‹ Albert SamainChapitre 66 sur 123 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

Je signale, la remarque a son importance dans une comparaison avec Samain, que les sonnets des Trophées ne s’achèvent point, d'habitude, sur un sentiment sans image. Et c’est une exception que ce Naufragé où la splendeur du rythme s’efface, pour se fondre en une pensée flottante et douce

O terre, Ô mer, pitié pour son ombre anxieuse ! Et sur la rive hellène où sont venus ses os, Soyez-lui, toi, légère, et toi, silencieuse...

Ce sont ces procédés que Samain va s’assimiler et transformer insensiblement. Pour prolonger l’attente, il use parfois du plus commode et du plus artificiel des moyens. Il ajoute un quinzième vers au sonnet traditionnel :

Et seule, idole antique aux seins nus parfumés, Enigmatique avec ses yeux demi fermés,

La volupté, qui couve une funèbre joie,

Sourit, câline et sombre, au monde qui descend, Et crispe avec langueur sur les coussins de soie, Dans la tristesse d’or d’un parfum trop puissant, Ses mains pâles parmi des roses et du sang.

Puis, comme Hérédia, il recherche l’image. Voici une image auditive de Fin d’'Empire * qui ne le cède en rien à celle de La Trebbia :

Et seul l’aïeul de marbre, au dur profil morose, À tressailli dans l’ombre en écoutant, là-bas, Craquer sinistrement l'empire grandiose...

1 Soir d'Empire. CHARIOT D'OR, p. 123.

2 AU JARDIN DE L’INFANTE, pP. 214.

Et le bronze qui survit à cette Ville morte du Jardin de l'Infante’ aurait pu rendre jaloux le poète parnassien :

Et seul un éléphant de bronze, en ces désastres,

Droit encore au sommet d’un portique brisé, Lève tragiquement sa trompe vers les astres...

Mais ce dont Samain a enrichi l’art des Trophées, c’est d'ouvrir ses sonnets à l’émotion, qu'Hérédia sans doute avait trop dédaignée. C’était, n’est-il pas vrai, louable nouveauté, de dire en un sonnet l’attendrissement de l’âme à la tombée du soir

O mon âme, mets un signet au livre d’heures : L’ange va recueillir le rêve que tu pleures *...

la pieuse compassion pour les mortes d’autrefois

O toi qui pour l'exil ainsi fus désignée,

Que de fois j'ai baisé ta face avec ferveur,

Blanche morte étendue au plus doux de mon cœur, Vase mélancolique, Ô Galswinte, ma sœur *..

et jusqu’au regret inavoué d’un amour défunt :

Mais les bois ont ce soir tant de mélancolie

Que notre cœur s’émeut à son tour, et s’oublie

A parler du passé sous le ciel qui s’endort, Doucement, à mi-voix, comme d’un enfant mort ‘..?

2 Soirs, 11. AU JARDIN DE L'INFANTE, p. 118.

3 Galsinte. AU JARDIN DE L'INFANTE, p. 100.

4 Automne. AU JARDIN DE L'INFANTE, Pp. 34.

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