LA VIE DES CHOSES DANS LA POESIE
J'ai dit que le symbolisme était surtout l'affirmation d’une analogie essentielle entre un moment de la durée du moi et un moment de la durée des choses, et que cela n’était vrai ni du romantisme, qui oppose le moi aux choses, ni du Parnasse, qui s’efforce de l’en retrancher. La fusion systématique des deux termes est le premier acte original de la poésie d’Albert Samain.
C’est autour des choses assoupies deux à deux que
Samain commence par nouer son fil d’or. Voici la ville qui, dans le soir,
Déserte, se recule en un vague lointain Et prend cette douceur des anciennes estampes ".…
Voici la feuille qui
tombe, l’heure venue, Ainsi qu’un souvenir, lente, sur le gazon
1 Elégie. AU JARDIN DE L’INFANTE, P-. 51e 9 Automne. AU JARDIN DE L'INFANTE, P. 33.
Puis la vie humaine et la vie des choses s’ouvrent à la fois, fleurs pareilles pénétrées du même parfum : « La vie est une fleur »… dit Extrême-Orient'. Et la même comparaison pare d’une grâce infinie ce Keepsake
du Jardin de l’Infante* :
La mer Tyrrhénienne aux langueurs amicales Berçait sa vie éparse en suaves pétales.
Après celui de la vie, c’est l’éveil des sens, doux innocents que les vieilles choses accueillent :
Nos sens, nos sens divins, sont de beaux enfants nus Jouant aux vaques d’or des vieilles mers paiennes "…
Et le moi continue à s’extérioriser, en correspondance avec les choses amies. L’œuvre entière en fait foi, Visions du Jardin de l’Infante*
J'étais celui qu’on prie aux lentes fins de jour. Et mon pâle visage, en un nimbe d’amour, Flottaït, lune mystique, au cœur triste des femmes.
madrigal des Poèmes inachevés °
Et les fleurs sont les yeux, et la lumière blonde Ton sourire, et le ciel bleu-frêle {a douceur.
1 JI. AU JARDIN DE L'INFANTE, p. 151.
3 CHARIOT D'OR, p. 139.
CA
AUX FLANCS DU VASE, p. 185.