‹ Albert SamainChapitre 118 sur 123 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

manière avec les choses qui l'entourent. Plus encore qu'aux « noblesses du cœur », la demi-teinte du décor demeure propice à de mystérieuses fusions. L'amour d'Hyacinthe est un lis qui s’ouvre, sa voix est une cloche du soir, sa tristesse est un angélus, ses souvenirs sont une vallée aux faibles échos. Et pour que sa beauté se magnifie au pays de survivance, c’est à une mer baignée de lune que l’amante se fera semblable. Pareil symbolisme, en vérité, se rapproche du mysticisme.

Cependant l’harmonie des couleurs et des sonorités du poème ne le cède en rien à l’harmonie de ses accords d’âmes.

Contemplez la profondeur des chemins sous les arbres, les ailes d'Hyacinthe, aux plumes onduleuses, les silhouettes des deux amants qui vont s’égarant

Et se penchant ensemble aux fontaines nocturnes.

le geste de blancheur des marbres dans la nuit, et la grâce de ce visage incliné sur les yeux aimés, comme pour se noyer dans leur douceur d’éternité.

Ecoutez le ruissellement de l’eau confuse, le silence harmonieux des lèvres chéries, la musique pénétrante d’allitérations

Où les chemins, rayés par les ombres des arbres. Et sonne l’angélus de ses mélancolies...

Tout en elle se donne, et rien ne se dérobe.….

et d'assonances élues :

L'amour s’ouvre à ses doigts comme un lis infini... .Mêle au son de sa voix l’écoulement de l'onde.

Et je te sourirai dans les lis du rivage...

Admirez l’exquise mesure d’une forme où toute hardiesse séduit, trimètres immenses de rêve

Le geste de ses mains pâles est lindolence... Et c’est comme une sœur morte qui reviendrait... Et que je vois, comme un miracle fait pour elle...

C’est ton âme que tu baïiseras sur mes lèvres. rejets étranges

Ses ailes font, d’un vague et lent frémissement De plumes...

Ses lèvres, par instants, laissent tomber le mot Unique...

ou expressions stylisées, évocatrices intensément :

Où ruisselle un bruit d’eau. Où se concentre en goutte le silence...

Elle à le timbre ému des heures abolies….

Nul ne saurait peupler de plus savants mirages rêve plus flou et plus languide.

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