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Je souhaiterais qu’à la fin de cet essai la figure d’Albert Samain se dessinât plus nettement.
Il serait téméraire de vouloir donner à l’œuvre une valeur humaine, comme il serait injuste de refuser à l'écrivain le nom de poète, ce mot fût-il pris dans son vieux sens de « créateur ». Albert Samain est un faible.
Sa faiblesse l’a muré dans une vie étroite. Elle Pa sevré de la volonté d’agir, de l’émotion profonde, de la pitié vraie, toutes forces fécondes qui remplissent le cœur. Elle lui a masqué la beauté des choses sous le ciel, la grande lumière d’amour, et l'infini de la prière.
Mais, par une singulière compensation, cette même faiblesse, qui diminuait l’homme, a exalté l’artiste. Par elle, bien qu'il doive à toutes, Samaiïin s’est affranchi de toutes les écoles. Avec un sens exquis de cette mesure qui manquait aux romantiques, il s’est limité à l’art minutieux qu’il concevait, et, quelque ténue que sa poésie paraisse, je n’en sais guère qui ait, de façon plus pénétrante, mêlé l’alanguissement de l’âme à l’alanguissement des choses, et révélé la douceur des couleurs et des sons.
Albert Samain n’est ni le poète de la vie ni celui de
l'humanité :
Jouir son cœur sur une pointe de compas
n’est certes point d’un apôtre. Mais il reste le poète des
1 Confins. AU SARDIN DE L'INFANTE, p. 69.
communions inquiètes dans les décors éteints et les musiques mineures, et rarement forme plus souple servit inspiration plus délicate.
Je n’ai pas dit toutefois que le fini de l'œuvre en fit le prix, et il n’est point hors de propos de préciser la valeur et la portée de ce symbolisme auquel Samain s’est si mollement abandonné.
Ce dont on ne saurait douter, c’est que le symbolisme, tel qu’il a été laissé, n’est pas une forme d’art vivante.
Ne voir que des couleurs fondues, n’entendre que des musiques unies, n’est point connaître tout l’homme, ni toutes les choses.
Les bois ont des soupirs, mais ils ont des sifflets.
disait Victor Hugo dans les Contemplations”. L'âme, de même, a des cantiques, mais elle a des sanglots de douleur et de rage dont la mesure ne se bat point.
Et puis, c’est bien diminuer son moi de ne l’exprimer qu’à travers les choses à l’aide de mots longtemps limés. La poésie est née d’un besoin de crier aussi vieux et aussi humain que la joie et la douleur. Comme le Socrate de Platon, elle s'exprime « avec les mots qui lui viennent” », et lorsque l'émotion est franche, le vers
Dre D À APOLOGIE, I.