‹ Albert SamainChapitre 21 sur 123 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

J'aime l’aube aux pieds nus, qui se coiffe de thym, Les côteaux violets qu'un pâle rayon dore...

Mais je préfère une âme à l’ombre agenouillée,

Les grands bois à l’automne et leur odeur mouillée. La lune dans la chambre, à travers les rideaux ‘..

Nul, il est vrai, n’a su dire avec plus de patience les nuances innombrables des couchants

Le ciel, comme un lac d’or pâle, s’évanouit ”... Nul n’a évoqué avec plus de bonheur l'heure où

Les lignes, les couleurs, les sons, deviennent vagues “..

Nul n’a plus jalousement goûté le silence un peu triste des lentes fins de jour :

Le soir tombe. L'heure douce

Qui s’éloigne sans secousse

Pose à peine sur la mousse Ses pieds.

Un jour indécis persiste,

Et le prépuscule triste

Ouvre ses yeux d’améthvyste Mouillés *…

Comme le crépuscule au déclin du jour, l'automne tente le poète au déclin de l’année. Et je ne sais point d'émotion plus raffinée que cet attendrissement de

1 cHAr1OT D'OR, p. 41 et 42.

2 Soirs, III. AU JARDIN DE L'INFANTE, p. 119.

3 Elégie. AU JARDIN DE L'INFANTE, P. 39.

4 L'Ile fortunée. AU JARDIN DE L'INFANTE, P. 76.

54 ALBERT SAMAIN POËETE SYMBOLISTE Samain devant les choses qui se sentent mourir :

Un pâle automne saigne au fond de lavenue, Et des femmes en deuil passent à lhorizon ‘…

On comprend dès à présent que, faible et estompée à ce point, la nature du poète flamand reste sans peine un accord d’âämes

C’est le lac endormi de l’heure à l’unisson,

La halte au bord du puits, le repos dans les roses. Et par de longs fils d’or nos cœurs liés aux choses Sous linvisible archet vibrent d’un long frisson *.…

J'ai montré, au début de cet essai, que la fusion du moi et des choses était l’acte essentiel du symbolisme, et j'aurai l’occasion de revenir sur ce point. Qu'il me suffise d’ajouter que, parce qu'il lui prête sa propre langueur, la nature de Samaiïin est sans cesse dans l’agonie :

Et le ciel, où la fin du jour se subtilise, Prolonge une agonie exquise de couleurs *.…

Des couchants violets et endoloris, des paysages mourants, voilà tout ce qui reste chez Samain de cette nature orgueilleuse et vivace dont les romantiques s'étaient faits les prêtres.

1 Aufomne. AU JARDIN DE L'INFANTE, p. 33.

2 Elégie. AU JARDIN DE L'INFANTE, p. 38.

3 Sotrs, 11. AU JARDIN DE L'INFANTE, p. 117.

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