‹ Albert SamainChapitre 34 sur 123 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

encore que son amour de la nuit n’ait jamais rien dicté à Samain d’aussi puissant :

À minuit, au mois de juin,

Je me tiens debout sous la lune mystique.

Un brouillard opiacé, fait de rosée trouble, S’exhale de son cercle d’or,

Et, tombant doucement, goutte à goutte, Sur le sommet calme de la montagne, Glisse, assoupi et musical,

Dans la vallée universelle.

En est-il moins vrai que le poète américain, au contraire de Samain, garde en son lyrisme la vitalité d’âme la plus somptueuse? J’en pourrais trouver la preuve dans le mystérieux Corbeau’. Je préfère la demander à un hymne d’amour moins connu, dédié par Poe à son amie

Annie : :

Mais mon cœur est plus splendide

Que toutes les innombrables Etoiles du ciel.

Car il étincelle par Annie,

HN brûle de la lumière

De Pamour de mon Annie,

De la pensée enclose en la lumière

Des yeux de mon Annie...

N'est-ce point la merveilleuse communion de passion selon le culte romantique? Je sais pourtant un poème

1 The Raven.

2 For Annie.

plus marquant encore; c’est celui même d’où Samain a tiré son épigraphe: :

Je t’ai vue une fois, une fois seulement, voilà des années...

C'était par un minuit de juillet.

Un voile de lumière tombait, comme une soie d’argent.…

Sur les visages levés de mille

Roses qui croissaient dans un jardin enchanté.

N’était-ce pas le destin qui, par ce minuit de juillet,

N'était-ce pas le destin, dont le nom est aussi douleur,

. Qui me fit m’arrêter à la grille de ce jardin

Pour respirer l’encens de ces roses endormies?.….

Et toi, fantôme, parmi les arbres qui t’ensevelissaient,

Tu t’évanouis. Seuls, tes yeux sont restés.

Is ne voulaient pas disparaître, ils n’ont pas encore disparu...

{ls me suivent.

Ils m’emplissent l’âme de cette beauté qui est espoir,

Et sont, tout là-haut dans le ciel, les étoiles devant lesquelles je [m’agenouille,

Dans le triste silence des veilles de ma nuit.

Découper ces vers d'amour et de foi était presque un contre-sens coupable. Le jardin de Poe était sur la terre. et les roses qui s’y ouvraient avaient parfum plus pénétrant que celles du jardin imaginaire d’une infante imaginaire.

Si Samain jamais n’a su atteindre à la richesse d’émotion d'Edgar Poe, ni à la magnificence de son lyrisme, il n’a pas davantage cette puissance de rythme qui fait du

1 To Hélen.

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