DEUXIEME PARTIE
De plus, ce qui est loin de plaider pour lui, il ne se départ point d’une rouerie grossière de paysan cupide. Ecoutez sa prière à Galatée, chez le poète grec :
Mais moi, tel que me voilà, je pais mille brebis.
Et je ne manque jamais de fromage, ni en été, ni dans l’arrière- [saison,
Ni au cœur de l’hiver…
Allons. viens près de moi...
Plus douce, dans ma grotte, te sera la nuit passée à mon côté :
I y à des lauriers, il y a de flexibles cyprès
Le même développement se retrouve chez Ovide. Point de sentiment : tout au plus, des comparaisons qui, -pour emprunter au vocabulaire campagnard ce qu’elles ont de saveur, ne sauraient suffire à séduire la nymphe. . En revanche, quel étalage de biens! Jugez plutôt :
Galatée, toi plus blanche que la feuille du troène couleur de Ineigse’.
Plus douce à la fois que les plumes du cygne et que le lait caillé.. Et toi, la même Galatée, plus cruelle que les génisses sauvages, Plus dure que le chêne chargé d’années, plus perfide que l’onde.…. Je possède une partie de la montagne : des rochers y restent [suspendus pour former
Des grottes.
Je possède des fruits à faire plier les branches,
: Je possède, dans des vignes immenses, des raisins semblables
[à de l’or,
Et j'en ai qui sont de pourpre. C’est à toi que, les uns et les [autres, je les destine.
1 Théocrite. x1, 34-45, passim.
C’est toi qui, de tes mains, à l'ombre des forêts où elles naissent, Cueilleras les fraises délicates. C’est toi qui cueileras les [cornouilles d’automne
Et les prunes...
Les châtaignes non plus ne te manqueront point, si tu me [prends pour mari, Ni les fruits de l’arbousier. Il ne sera pas un arbre qui ne serve [tes désirs.
Vois ce troupeau. Il est tout à moi. Bien d’autres brebis sont [miennes, qui errent dans les vallées, Bien d’autres se cachent sous bois, bien d’autres s’abritent au [fond des grottes; Et si tu venais à me le demander, je ne saurais point te dire
[leur nombre...
J’ai toujours chez moi du lait couleur de neige.
Allons, viens, Galatée, et cesse de dédaigner mon offrande ‘.…
Enfin, dans l’/dylle x1 comme dans le livre xx des Métamorphoses, la brutalité du cyclope reste celle d’un rustre que le désir irrite, que nulle émotion profonde ne vient apaiser. Et c’est sans la moindre restriction que Théocrite pouvait dire de son héros :
I n’aimait ni avec des roses, ni avec des pommes, ni avec des
[boucles de cheveux, Mais avec de funestes démences *.…
Le Polyphème de Samain s’est bien humanisé. C’est d’abord un peu de sa monstruosité qu’il a perdu. Son œil unique et effrayant s’est changé en deux yeux fidèles
1 MÉTAMORPHOSES, x1It, 789-839, passim.
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