‹ Albert SamainChapitre 64 sur 123 · POÈMES BARBARES · texte numérisé non relu

POÈMES BARBARES

l'autre de la Symphonie héroïque” :

Vastes forêts, forêts magnifiques et fortes,

Quei infaillible instinct nous ramène toujours

Vers vos vieux troncs drapés de mousses de velours Et vos étroits sentiers feutrés de feuilles mortes ?

Le murmure éternel de vos larges rameaux

Réveille encore en nous, comme une voix profonde. L’émoi divin de l’homme aux premiers jours du monde, Dans l'ivresse du ciel, de la terre, et des eaux...

Vos chênes orgueilleux sont plus durs que le fer; Dans vos hailiers profonds, nul soleil ne ravonne; [horreur des lieux sacrés au loin vous environne,

Et vous vous lamentez aussi haut que la mer.

Quand le vent frais de l’aube aux feuillages circule, Vous frémissez aux cris de mille oiseaux joyeux;

Et rien n’est plus superbe et plus religieux

Que voire grand silence au fond du crépuscule...

Il ne serait pas plus difficile de retrouver en Samain

l’animateur de choses que fut Leconte de Lisle. Témoin le Sphinx du Chariot d'Or :

Accroupi sur l’amas des siècles révolus, Immobile au soleil, dardant ses seins aigus, Sans jamais abaisser sa rigide paupière,

I songe, et semble attendre avec sérénité L'ordre de se lever sur ses pattes de pierre Pour rentrer à pas lents dans son éternité.

Forêts. CHARIOT D'or, p. 213 et 214.

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