‹ Albert SamainChapitre 26 sur 123 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Pareille conception de la mort est, sans doute, naïve, et le geste est enfantin de ce vieillard qui tend à sa fille, à travers la tombe, le livre aw’il écrivit pour elle :

Mets-toi sur ton séant, lève tes yeux, dérange Ce drap glacé qui fait des plis sur ton front d’ange, Ouvre les mains, et prends ce livre : il est à toi’.

Mais la foi qui en jaillit comme une flamme vive est pour un poète le don le plus fécond.

Pas plus que le pouvoir d'aimer, Samain n’eut ce don d'espérer. Ce qui le conduit à la pensée de la mort, ce n’est plus l'infini d’irréalisables aspirations, mais l’orgueil où il se réfugie. Semblable à je ne sais quel prince oriental du Chariot d'Or’,

Il avait son orgueil intime pour ami.

Et parfois son amante, aux terrasses nocturnes, La mort, venait baiser ses lèvres taciturnes..

Or ce los de la mort par procédé perd tout ce qui, chez les romantiques, en faisait la spontanéité, la beauté, la valeur. Né d’un besoin d’attitude, il ne participe point de la gravité des choses religieuses

Et je sens. dans mon cœur lourd d’ineffable angoisse, Je ne sais quoi de doux qui voudrait bien mourir *…

1 À celle qui est restée en France. CONTEMPLATIONS, VI.

2 P. 123 et 124.

3 Soir. CHARIOT D'OR, p. 24.

Limité à un égoïsme étroit, il rampe, stérile, sans jamais atteindre à la prière :

Oh! S’en aller sans violence, S’évanouir, sans qu’on y pense, June suprèémce défaillance!’

Ï1 n’est point jusqu’à la lâcheté que Samain n’arrive à effleurer dans son vouloir d’oubli.

Viens. Je suis la mort douce et l’amante attendue, Et je te verserai, sous mes larges pavots….

Le silence et l'oubli dans léternel repos.

tel est, dans la dernière page du Jardin de l'Infante”, l’appel aue le poète prête à la tentatrice. En vérité, célébrer dans la mort le pavot d’anéantissement est d’une âme commune : c’est d’abord refuser sa tâche humaine; c'est surtout nier le prix du don de soi.

De la méditation de la mort à la foi évangélique, le passage, on l’a vu, est insensible dans le lyrisme du xix° siècle. Et s’il est bien des façons de croire, on peut dire du moins que la croyance la plus spontanée et la plus douloureuse est aussi la plus féconde. Ce qui donne au Pauca meae des Contemplations pareille puissance

1 Silence. AU JARDIN DE L'INFANTE, p. 205.

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