‹ Albert SamainChapitre 9 sur 123 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

rent. El faut que j’attende que tout cela fasse une grande douleur douce... Quand je suis seul, je ne puis que répéter machinalement : Pauvre maman !.… Tu es chrétien : prie pour elle, et surtout pour moi ».

Samain, que la phtisie gagne, ne survivra guère à son deuil. Il se laisse conduire par Raymond Bonheur à Viilefranche, par Antony Mars à Vence. Partout le souvenir de sa mère le poursuit. « Tout mon cœur reste accroché là-bas », dit-il. Il revient à Paris aux premiers beaux jours de 1899. Il écrit, d’un seul jet, Polyphème, sa derniére œuvre. L'hiver l’éprouve. En avril 1900, il demande un congé pour revoir la Flandre. Le mois de mai y est si triste et si pluvieux qu’il accepte l’hospitalité offerte par Raymond Bonheur dans une petite villa de Magny-les-hameaux, en Seine-et-Oise. La du moins, la campagne est gaie, le parc touffu, le ruisseau clair. Le poète épuise ses plus chères illusions, rêve de voyage en Îtalie, joie de se croire mieux compris du pays où il avait chanté |. Il s’enivre, une fois encore, de la nature d’été, et de ces roses qu’il adorait « à la souffrance ». Mais la toux le déchire, et sans cesse le cœur lui manque. Rien n’est plus poignant que sa dernière lettre, écrite à Léon Bocquet le 14 août 1900 : « Je vous demande pardon. Mais vous voyez mon écriture. Je constate avec stupéfaction que je ne peux plus écrire de mon écriture courante. Qu'est-ce que cela signifie? ». C’était la tin. Le 18 août, il eut une mort très douce, sans râle, sans con-

1 Un numéro du 8EeFFROI lui fut, en juillet-août 1900, entièrement consacré. s

vulsions. Sa sœur recueillit son dernier souffle, et deux religieuses vinrent de Port-Royal le veiller. Le 20 août, sous un ciel bas et gris, son corps arrivait à Lille, où il repose depuis lors.

Des plus belles de ses pièces éparses, les amis du poète, en hommage, composèrent Le Chariot d'Or, qui parut au Mercure de France en 1901. La même année, dans l’Elégie première du Deuil des Primevères, Francis Jammes offrait à l’ombre du poète les vers les plus touchants peut-être qu’ait jamais dictés une amitié humaine

Mon cher Samain, c’est à toi que j'écris encore... Souris-moi pour que je ne pleure pas. Dis-moi

« Je ne suis pas si malade que tu le crois ». Ouvre ma porte encore, ami. Passe mon seuil,

Et dis-moi en entrant : « Pourquoi es-tu en deuil ? »…

Telle fut la vie grave et grise d'Albert Samain, poète flamand.

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