DEUXIEME PARTIE
Enfin, sous une certaine identité d'expression, quelques visions de rêve se retrouvent chez l’un et l’autre symboliste. Egalement familières leur sont les cantilènes assourdies des anges du soir :
La lune s’attristait. Des séraphins en pleurs,
Rêvant, l’archet aux doigts, dans le calme des fleurs
Vaporeuses …
Le séraphin des soirs passe le long des fleurs. Le séraphin des soirs passe le long des cœurs ‘…
Et si, dans /nvitation,
Les gondoles sont là, fragiles et cambrées, Sur l’eau dormeuse et tiède aux enlacis mourants…
Mallarmé ne se penchait-il pas pour mieux voir
.…des galères d’or, belles comme des cygnes, Sur un fleuve de pourpre et de parfums dormir “...?
À dire vrai, cette communion de rencontre engage peu le poète flamand. Samain est symboliste; il n’est pas décadent. |
J’arrête ici l’analyse des parentés littéraires du poète. Il en reste que Samain, en quête de motifs pour sa bro-
1 Apparition.
2 Soirs, I. AU JARDIN DE L’INFANTE, P. 117.
3 AU JARDIN DE L’'INFANTE, pP. 86.
À Les Fenétres.
derie, a puisé, çà et là, dans l’antiquité et le xrx° siècle. De ces emprunts, rien n’est sorti d’assez caractérisé pour qu’on puisse ranger le poète sous une bannière, rien d'assez servile pour qu’on doute de sa personnalité. En ce sens, il convient de dire, avec Léon Bocquet, que « Samain n’a été absolument d'aucune école ‘ ».
Mais si l'étude des influences subies par Samain ne permet point de lui refuser sans injustice le nom de poëte, il ne faut pas oublier que ce poète ne fut poussé dans sa voie par aucune des forces qui, d'ordinaire, déterminent les poètes. Si bien que son originalité demeure nécessairement limitée à son art poétique.
Certes, cet art poétique, d’un mot, ce symbolisme, Samain ne l’a point créé. Il s’ébauchait, épars, au fond de la poésie contemporaine. Mais Samain est peut-être celui qui l’a le plus parfaitement réalisé, n’ayant guère en lui d'inspiration humaine qui fît spontanément obstacle à cette réalisation.
C’est donc un symbolisme de doctrine qu’il m'est permis d'analyser, en dégageant, dans la troisième partie de cet essai, l'originalité du poète flamand.
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1 ALBERT SAMAIN, p. 254.