‹ Albert SamainChapitre 24 sur 123 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

exaspérés. Qu'est-il de plus enveloppant que cet aveu, le plus sincère peut-être que Samain ait écrit

Je t'aime. Mon sang crie après loi. J’ai la fièvre

De boire cette nuit idéale à ta lèvre.

D’étendre sous tes pieds, comme un manteau de roi, Ma vie, et de te dire, oh! de te dire tai

Avec une langueur si tendre et si profonde

Qu'en la sentant sur toi, ta chair, toute, se fonde ‘...?

Et si les litanies à la Luxure” sont d’une crudité trop artificielle pour rien livrer de lâme du poète, telle Elégie du Chariot d'Or‘ n’en reste pas moins le cri spontané du désir le plus charnel et le plus farouche

Je t’enlace. J’ai comme un peu de lâpre joie Du fauve frémissant et fier qui tient sa proie...

Or Samain est d’une nature trop délicate pour trouver la joie dans un amour aussi sensuel, et la lassitude de l’âme suit chez lui celle des sens. Le cœur lourd de l'infini qu'il devine, il épuise l'inquiétude de son rêve irréalisé. Hélas! La tristesse naît vite de

L'amour qui doit, demain, engendrer de la haine.

et le poète en vient au dégoût profond de sa fièvre passée:

1 cHarior D'or, p. 97.

À AU JARDIN DE L'INFANTE, p. 167.

La bête ardente a fait litière de nos corps.

Et, corame il est prescrit quand on veille des morts, Nos âmes à genoux, là-haut, sont en prières ".…

Cette confession, toutefois, est trop tardive et trop fanée pour conduire Samain au repentir. Il ne garde de son expérience qu'une plus grande peur d'aimer, et la femme reste pour lui l’ennemie fatale que Baudelaire injuriait. Parce qu’il ne connaît pas assez la piété de l’amante, Samain en proclame trop la fausseté. Et le cauchemar de la femme mauvaise effraie en lui le rêve prêt à ouvrir ses ailes :

Tes yeux verts, à ma bien-aimée, Rèvent, dans l’ombre parfumée, D’affreux supplices pour les cœurs *…

Combien pourtant l’âme de Samain se fût fortifiée, d'éprouver que rien dans l’amour n’est durable, si ce n’est ce qu’on y sème de pitié généreuse.

Ce ne fut pas la moindre gloire des romantiques d'élargir à l’infini la conception mesquine que les poètes avant eux se faisaiunt de la mort. À la Perséphonê grec-

À AU JARDIN DE L'INFANTE, p. 168.

2 Heures d'Eté, IV. AU JARDIN DE L'INFANTE, p. 20.

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