‹ Albert SamainChapitre 116 sur 123 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

res; mais cela endort l'inquiétude de vivre, comme, au front des tout-petits, il suffit d’une berceuse ou d’un conte de fées pour apaiser les premières fièvres.

Plus complexe que la princesse du Jardin de l’Infante est l’'Hyacinthe du Chariot d'Or, encore qu’il soit aisé d’y reconnaître le modelage d’Albert Samain.

Sous le geste théâtral, le fond humain est pauvre, et lPâme de l’héroïne n’est que celle de son créateur. Ses mains sement un nonchaloir qui ne germe point. Sa pensée s’abandonne à une tristesse sans objet. Sa beauté trône au fond d’une solitude d’orgueil et d’apparat :

Je la trouve toujours quand mon cœur contristé S’exile et se replie au fond de ses retraites

Et, pansant à la nuit ses blessures secrètes, Reprend avec l’orgueil sa native bauté.…

Et, femme au dédain mauvais, elle condamne à demimot, sous l’apparence de la pitié, la foule qui, brisée par sa tâche humaine, va lentement vers la bonté :

Tu quitteras le mal, la honte, l'esclavage...

Or comment celle qui se dérobe au devoir de vivre participerait-elle aux joies de la vie?

Si les choses ont de la clarté, Hyacinthe ne le sait

point. Reine des ténèbres flottantes et des paysages effa-

cés, elle ne supporte ni l'éclat du soleil ni la lourde beauté des éclairs d’orage. Elle se réfugie, comme la princesse du Jardin de l'Infante, au profond d’un parc abandonné. Des fontaines y murmurent sous une lune tamisée, des amours de marbre y tendent mollement leur arc, des souvenirs y passent comme des ombres familières. Mais sur ce clair-obscur artificiel, sur cette tristesse d’opéra, sur ces soupirs de convention, pas une lueur vivante, pas un cri humain.

Si la souffrance d’amour fait l’âme plus large, si l’espérance apaise, si la foi guérit, Hyacinthe ne le sait pas davantage. Sans doute, elle est « l’amour aux longs cheveux »; sans doute, elle est la très reposante à la fois et la très fiévreuse dont les sens « magnifiés » s’éveilleraient volontiers; sans doute, elle rêve du pays où tout désir est satisfait. Maïs elle n’aime que pour elle-même et son amant; mais elle ne veut pas savoir que l’amour véritable est une volonté commune de pitié et de croyance. L’ivresse est banale, en vérité, qui n’attend de la fusion future avec l’être aimé qu’une plus grande sa-

veur du baiser :

C’est ton âme que tu baiseras sur mes lèvres...

C’est pourquoi je dis que l’âme d’Hyacinthe est stérile.

D'où vient donc la séduction du poème? La beauté d'Hyacinthe ne serait-elle qu’une beauté d'emprunt?

Certes; le thème est de marque romantique, et Samain n’eût peut-être pas rencontré Hyacinthe s’il ne se

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