‹ Albert SamainChapitre 25 sur 123 · PREMIERE PARTIE GI · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE GI

que, reine inféconde et sans sourire, au « livide Orcus » d’Horace, à la morne puissance que maudissaient Ronsard et Chénier, on ne pouvait demander qu’un vague conseil d’épicurisme. Au fond de la demeure d’Hadès, tout est silence, et ténèbres :

Le silence est chez les morts, et l’ombre s'empare des deux [yeux...

dit Eranna . Et c’est frayeur de songer à la nécessité qui nous entraine. Les pleurs toutefois sont inutiles. La vie est réalité, et, si brève qu’elle puisse être, elle n’est point si décevante qu’il ne faille se hâter d’en jouir.

Baignons-nous, Prodiké, ceignons de fleurs nos têtes, Et, pour boire le vin, prenons des coupes plus grandes. La vie est courte pour les heureux...

déclame Rufin ” dans une ivresse fièvreuse. « Profite du jour présent », conseille le prudent Horace”. Et le poète des Amours soupire en écho :

Pour ce aimez-moi, cependant qu’estes belle *…

Et, dans le même désir de vivre, la Jeune Captive jette, en joignant les mains, sa prière épouvantée

Je ne veux pas mourir encore...

1 ANTHOLOGIA LYRICA. Leipzig, Teubner.

2 ANTHOLOGIE PALATINE. Épigrammes amoureuses, XI. 3 ones, 1. 9.

A Ronsard. PIÈCES RETRANCHÉES. Sonnet.

5 André Chénier. POÉSIES.

Le premier, le lyrisme religieux du xx° siècle, dans le besoin d’éterniser les aspirations de l’âme, salue dans la mort la dispensatrice de la justice et du bonheur inaccessibles ici-bas. Devant cet acte de foi, s’ouvrent les horizons qui font de la mort le plus merveilleux des thèmes romantiques. À toutes les variations possibles sur ce thème, le romantisme s’est essayé. C’est tantôt, dans la lassitude d’un deuil, le désir du grand repos’, tantôt la peur du grand sommeil silencieux et glacé”. Quelle que puisse être toutefois la diversité des sentiments exprimés, une inébranlable confiance dans l’au-delà vient les marquer d’une commune empreinte. En face de Feffroi même, l'espérance n’apparaît que plus splendide, et Victor Hugo souvent s’est servi du contraste :

Je vis cette faucheuse. Elle était dans son champ. Elle allait à grands pas, moisonnant et fauchant, Noir squelette laissant passer le crépusuule.…. Derrière elle, le front baigné de douces flammes, Un ange, souriant, portait la gerbe d’âmes “.…

1 Voyez Lamartine. L'Immortalité (MÉDrraTioNs, v.). La Semaine sainte (MÉDITATIONS, XXxH1). Faysage dans le Golfe de Gênes (HARMONIES, 1, 10). Hymne de la Mort (HARMONIES, 1v, 1). — Voyez Victor Huÿo. Veni, vidi, vixi (CONTEMPLATIONS, Vi, 22). Ce que c’est que la Mort (TOUTE LA LYRE, it, 44). Ave Dea, Moriturus te salutat (TOUTE LA LYRE, v, 26).

2 Voyez Lamartine, Le Lac (MÉDITATIONS, xIv). Pensée des Morts (HARMONIES, 11, 1). — Voyez Victor Hugo. 4 quoi songeaient les deux Cavaliers dans la Forêt (GONTEMPLATIONS, 1V, 12). Claire (CONTEMPLA- TIONS, V, 14). Pleurs dans la Nuit (CONTEMPLATIONS, vi, 6). Soirée en Mer (VOIX INTÉRIEURES, XVII).

3 Mors. CONTEMPLATIONS, IV, 16.

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