BONHEUR, XVII
dre à Verlaine quelques secrets de fusion, et quelques détails de ciselure.
Il reste à louer la sûreté de goût avec laquelle, ne pouvant prétendre. à la sensibilité d’un Verlaine, il s’est limité à une artificielle, mais exquise délicatesse, sans s’égarer dans les stériles obscurités d’un Mallarmé.
« Mallarmé, écrit Adolphe Retté', fut l’erreur du symbolisme ». Ce jugement n’est pas sans présenter quelque apparence de vérité.
Et d’abord, il n’est ni juste ni fécond que le poète doive, comme le prêche Mallarmé”, exprimer l’émotion intellectuelle aux dépens de l’émotion sentimentale. La raison, série déterminée de conventions, est impersonnelle, parce qu’elle exclut ce qui ne serait pas commun à tous les hommes. L’intuition, qui est la connaissance profonde que chaque être a de lui-même, et des choses en lui, est seule personnelle, en ce qu’elle est le battement d’une vie. Or, la poésie ne peut pas ne pas exprimer une durée du poète. À ce titre, elle est plus qu’une affirmation rationnelle, et relève de l’intuition, encore qu’elle ne puisse devenir source d'émotion pour autrui qu’à la condition de s’extérioriser sous une forme percep-
1 LE SYMBOLISME. Paris, Messein. P. 245.
2 Sur ces principes de lesthétique mallarméenne, voyez André Barre. LE SYMBOLISME. Troisième partie, chapitre deuxième.