‹ Albert SamainChapitre 115 sur 123 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

n’est pas une figuration de la réalité, mais la réalité ellemême. Il n’est point d’essences différentes. IL est, sur le même plan, des êtres qui sentent au même moment avec la même intensité, et communient dans la même poésie diffuse. L’âme est une infante, l'exil est une galère, le passé est un page aux troublants poèmes, la vie est la mer qui se plaint, et le rêve est si bien une forêt d’automne que vous y suivez sans étonnement de vrais levriers de race. Convenez que Samain est un étrange animateur, et qu’il fût devenu un grand croyant, si, dans une pensée moins faible et plus humaine, il eût dépassé les contes où il s’est complu.

Mais ces fiançailles des choses et de l’âme ne sont point le seul charme du poème. L’harmonie préside à la métamorphose, et, dans une monotomie d’enchantement, toutes les images se fondent, toutes les sonorités s’unissent.

C’est le reflet indécis des miroirs vieillots; c’est lattitude grave, et quasi hiératique, de cette infante, prétresse du silence; c’est la profondeur surnaturelle des yeux

Où s’est assis l’esprit voilé des villes mortes. C’est, à la fenêtre du manoir, la blanche apparition dont l’adieu vous hantera longtemps :

Et, pâle à la croisée, une tulipe aux doigts, Elle est là. reflétée aux miroirs d’autrefois…

Voilà pour emplir vos yeux. Voici pour pénétrer votre âme. Voici, dans une langue qui n’étonne point, de la

musique juste et singulièrement évocatrice. Voici des. vers immenses comme l’effroi de la solitude

Aux grands miroirs déserts d’un vieil Escurial.….

immenses comme les rêveries qui viennent de ces choses mortes dont la noblesse survit

En Jeurs grands airs défunts, la font rêver d’empire..

Voici, gardiens d’un art très sûr, deux trimètres lourds de secret, et coupés d'angoisse :

Elle écoute mourir en elle leur mystère.

Voici des allitérations qui vous poursuivent, et vous étreignent :

Dont l’exil se reflète, éternel et royal...

Et le secret se fait plus profond sur ses lèvres...

Et se sentant, malgré quelque dédain natal...

Voici, prenantes et sourdes, des sonorités qu’on écoute hors du temps, les yeux clos :

Des soirs trop lourds de pourpre où sa fierté soupire.. Elle va, s’enchantant de mots mystérieux...

L’eau vaine des jets d’eau, là-bas, tombe en cascade...

Sans doute, cela n’est pas réel; sans doute, cela n’est ‘pas humain. Maïs cela est précieux aux mauvaises heu-

Page 1