PREMIERE PARTIE
Mon cœur, tremblant des lendemains, Est comme un oiseau dans tes mains, Qui s’effarouche et qui frissonne….
Un mot suffit à le navrer:
Un regard en lui fait vibrer
Une inexprimable amertume...
Il n'est qu’un mot pour une telle plainte : c’est un cri d'enfant. Véritablement., Samain est un enfant, sinon par la simplicité du cœur, du moins par la candeur avec laquelle il étale sa faiblesse. Il le sait, d’ailleurs, et il éprouve à le faire savoir une naïve satisfaction :
O grand enfant frileux, câlin d’âme en souffrance, ‘ 1 Fou qui grelotte *.…
se dit-il dans un de ses Poèmes inachevés. Et n'est-ce pas encore
Toute âme d’un grand enfant fiévreux et pâle.
qu’il offre en présent à sa bien-aimée dans une Elégie du Chariot d'Or”?
Pareille sensibilité n’est ni forte ni féconde. Elle garde souvent une douceur étrange. Il arrive aussi qu’elle sonne faux. De toute la suavité avec laquelle elle peut s'exprimer chez Samain, un chef-d'œuvre témoigne: c’est le second des Soirs du Jardin de l'Infante* :
SAN LR
La dame-aux-songes chante à l’orgue de lPéglise.… Quelque part, une enfant très douce doit mourir...
Plus artificielle est cette première des Heures d'Eté” où Samain cherche un effet dans un rapprochement forcé des roses et de la mort :
Des roses, des roses encor !
Je les adore à la souffrance Elles ont la sombre attirance Des choses qui donnent la mort...
Et s’il fallait un exemple enfin des fausses notes où peut s’égarer Ja sensibilité du poète, je citerais, quelle que soit la réelle maïtrise avec laquelle il soit conduit, ce sonnet sans titre de L’Allée solitaire, dont le premier vers est significatif :
Le bouc noir passe au fond des ténèbres malsaines *…
De sa nervosité inquiète, naît chez Samain le don de la « vision », ou, plus justement, de la fiction. Car la vision de Samain n’est pas la transfiguration romantique. Le romantisme divinise le réel. Je citerais, s’il n’était si connu, le Pasteurs et Troupeaur des Contemplations *. La trouvaille est dans l’invocation, dans le passage de la