‹ Albert SamainChapitre 8 sur 123 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

distinguée et discrète ». Cette pudeur native s’unissait chez Samain à une grande piété filiale, et à une indulgence qui, de son propre aveu, n'allait point sans quelque faiblesse : « Plus j’avance, plus je suis effrayé de mon immense indulgence. Le sens moral. serait-il en train de s’obérer en moi? ».

L'intelligence n’était guère plus ferme chez Samain, et l'on pouvait, avec Madame de Thèbes, découvrir en lui, sinon « la persévérance dans les choses décidées », du moins « le doute de soi-même, l’absence pratique du sens de la vie, et le manque d’ambition * ». Un dernier trait complètera le caractère du poète flamand : la puissance d’une imagination maladive qui lui faisait apparaître tantôt la demeure souhaitée, « tendue toute de velours gris-acier à reflels bleutés, le pafond rose-éteint s’en allant vers le mauve, avec un grand motif de décoration, renaissance, en vieil argent, incrusté à l’un des angles * », tantôt l'Italie prestigieuse quil eût tant voulu connaître : « Et l'Italie, la divine Italie. semblait flotter là-bas, pour moi, dans l’horizon de lumière, bercée dans la musique de ses villes d’or * ».

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À la librairie du Mercure de France, en 1895, avait paru Au Jardin de l'Infante. Y avait fallu bien des sollicitations amicales pour que Samain consentit à laisser

1 Notes inédites.

2 Horoscope communiqué par Paul Samain à Léon Bocquet. 3 Notes inédiles.

4 Pensées et Réflexions inédites.

publier ce choix de poèmes. Cette fois, ce fut le vrai succès. François Coppée, dans un article du Journal”, souhaite la bienvenue au jeune poète; les deux premières éditions du livre sont épuisées dès leur tirage; l'Académie couronne le recueil, auquel elle attribue, pour une moitié, le prix Archon-Despérouses; la presse loue à l’envi le nouveau lauréat.

De cette célébrité soudaine, Samain ne sait, ni ne veut, tirer profit. Il refuse, par pudeur fière, toutes les avances qui lui sont faites. À peine consent-il à publier des vers dans la Revue des deux Mondes, que Brunetière lui ouvrait”. Une lettre à Paul Morisse suffit peutêtre à expliquer cette attitude singulière : « La santé n’est pas bonne », écrit le poète dès juillet 1896. Inquiétudes et privations minent déjà ce corps chancelant.

Pourtant, dans une brève exaltation, Samain achève son second recueil, Aux Flancs du Vase, qui, publié en 1898 au Mercure de France, reste presque ignoré du public. L'auteur en ressentit comme un froissement.

Mais le grand malheur de cette année-là fut la mort de sa mère. Voici la lettre touchante par laquelle Samain apprend la nouvelle à Paul Morisse : « Ma mère est morte. Je suis désemparé… Comment vais-je organiser ma vie? Ici, tout autour de moi est plein de ma mère. À chaque seconde, ce sont des fibres qui se déchi-

1 15 mars 1894.

2 Voyez les numéros des 15 janvier et 1°" décembre 1897, et celui du 1°" août 1898.

3 Sans date. Vraisemblablement, de janvier 1899.

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