‹ Albert SamainChapitre 16 sur 123 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

N’ont point, dans leur cœur solitaire, Un nom à sangloter tout bas”.

et que l’âme de Polyphème, qui fut un peu la sienne, ne contenait guère en elle

Qu’une grande souffrance où naissait la bonté *.…

Mais l’ensemble de l’œuvre a tôt fait de dissiper lillusion qu’on voudrait garder sur la valeur de cette bonté. Et Léon Bocquet semble avoir vu juste, qui définit habilement la pitié de Samain « une bonté large, universelle... sorte de mansuétude… évangélique aboutissant à un pardon irraisonné ». Il y a loin, certes, de la pitié humaine à la bonté universelle! Je laisse de côté, pour y revenir dans un autre chapitre”, cet attendrissement de procédé qui donne aux derniers vers des sonnets de Samain leur originalité ‘, et je me limite ici au sentiment de compassion qu'il se plaît à découvrir en lui. Je ne doute pas que l'âme de Samain ne soit, comme il le dit lui-même,

Sensible à la pitié comme lende à la brise‘.

Malheureusement, cette pitié-là n’est pas de la bonté

CHARIOT D'OR, p. 92.

AUX FLANCS DU VASE, p. 146.

ALBERT SAMAIN, p. 85.

Voyez deuxième partie, chapitre quatrième.

Voyez Le Sacre. AU JARDIN DE L’INFANTE, P. 211. Vers liminaires du JARDIN DE L’INFANTE, P. 8.

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qui souffre et donne. C’est un désir de douceur confuse à l'heure du dernier soleil :

Tout ce qui flotte en nous, par de telles soirées, De tendresse ineffable et de pitiés sacrées *…

C’est la fraîcheur du soir goûtée à la fenêtre pres de l’aimée:

C’est la pitié qui pose ainsi son doigt sur nous *…

C’est la bénédiction apaisée de la nuit sur les douleurs des hommes

Laisse-moi respirer un peu le vent qui passe C’est comme la pitié de la nuit sur ma face *.…

Une émotion de dilettante qui, pour s'exprimer en délicieux accords, ne se traduit point par le mot ou le geste qui soulagent, voilà ce qu'est Ia pitié de Samain. La souffrance des hommes réclame d’autres accents”, et d’autres sacrifices.

Quelque confuse et impuissante qu’elle soit, la bonté de Samain n’est cependant pas sans valeur. S'il ne l’a pas compris, il a parfois prêté l’oreille au « vieil écho profond de la misère humaine * ». Et c’est là un effort dont il faut lui savoir gré.

1 Elégie. CHARIOT D'or, p. 17.

2 Elégie. AU 3ARDIN DE L’INFANTE, ‘p. 39.

3 Polyphème. AUX FLANCS DU VASE, p. 145.

4 Voyez Victor Hugo. FEUILLES D'AUTOMNE. Pour les Pauvres. —

Voyez Jean Richepin. LA CHANSON DES GUEUx. Le Fou. Nativité. La Fetite qui tousse.

5 Douleur, AU JARDIN DE L'INFANTE, p. 145.

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