DEUXIEME PARTIE
tible. Quoi qu’il en soit, le premier postulat de son esthétique aurait dû, ce qui ne fut point, conduire Mallarmé à une poétique de clarté.
Un second point, sur lequel le théoricien insiste, ne justifie pas davantage son obscurité voulue. Mallarmé, en effet, pose que « tout objet existant n’a de raison que nous le voyions….. sinon de représenter un de nos états intérieurs ». C’est le principe même de l’immatérialisme de Berkeley. Sans la perception, le monde n’est pas, ni le symbole. N'est-ce pas dire que l’émotion esthétique naît de la lumière de l’expression, non de l’enchevêtrement fantaisiste des mots, et qu’il faut, comme l’écrivait Jean Moréas à Léon Vanier’, répudier « l’inintelligible, ce charlatan »?
Je ne juge point Mallarmé. Je constate seulement, avec Adolphe Retté, que ses principes n’expliquent pas ses vers, qu’il n’a pas composé « l’œuvre annoncée pendant dix ans comme devant résumer, sous une forme définitive, l’âme humaine et l’âme universelle * », et que, si l’on peut apprécier certains fragments écrits dans sa première manière, il n’en reste pas moins le dilettante des « paradoxes fumeux ‘ ».
Samain, qui ne s’y trompait guère, domine Mallarmé de toute la clarté de sa forme. Il n’est besoin, pour s’en
1 Le 16 avril 1889.
2 LE SYMBOLISME, p. 245.