‹ Albert SamainChapitre 70 sur 123 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

« Wiertz et Victor Hugo veulent sauver l'humanité!" ». En vain, le poète épuise le vouloir d’ « être un grand homme » pour lui-même : l’orgueil doute soi quand il est usé. Les spleens suivent”, les visions apeurées, et les cauchemars :

Sans cesse, à mes côtés, s’agite le démon ‘.…

Un soir, on sent passer sur soi « le vent de l’aile de l’imbécillité * ». Et cela finit par une hémiplégie.

Certes, la singularité chez Samain est loin d’atteindre à la folie. Mais on retrouvera l’influence de Baudelaire dans l’artificiel de son fond humain.

Pour Samain comme pour Baudelaire, l’art ne saurait trouver sa voie dans le rationnel et le normal. La science a fait faillite ‘, la vieille foi s’en est allée‘, l’espérance est morte *, et la vie est un « violon qui sanglote ». C’est pourquoi, à qui refuse de « grouiller aux carrefours » parmi le populaire, il ne reste que l’isolement dans l’art :

L’art seul, rare et désert magicien des moëlles, D'un séraphique archet de diamant et d’or, Triste, laisse tomber des notes en étoiles

Et suscite l’extase immense d’une mort ”…

1 ŒUVRES POSTHUMES, p. 45.

2 Voyez Spleen. LES FLEURS DU MAL, LXXX.

3 Voyez L’Avertisseur, et L’Heautontimorouménos. LES FLEURS DU MAL, XCI, et Gv.

4 La Destruction. LES FLEURX DU MAL, CXXXIV.

5 ŒUVRES POSTHUMES. Mon cœur mis à nu.

6 Voyez Faust. CHARIOT D'Or, p. 173.

7 Voyez Vieilles Cloches. AU JARDIN DE L’INFANTE, P. 129.

8 Voyez Les Colombes. AU JARDIN DE L'’INFANTE, P. 141.

Pareil ravissement ne va point sans un orgueil assez médiocre, qui se complait aux jouissances étranges

Quitter ses vanités pauvres, clinquant et crasse,

Et. revêtant l’orgueil, claire et bonne cuirasse,

D'un élan ivre au seuil de l'infini surgir!” et aux visions perverses. Le poète se fait « tigre parmi les tigresses lubriques‘ ». Il évoque, tour à tour, une Salomé venant

dans la salle basse et chaude, Secouer le péché touffu de sa toison *.….

un androgyne épanoui « au charnier d’or d’un monde en pourriture ‘ », et un Hérode dont « la vipère luxure » enlace les vertèbres‘. Il connaît, après Baudelaire, l’affolement

Ma pensée ivre, avec ses retours obsédants, S’affole et tombe, ainsi qu’une danseuse soûle.… Un lugubre hibou tournoie en mon front vide *…

et l’insomnie :

Les heures de la nuit sont lentes et funèbres. Les heures de la nuit sont filles de la peur... Pâle, j'écoute au bord du silence béant.… J'écoute, et la sueur coule à ma tempe blème : Car. dans lPombre, une main spectrale m’a tendu Un funèbre miroir ‘..

1 Veiléée. AU JARDIN DE L'INFANTE, p. 157.

2 Visions, I. AU JARDIN DE L’INFANTE, p. 121.

3 AU JARDIN DE L’INFANTE, p. 159.

4 Vision, 11. CHARIOT D'OR, p. 185.

5 Hérode. CHARIOT D'or, p. 188.

6 AU JARDIN DE L'INFANTE, p. 163 et 164.

Ténèbres. CHARIOT D'or, p. 149 et 150.

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