CHAPITRE SIXIÈME
Faire d’un aspect du moi le reflet d’un aspect des choses, atténuer les couleurs et les sonorités pour créer le mirage d’une fusion plus profonde, telle apparaît la poétique d'Albert Samain.
Je n’ai pas cru devoir clore cette recherche un peu fragmentaire d’une individualité sans considérer, dans. leur structure particulière, certaines des pièces où l’on s’accorde à reconnaître la véritable marque du poète. C’est, à mes veux, une contre-épreuve nécessaire que les idées maîtresses de cet essai suffisent à expliquer la manière d'Albert Samain.
Parmi les fragments les plus caractéristiques de cette manière, deux poèmes ont retenu mon choix. Je veux parler des vers liminaires du Jardin de l'Infante’, et d'Hyacinthe*.
JM 2 cHarior D'or, p. 111.
Mon âme est une infante en robe de parade...
Vous voici, dès le premier vers du premier livre de Samain, jetés dans l'étrange et l’irréel.
Et, certes, à qui n’aurait, pour suivre la féerie, que les yeux du romantisme, combien de faiblesses apparaîtraient!
Etrange créature, n'est-il pas vrai, que cette princesse qui ferme sa fenêtre aux bruits de la v'e et, du trône où elle est assise parmi des fleurs agonisantes, affirme avant de lutter la fatalité de toutes choses! A-t-elle ce droit de rêver le passé, celle qui se refuse à vivre le présent? Peut-elle parler de pitié sans s’être penchée sur la souffrance des hommes, de résignation sans que son cœur ait saigné, sans que ses lèvres aient prié? Les visions sont mauvaises où son ennui se berce, mauvais l’orgueil où sa veulerie s’abrite, coupable son mépris de la foule, qui derrière elle souffre et crie. C’est sa punition de n’avoir point vécu qu’elle ne puisse connaître ces joies qui font la vie divine : l'espérance et la pitié.
Aussi bien, de ces choses de lumière que Dieu sème parmi les hommes, que voudriez-vous qu'il restàât pour celle qui se mure làchement dans la contemplation de sa propre faiblesse? Sa nature? Un Escurial désuet et désert, un parc aux essences rares, des bassins minuscules, de rochers fraudés. Son amour? Un peu d’égoïsme peureux. Sa foi? Une vaine soumission à la névrose qui la tue.
ml