DEUXIEME PARTIE
Et s’il fallait avancer enfin que Samain n’est pas resté étranger à la pensée hautaine du Dies Irae’, il suffirait de citer ces vers désabusés dont le premier hémistiche est déjà dans Midi :
Tous les puits sont taris, où buvait la souffrance. La terre fatiguée est lasse d’espérance Et ne veut plus prier, tous ses dieux étant sourds «…..
et d'évoquer la figure du petit pâtre Clydès, qui, dans une Sagesse d’Aux Flancs du Vase”, s’effraie de comprendre pour la première fois la vanité des enthousiasmes humains
Et. pâle, il croit entendre, au sein du calme immense, Chaque mot proféré par son orgueil mortel Tomber sans fin au fond du silence éternel...
Aussi grande est la dette de Samain envers José-Marià de Hérédia, le disciple de Leconte de Lisle « qui faisait le mieux les vers ».
Cette fois, ce sont les procédés qu’emprunte Samain
plus que lexpression.
Il est aisé de s’apercevoir que si Hérédia a renouvelé
3 Vision, 1. CHARIOT D'OR, p. 184.
ARE ECS
l’art du sonnet, c’est surtout grâce à deux procédés familiers : prolonger l'attente, et rechercher l'image.
Sans aller jusqu’à dire qu'Hérédia commence ses sonnets par la fin, on ne saurait, en effet, s'abstenir de noter le souci constant qu’il prend du relief de son quatorzième vers. Le sonnet Soir de Bataille’ est caractéris-
tique à cet égard :
C’est alors qu’apparut, tout hérissé de flèches, Rouge du flux vermeil de ses blessures fraîches, Sous la pourpre flottante et l’airain rutilant,
Au fracas des buccins qui sonnaient leur fanfare, Superbe, maîtrisant son cheval qui s’effare,
Sur le ciel enflammé, l’imperator sanglant...
Quant au culte de l’image, auditive ou visuelle, c’est un lieu commun que de le signaler à travers Les Trophées. Rappellerai-je, en exemple, les derniers vers de La Trebbia, à l'harmonie puissante,
Et là-bas, sous le pont, accoudé contre une arche, Annibal écoutait, pensif et triomphant.
Le piétinement sourd des légions en marche...
et cette peinture osée d’Après Cannes où le poète évoque avec les mêmes couleurs le soleil qui se couche sur la croupe des monts, et, sur le dos de son éléphant, le Carthaginois éborgné :
Tous anxieux de voir surgir, au dos vermeil Des monts Sabins, où luit l’œil sanglant du soleil, Le chef borgne monté sur l’éléphant gétule…. ?