux, madame, de faire votre connaissance.
Mme Williams salua.
—ÏIls se connaissent, se dit Mme Stevens :
singulière coïncidence. M. Lyons était commandant de la dernière expédition, ce monsieur en a commandé de semblables. Je ne sais ce que je ressens, mais je crois qu’ils sont porteurs de bonnes nouvelles.
— Allons prendre le thé, dit M. Stevens. ù
—Avant de répondre à votre bonne invitation à d't M. Lyons, j'ai une faveur à vous demander.
—Je vous l’accorde sans la connaître, répondit
M. Stevens. f —Pensant n'être que quelques instants avec
vous, j'ai laissé un ami dehors en le priant de
m'attendre.
— Faites-le entrer, monsieur, vos amis sont les miens ; je suis même fâché qu'il ne soit pas entré avec vous ; je vais aller lui ouvrir moi-même,
Un monsieur, grand de taille et portant une longue barbe, entra en souriant. |
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ouver ; — Un de mes meilleurs amis, dit M. L.yons. | —Soyez le bienvenu, monsieur ; je suis peiné (.
sieur ; de vous avoir fait attendre dehors, Si vous n'avez | ise et pas d’objection, je vous prie de venir partager |
avec nous notre modeste souper.
votre -Vous me faites trop d'honneur, dit le mon- |
| sieur, — Venez, faites-nous ce plaisir.
vens : On se rend à la salle à dîner ; le vieillard dont com- nous avons déjà parlé, passe près de Mme Stesieur | vens et lui dit:
1is Ce —Le monsieur qui vient d’entrer est celui qui ‘teurs a payé la somme requise pour vous remettre
votre propriété, et ce monsieur, ajouta-t-il en dé-
: signant le capitaine, était avec lui le jour de la
ation vente.
der. —Merci, bon vieillard, dit Mme Stevens.
ondit En voyant entrer M. Defoy, Mme Stevens,
frappée de sa ressemblance avec Albert, se lève avec subitement.
t de —Permettez-moi de vous présenter à mon l
épouse, dit M. Stevens; Lucie, un ami de M. | t les Lyons. 1 entré — j'ai l'honneur de vous saluer, madame, dit kil k. M. Defoy d’une voix émue. 1
une —Soyez le bienvenu, monsieur, dit Mme Ste-
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vens dont le cœur battait à se rompre.
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—Ma fille unique, reprit M. Stevens en se tournant vers Eva.
La belle enfant, se dit M. Defoy.
—.Je suis heureux de faire votre connaissance, mademoiselle, dit-il.
— Allons, messieurs, mettons-nous à table, dit M. Stevens. Voici un siège à côté de ma fille, ajouta-t-:l en s'adressant à M. Defoy ; veuillez vous asseoir.
—Ici, monsieur, dit Eva qui ne cessait de le regarder.
Comme il lui ressemble ! se dit-elle.
A peine venait-on de s'asseoir qu’un nouveau coup de sonnette se fait entendre.
La porte s'ouvre, M. Defoy et le capitaine se lèvent comme mus par un même ressort.
Mme Stevens ne les avait pas perdus de vue un seul instant ; en les voyant se lever ainsi, elle s’écrie :
— Ah! je le ressens, je vais éprouver une grande joie. Oui, oui, c’est notre Albert qui vient d'entrer, et elle s’élance vers la porte.
— Notre Albert, dis-tu? dit M. Stevens.
Albert, le sourire sur les lèvres, entre au même instant, |
—Mon fils ! mon fils ! s’écrie M. Stevens.
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ALBERT OU L'ORPHELIN CATHOLIGUE 387 —Oui, oui, c’est bien lui, dit Mme Stevens en le couvrant de ses baisers maternels.
Albert, ivre de bonheur, ne peut proférer une parole.
—Mon frère ! mon frère ! dit Eva en poussant un cri de joie.
— Viens donc, viens donc, cher enfant, dit M. Stevens en ouvrant ses bras.
Albert laisse les bras de sa mère adoptive pour se jeter dans ceux de son bienfaiteur ; des larmes de bonheur inondent sa figure.
11 se dégage doucement des bras de M. Stevens, puis prenant la main de M. Defoy, il dit d’une voix pleine d'émotion :
— Permettez-moi, noble bienfaiteur, de vous présenter mon père.
---Ton père ! ton père ! dit M. Stevens en pâlissant.
---Oui, monsieur, dit M. Defcy, Albert est mon fils.
Mais. mais... je ne pourrai donc plus l’appeler mon. Ah! tout va s'arranger, ajouta-t-il avec bonheur. Eva, viens ici, ma fille bien-aimée. Donnez-vous la main, chers enfants. Albert sera l'époux de ma fille, il deviendra ains' mon fils à double titre.
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--fit votre charmante demoiselle sera ma fille, dit M. Defov.
---Et vous serez mon père, dit Eva avec émotion.
—Et je serai, comme avant, votre mère à tous deux, d't Mme Stevens en les embrassant. Puis, se tournant du côté de son époux, elle ajoute : C'est à M. Defoy, père de cet enfant que nous avons recueilli dans la forêt, que nous devons la remise de nos propriétés.
—N'en parlez pas, madame, dit M. Defoy.
Qu’ai-je donné en comparaison de ce que mon fils a reçu de vous? D'ailleurs, nous sommes à présent tous de la même famille.
— Oui, dit M. Stevens, rien ne pourra désormais briser les liens qui nous unissent.
—Si ce brave coionel veut rester près de nous, il me fera un grand plaisir, dit M. Defoy en lui tendant un chèque de deux cent mille dollars : Acceptez ceci, monsieur, comme un témoignage de ma reconnaissance.
—Mais, monsieur, dit le capitaine ébahi, qu'’aije fait pour mériter une telle reconnaissance ?
— Mon fils m'a tout raconté, dit M. Defoy en souriant. |
—Je serai trop heureux de rester près de vous, dit le capitaine, vous m'en donnez les moyens.
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De fait, la pensée d’être obligé de m'éloigner de votre digne fils, me causait beaucoup de peine.
— Allons, cette fois, nous allons nous mettre à table, dit M. Stevens au comble de la joie. Le dernier convive est arrivé pour mettre le comble à notre bonheur. Vous nous raconterez les aventures qui ont suivi votre captivité parmi les sauvages.
— Gardez votre place près de moi, dit Eva en s'adressant à M. Defoy ; j'aurai ainsi, la première, le plaisir de vous servir,
— Merci, chère fille, dit M. Defoy.
—Ici, mon fils, dit M. Stevens à Albert, ta place est entre ta mère et moi.
Après avoir fait honneur aux mets succulents, on demanda à M. Defoy de commencer son récit.
—Le capitaine voudra bien commencer, dit M. Defoy.
—Volontiers, dit celui-ci, et il fit le récit de tout ce qui s'était passé depuis le départ de la caravane, la part prise par Albert et le1r enlève-
ment par les sauvages, du calme plein d’espé-
rance dent notre héros avait fait preuve, lorsque tous deux attachés à des pieux, ils étaient pour être torturés ; leur prompte délivrance par M. Defoy et ses compagnons ; la rencontre du père et du fils ; leur retour jusqu’à Boston ; la richesse
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390 ALBERT OU L'ORPHELIN CATHOLIQUE possédée par M. Defoy, et leur arrivée juste à temps pour empêcher la vente de la magniñque résidence dans. laquelle ils avaient le bonheur d’être réunis en ce moment.
Bien des larmes, mais des larmes de bonheur, furent versées pendant ce récit.
Puis vint le tour de M. Defoy qui, d’une voix pleine d'émotion, fit le récit de sa longue captivité et de sa délivrance. Nous n’entrerons point dans ces détails, nous les connaissons déjà, chers lecteurs. |
—Que Dieu est admirable dans ses desseins !
dit M. Stevens ; qui osera, à la vue de ces témoignages, nier sa divine Providence?
—Comme votre digne fils, ajoute le capitaine, je dirai que pour celui qui croit et qui prie, il y a toujours espérance.
—Si parfois il éprouve des peines, des chagrins, 1l recueille de plus grandes joies par la suite, dit Mme Stevens.
—Ce que nous éprouvons ce soir en est la preuve, ajouta M. Defoy.
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