‹ Albert SamainChapitre 7 sur 123 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

ce milieu bruyant et frondeur, le pauvre poète regrette sa Flandre d'autrefois

Un jour, on est parti. Paris, la ville d’or, Vous attirait avec sa flamme et sa lumière

et, retiré près des siens, compose ce qui devait être Au Jardin de l'Infante. I suit son besoin d'expansion douce. Il goûte les soirs sur la Seine. les flaneries au long des quais, la lecture du bon Verlaine. Un projet de mariage dut même le retenir vers 1886 : de ce qu’il y eut de douloureux dans ce vœu irréalisé, Samain jamais n’a rien livré de précis. Du moins, il se lia plus intimement avec Paul Morisse et Raymond Bonheur, et ces amitiés furent de celles que rien ne rompt. Avec Paul Morisse, Samain visite l'Allemagne : Obermanshausen, Worms, Niederhausen, Bingen, devaient lui laisser de merveilleux souvenirs. Avec Raymond Bonheur, il parcourt l'Angleterre, la Hollande, les Pyrénées, et l'Espagne.

Alors, la personnalité du poète s'affirme définitive. Au physique, voici, à travers ses attitudes familières,

le scrupuleux portrait qu’en a tracé Francis Jammes « Le front d'Albert Samain se ridait comme se ride celui

1 LE BEFFROI, novembre 1900.

de ma mère, de bas en haut. Le bras avait ce geste élégant d’une cigogne qui ramène en arrière sa patte. Il avait le corps et la face minces. Le regard bleu, sous un binocle, devenait parfois céleste, c’est-à-dire remontait et blanchissait. Dans ces moments, sa tête se renversait, et le regard s’élevait encore jusqu’à disparaître sous les paupières, qui se fermaient un court instant. De nouveau, le geste élégant de la cigogne qui ramène en arrière sa patte reprenait. Les doigts semblaient accrocher de l’invisible. Puis, à la table devant laquelle il était assis, Samain s’accoudait. Et, tandis qu'il lançait une épaisse bouffée de cigare, la paupière battant encore, la tête de plus en plus renversée, il me regardait attentivement * ».

Au moral, le caractère d'Albert Samain semble avoir ôêté plus complexe. Louis Denise loue chez lui « un commerce aimable, un cœur droit et bienveillant.… une conversation primesautière, et cet enjouement de l'esprit qui s’ébat parmi les idées ” ». Je ne crois guère que Samain portât en lui un tel monde d'idées neuves et riches. Mais on ne saurait douter de sa délicatesse : « Il me semble, dit une Note inédile, qu’il v a, dans cette propension à railler au milieu de l’émotion, je ne sais quoi de méchant et de mesquin ». Et le comte de Montesquiou écrit, d'autre part, à Léon Bocquet* : « J’eus le plaisir de retrouver plusieurs fois Albert Samain.. Toujours, il se montrait réservé sans affectation, du fait de sa nature

l Préface à PALBERT samain de Léon Bocquet. Paris, Mercure de France.

2 Albert Samain. Revue du MERCURE DE FRANCE, octobre 1900.

3 En janvier 1903.

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