DEUXIEME PARTIE
yeux, les seuls parallèles qui importent au fond de cet essai.
On a pu, il est vrai, établir d’autres parentés. Mais je pe crois guère qu’il y faille voir plus qu’un procédé de facile critique. ue
Au cours d’un article sur La Pensée poétique d'Albert Samain”, René Rousseau découvre dans le poète du Jardin de l’Infante un pieux disciple de Marcelline Desbordes-Valmore.
Certes, Samain appréciait et vénérait l’amante de Pleurs, de Pauvres Fleurs, et de Bouquets et Prières’. À preuve, l'hommage ému d’un sonnet du Chariot d'Or :
Ivresse ou désespoir, enthousiasme ou langueur,
Tu jetais tes cris d’or à travers la tourmente,
Et les vers qui brülaient sur ta bouche d’amante Formaient leur rythme aux seuls battements de ton cœur *…
Certes, les vers artistement choisis par René Rousseau
Les rumeurs du jardin disent qu’il va pleuvoir. Tout tressaille, averti de la prochaine ondée.….
Laissez pleuvoir, à cœurs solitaires et doux!
s’enchâsseraient sans peine dans le Jardin de l'Infante.
1 MERCURE DE FRANCE, 15 octobre 1920.
9 Marcelline Desbordes-Valmore. ŒUVRES POÉTIQUES. Paris, Lemerre. 3 P. 65. À Marcelline Desbordes-Valmore. .
Il n’en reste pas moins que, poète par sa vie d’aventure, de gloire, et de souffrance, par son fond humain, par son culte des thèmes romantiques, elle dépasse Albert Samain de toute la richesse de son lyrisme, celle dont Sainte-Beuve pouvait dire : « Elle est plus qu’un poète : elle est la poésie elle-même ».
D’autres, sans plus de raisons, je crois, font volontiers d'Edgar Poe un précurseur d'Albert Samain. « Il y a des écrivains, avance Léon Bocquet', dont Samain a théoriquement accepté la discipline et les méthodes. De ceuxlà, Edgard Poe, sous le patronage duquel il a placé son volume ».
Il est exact qu’un extrait de Pour Hélène se lit en épigraphe du Jardin de l’'Infante*. I ne l’est pas moins que Samain a, de son propre aveu, goûté l’écrivain américain : « J’ai lu Poe cette semaine, dit une Note inédite. Décidément, il est à classer parmi les plus grands. La puissance de ses conceptions, la magnificence de ses hypothèses, la merveilleuse force de son imagination toujours contenue par une volonté extraordinaire, en font une figure presque unique dans l'art ». Mais cet éloge engage-t-il la poétique de Samain? C’est ce qu’il n’est pas indifférent de préciser.
Poe, sans doute, avait exprimé des émotions chères au poète français. Témoin ce nocturne de La Dormeuse’,
1 ALBERT SAMAIN, p. 119.
2 To Hélen. THE WORKS OF EDGAR-ALLAN POE. Edinburg, J. H. Ingram. Volume III.
4 The Sleeper.