TROISIEME PARTIE
fût tant cherché lui-même. Car la douce figure de féerie n'est ni l’amante domptée ni la femme attendue. Elle est un dédoublement dont le poète pare sa solitude, comme un voyageur égaré dans les sables demanderait réconfort à son ombre fidèle :
Même, elle me ressemble aux rayons des étoiles...
Hyacinthe est humainement irréelle. Elle est un mirage. Elle vient aux heures de faiblesse où le poète s’isole de la vie. Elle a la voie sourde de celui qui l’appelle, ses souvenirs lointains, son orgueil usé. Née d’une névrose, elle est à ce titre fille sinon du romantisme croyant, du moins de la maladie romantique. La forme elle-même en porte témoignage. Comme René, Samain « panse » ses plaies. Comme Vigny, il affirme, avec une vanité splendide, sa certitude d’amer isolement :
Et c’est elle, sans trêve et pourtant sans espoirs, Que je cherche à jamais à travers les vivantes.
Comme Olympio, il chante sur le mode majeur son pèlerinage aux lieux aimés
Nous errons à travers les jardins taciturnes, Emus en même temps de limpides frissons...
Comme Hernani, il met les lois du monde aux pieds de la bien-aimée
Pendant qu'aux profondeurs des grands espaces bleus, Palpite une douceur grave et surnaturelle,
Et que je vois, comme un miracle fait pour elle, Les astres scintiller à travers ses cheveux...
Or, enfant d’un siècle où le rare et l’artificiel se fiancent volontiers, Hyacinthe n’est pas sans avoir lu Baudelaire et Verlaine.
Elle retrouve, inconsciemment, l’âpre et hautaine expression des Fleurs du mal :
Ton désir cueillera les fruits puissants et beaux
Dont la fleur blême ici languit sur les tombeaux;
Et ton propre idéal sera ton diadème.
Avec l'argile triste où chemine le ver...
Elle se plaît, comme la Clymène des Fêtes galantes, aux décors fardés de lune où
l’âme de Bérénice Semble encor sangloter des vers raciniens.….
Elle joue, comme celle du Réve familier”, l'apparition qui n’est ni tout à fait la femme ni tout à fait la sœur, et dont la voix sourd d’un passé brumeux.
Ainsi la poésie de Samain s'apparente à la poésie du siècle.
Mais, dépouillée de ses ornements de souvenir, Hyacinthe ne s’évanouit point; et c’est l’originalité de cette survivance qui reste à préciser.
J’ai dit la pauvreté morale d’Hyacinthe, et la mollesse de ses paysages familiers. Je n’ai pas dit que ce personnage de fiction ne communiât de merveilleuse
1 POÈMES SATURNIENS. Melancholia, vi.