TROISIEME PARTIE
poète peut mêler d'âme à l’agonie des fleurs qu'il aime. Et jamais peut-être poème d’occident ne contint,. sous plus d’apparente simplicité, mysticisme plus hardi que cette promesse d'Hyacinte :
Et je te sourirai dans les lis du rivage, Belle comme la lune, en été, sur la mer‘.
Quelle fidélité garde Samain au procédé de fusion que ces exemples jsolés décèlent, il n’est pas sans intérêt de le mettre en lumière. Peu de pièces m'y sauraient mieux aider qu’une Chanson violette du Jardin de l'Infante”, qui mérite d’être analysée en détail. On y verra combien Samain a besoin du monde extérieur pour exprimer l'émotion intime, et avec quelle exacte correspondance d'intensité les mouvements de l’âme reproduisent chez lui la vie des choses.
Voici, d’abord, étroitement méêlés, l’incertitude du poète, la tristesse vague de l’aimée, et l’indécis d’un décor violet :
Et ce soir-là je ne sais,
Ma douce, à quoi tu pensais, Toute triste
Et voilée en ta pâleur,
Au bord de l'étang couleur D'amethyste….
1 CHARIOT D'OR, p. 115.
PME
Puis heure s’obscurcit, et la nuit sous les feuilles
fait les âmes plus troublées :
Le bois était triste aussi.
Ft du feuillage obscurci, Goutte à goutte,
La tristesse de la nuit
Dans nos cœurs noyés d'ennuï Tombaïit toute.
Dans cette émotion, toute venue des choses, le cœur n’est plus qu’un jouet. Il suffit, pour le briser, du son
d’un cor perdu :
Dans la brume un cor sonna.
Ton âme alors frissonna; Et, sans crise, Ton cœur défaillit, mourant, Comme un flacon odorant Qui se brise...
Et, sans que l’âme cesse de s'identifier aux choses, la chanson se poursuit très douce, pleurs des yeux et des
fontaines
Et lentement de tes veux
De grands pleurs silencieux, Taciturnes,
Tombèrent comme le flot
Qui tombe, éternel sanglot, Dans les urnes.
deuil des crapauds sur la rive noire, et deuil de ceux qu'un baiser sépare