‹ Albert SamainChapitre 53 sur 123 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

ration : de ces René de 1820 qui trompaient leur mélancolie à des mirages étranges.

Romantique par ce goût du lointain, Samain l’est encore par un besoin instinctif de déclamation auquel il s’abandonne volontiers. Qu’on lise Vieilles Cloches’, Destins”, et surtout cette page un peu contrainte que le poète voue à la gloire du Fouet*, et je ne crois point

qu’on puisse douter du plaisir que prenait Samain à brandir, par moments, le panache romantique

Il n’est pas jusqu’à la recherche d’un individualisme outré qui n’ait tenté le poète.

Il est de mornes jours, las du poids de connaître,

Et ces jours-là, je vais, courbé comme un ancêtre. IL est des nuïts de doute où l’angoisse vous tord,

Et ces nuits-là, je suis dans l’ombre, comme un mort...

dit-il dans le Jardin de l'Infante‘. C’est un des schèmes des développements métaphysiques d’Hugo, encore que l’individualisme du maître ait cette excuse d’être né d’une vraie souffrance. De même, l’orgueil de Samain, et son mépris injuste du temps où il vit sont,.je crois, des tares romantiques, et l’on ne chercherait pas en vain dans Musset la source du scepticisme de rhétorique dont est jonché le Jardin de l'Infante.

Tel est, dans son fond, la dette de Samain envers le

romantisme. Elle n’est pas, on le voit, de celles qui enrichissent le débiteur. Recherche de l’étrange, goût de la déclamation, faux individualisme, constituent justement les défauts, ou les exagérations, des romantiques. Quant à la vérité humaine et à la force d'émotion qui vivent chez eux, Samain les a ignorées. Il est dans son œuvre des vers romantiques; il n’est point de Lac’, ni de Villequier’, ni de Nuits.

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Si Samain cependant n’avait pas la richesse de personnalité qui crée, il avait la souplesse artistique qui s’adapte. Aussi n'est-il pas inutile d’étudier dans le détail quelques uns de ses emprunts au romantisme. On ne verra pas sans surprise combien la forme en est proche du modèle. Non que la comparaison puisse mettre autre chose en lumière que la maîtrise du ciseleur : le romantisme de Samain n’a pas de racines intérieures; c’est un lyrisme d’apparat. Mais, ce jugement souligné, il est permis d'admirer l’aisance avec laquelle Samain retrouve la manière des grands romantiques.

Voici, dans le goût de L’Isolement”, un doux angélus aux lignes simples, au rythme lâche :

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