‹ Albert SamainChapitre 23 sur 123 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Veut-on pénétrer davantage dans l’âme du poète? Rien n’est moins vivant que l’amour qu’on y trouve, mélange confus de crépuscule, de vague souvenir, et de lente agonie :

Ah! Si comme aux soirs de jadis, Tu plongeais dans mes yeux tes yeux de paradis, Va. tu n’y trouverais nul grand air ridicule, Mais de l'amour, mais de l’amour de crépuscule Pâle et voilé, couché sur un cher souvenir.

Qu’enivre, tristement, la douceur de mourir ‘...

Voiler pareille faiblesse d’une préciosité surannée est presque un procédé chez Samain. Clorinde, Sylvie, Estelle, et Cydalise, gardent dans ses vers les belles façons chères à Voiture :

Sylva, Sylvie et Sylvanire,

Belles au regard bleu-changeant.….

Allez vite, l’heure est si brève, Cueillir au jardin des aveux

Les cœurs qui se meurent du rêve De mourir parmi vos cheveux ”…

Ce goût de l’indolence guindée conduit d’ailleurs Samain à quelque platitude : n’est-ce pas dans une de ces Elégies si vantées qu’il a besoin de la fumée bleue d’un cigare pour évoquer le sourire d’une ancienne amie ‘?

Est-ce à dire que l’amour chez Samain se limite à cet abandon précieux? Il serait injuste de le soutenir. Samain s'élève au-dessus du madrigal xvr° siècle par

1 cHARIOT D'OR, p. 102.

2 Arpège. AU JARDIN DE L'INFANTE, p. 82.

3 cHarioT D'OR, p. 103.

une sensualité qui constitue le second caractère de sa conception de l’amour. Il a hérité des premiers romantiques l’instinctif besoin de transformer le sentiment en sensation. Par une évolution naturelle, le culte de la sensation s’épanouit chez lui en sensualité avouée. C’est d’abord le fétichisme des fleurs. Ce que Samain chante en elles, ce n’est point le symbole lyrique du temps qui passe. C’est quelquefois l’image vivante de

celle qu'il césire :

Le ciel suave était jonché de pâles roses.

Et ton cœur, qu’inclinaient d’inexprimablies choses... Se penchait sur mon cœur comme un iris sur l’eau. Le ciel suave était jonché de violettes “.…

C’est presque toujours lodeur capiteuse de leur corolle ,ou Pattirance féminine de leur mystère.

L’odeur forte est déjà une caresse. Samain unit dans la même dilection l’ivresse des parfums et l'ivresse des caresses. Il sait quel apaisement peut semer, distraite, une main de femme, et, lorsqu'il s’attarde au balcon noyé d’ombre, c’est à la main d’une amie qu'il offre son front et ses yeux las :

Mets sur mon front tes mains, fraiches comme une eau pure; Mets sur mes yeux tes mains, douces comme des fleurs ?.…

Souvent même, cette caresse ne lui suffit plus. Et c’est alors une étrange sensualité qui sourd ‘de ses vers

1 Ermione. AU JARDIN DE L'INFANTE, p. 61 et 62. 2 Elégie. AU JARDIN DE L'INFANTE, p. 39.

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