ESPAGNE
Hoja Oficial del Lunes (M. A. Fabra-Ribas) :
Avec Albert Thomas disparaît une des plus grandes personnalités de l’Europe contemporaine. Par sa préparation scientifique, par son tem-
pérament et par sa grande capacité de travail, il avait réalisé l’idéal de « l’homme complet », l’homme qui peut faire beaucoup de choses et qui les fait toutes bien...
Sa puissante intelligence cherchait toujours le moyen et les occasions d’agrandir ses connaissances et d’apprendre toujours du nouveau. De là ses voyages continuels à travers l’Europe, ses visites en Russie et dans les deux Amériques et les pays d’Extrême Orient. De là aussi, ses lectures continuelles pour enrichir ses informations et chercher à obtenir des spécialistes du Bureau des renseignements sur les derniers faits et les découvertes scientifiques... Quand il examinait l’horizon social en tant qu’homme de science, il disait avec une grande émotion : «Quelle joie pure que d’avoir senti l’immensité de l’œuvre scientifique à réaliser et d’avoir compris ses lignes générales ! Quelle joie de pouvoir mesurer avec certitude toute son efficacité ! »
El Sol , Madrid :
Toute l’activité et tout le talent d’Albert Thomas ont été au service exlusif de l’œuvre de la paix. Il fut un des initiateurs de la Société des Nations qui devait avoir comme base, d’après lui, la reconnaissance des droits des travailleurs et de la liberté des peuples... L’œuvre immense qu’Albert Thomas a réalisée dans cet organisme international a été louée sans réserve par le monde entier. Eloigné définitivement de la politique française il s’est! voué à l’œuvre de « Signification » humaine et de progrès social, avec l’illusion de réaliser le grand rêve d’une intime et cordiale entente entre tous les hommes et tous les peuples. C’est cette illusion de sa vie qui a embelli sa mort.
H or a, Madrid ;
L’interdépendance économique des peuples exigeait que les conditions de travail fussent partout les plus semblables possible. Pour y arriver, Albert Thomas n’épargna aucun effort. Doué d’une énorme capacité de travail, il sut donner au’Bureau international du Travail un élan qui empêcha que cet organisme ne devienne un simple organisme bureaucratique et qui, au contraire, lui donna une nouvelle vie et une importance chaque jour plus grande. Le service d’information du Bureau international du Travail constitue un modèle dans son genre, et les Conférences annuelles qui réunissent les spécialistes les plus éminents de tous les pays ont réalisé un labeur intensif et efficace.
El Impartial :
Pour le socialisme international, la mort d’Albert Thomas signifie une grande perte, aussi bien pour ses extraordinaires capacités d’organisateur que pour son adhésion loyale aux principes marxistes et sa ferme volonté de travail.
La Epoka (Comte de Altea) :
Plus que|comme professeur d’histoire ou que comme politicien ou ministre dans les moments les plus difficiles de la France pendant la guerre, plus que dans toute autre manifestation de ses capacités, Albert Thomas passera à la postérité comme le pionnier acharné de la justice
sociale qu’il chercha, avec le concours de tous les intérêts légitimes, tâchant de l’atteindre sans radicalisme mais sans hésitation ni défaillance... Dans toute cette œuvre, Albert Thomas a mis toutes les activités de son âme, l’effort de l’âpôtre et surtout cette qualité de l’homme éminent de la génération de nos jours qui sait harmoniser le sens international ample et généreux avec le plus fervent patriotisme.
Heraldo de Madrid :
Albert Thomas disparaît au moment où on pouvait tant espérer encore de son tempérament et de son intelligence. Sa mort prématurée et inattendue sera une grande douleur pour tous les esprits épris de la paix et du progrès social. Et cette peine se changera en désolation en songeant à la terrible difficulté de trouver un sucesseur digne du grand disparu.
La Liberlad, Madrid (M. Augusto Barcia) :
Albert Thomas avait de Jaurès la foi illuminée; de Poincaré l’activité créatrice, de Clemenceau la volonté ferme, de Briand l’émotion suggestive. Il a été un modèle magnifique de l’internationalisme constructif. Le travail qu’il développait exigeait la force d’un titan. Dirigeant le Bureau international du Travail, inspirant le Conseil d’administration, guidant la Conférence internationale du Travail, sa personnalité était gigantesque. Il parcourait le monde dans toutes les directions, de Montréal à Buenos-Ayres, de Moscou à Tokio, de Genève au Cap ; comme s’il avait pu supprimer les notions de l’espace et du temps, il visitait les pays, les institutions, les industries, les hommes, pour tout voir, pour tout étudier et pour garder dans ses yeux clairs et dans les filets invisibles de son esprit clairvoyant l’exacte impression de toutes les données, de toutes les nouvelles, de toutes les informations. Peut-être sa mort prématurée (il disparaît quand il comptait à peine un demi-siècle de vie) est le résultat de tout cet effort et de tant de labeur.
A Hora (M. de Madariaga) :
Il est difficile de donner l’impression exacte de ce que le monde perd par la mort de l’illustre Français dont la puissante vitalité organisatrice fit du Bureau international du Travail un organisme aussi ferme que la Société des Nations. Même en France, où il y a tant d’hommes de grande volonté organisatrice, Albert Thomas était exceptionnel et il aurait su donner un esprit positif pour la solution des problèmes ouvriers qui se posent chaque jour davantage sur le terrain international en raison de la solidarité économique de tous les pays.
L'Avanguardia, Barcelone (M. Rossello) :
Un jour il sera rendu justice au rôle joué par le Bureau international du Travail comme soupape de sûreté. La preuve en est que les communistes sont les ennemis les plus acharnés du Bureau. Moscou voyait en Albert Thomas un adversaire très dangereux qui pouvait établir par évolution, moyennant concessions mutuelles, un régime de justice sociale qui pouvait rendre la société réfractaire à toute tentative révolutionnaire.
Avance :
Comme tous les esprits généreux au service de la cause du prolétariat, Albert Thomas eut à souffrir l’attaque cachée ou ouverte de la bourgeoisie
qui fit appel à son arme préférée, la calomnie, quand elle n’a pas d’autres arguments pour le combat. Mais sa conduite sans tache et la généreuse intention des efforts de son intelligence avaient entouré sa personnalité d’un prestige international intangible. Voilà pourquoi, en ce moment, le monde entier se joint au deuil du socialisme pour la perte de cet éminent camarade.
La Veu de Catalunya (M. Jaume Carrera) :
Albert Thomas est mort au moment où le monde entier discutait son magnifique rapport présenté à la Conférence internationale du Travail. Dans ces dernières années, alors que tous les pays étaient affectés par la crise économique la plus vaste et la plus cruelle qu’ait connue l’histoire, Albert Thomas avait développé une activité extraordinaire pour trouver les remèdes nécessaires. Cette entreprise était presque impossible, si on tient compte que chaque pays s’est lancé dans l’adoption de mesures qui répondent à la préoccupation de se sauver lui-même. Celui qui fut jusqu’à aujourd’hui le Directeur du Bureau international du Travail était au milieu de cette lutte d’intérêts nationaux, et après l’étude de tous les facteurs, il s’était déclaré en faveur d’un programme de travaux publics internationaux et de l’économie dirigée. Bien entendu, le premier but était d’une réalisation difficile, parce qu’il exige une ample opération de crédit, et le second avait mérité les critiques des défenseurs de l’économie privée. Mais Albert Thomas ne s’est précisément pas placé sur le terrain des principes, il voyait quelle était la réalité posée par les circonstances.
Action Cooperaiisla , Barcelone :
La disparition de cette homme extraordinaire par ses qualités d’intelligence et sa capacité organisatrice et dont l’œuvre a été le Bureau international du Travail, est plus sensible en ce moment de confusion et de crise profonde quand il est toujours plus nécessaire d’avoir le concours de grands esprits inspirés de l’idéal de réforme positive des normes du droit social.
Catalunya Social :
Homme de grand dynamisme, il fit du Bureau international du Travail l’organisme le plus vivant, et peut-être le seul qui donnât des fruits de la Société des Nations, sans jamais épargner l’effort personnel, et mettant à l’épreuve la trempe de ses collaborateurs. On le vit à côté des ouvriers, des patrons ou des représentants gouvernementaux, quand il jugeait que les uns ou les autres avaient raison, et jamais ses décisions n’ont mérité la critique que par partialité ou par esprit doctrinaire.
El Socialisla , Madrid :
D’une façon inattendue, Albert Thomas a payé son tribut à la terre. Sa mort est un malheur aussi bien pour le socialisme français que pour l’Europe contemporaine ...
En 1919, Albert Thomas est élu, à Washington, Directeur du Bureau international du Travail. A partir de ce moment, ses efforts sont d’une catégorie plus élevée. Il renonce à son mandat de député pour mieux se vouer à la rude mission qui lui est assignée. Il est dans son bureau du Bureau international du Travail un des vrais Européens. Il est au delà de la France, il travaille sur l’Europe, et, encore mieux, sur le monde entier,
car il veut lui donner une nouvelle physionomie et le mettre dans des conditions de gagner chaque jour une bataille à la justice. Par des conventions il réglemente le travail de toutes les professions : mineurs, marins, cheminots... Ce sont les motions socialistes qui le soutiennent dans tant de difficultés et qu’il n’a jamais abandonnées.
El Eco Patronal, Madrid :
Il sera difficile de trouver un remplaçant mais encore plus difficile de trouver un remplaçant aussi doué de l’équilibre pondéré nécessaire pour étudier, sans passion et d’un point de vue idéologique, les solutions des graves problèmes que pose la vie du travail.
Si les masses ouvrières ne sont pas allées vers un extrémisme exagéré, on le doit au frein que représentait le labeur développé par le Bureau international du Travail dont Albert Thomas était l’âme.
ESTONIE
Journal de Reval :
Albert Thomas fut un des premiers conseillers de la délégation estonienne à Paris, en 1918. A cette époque, il écrivit plusieurs articles dans la presse française sur l’indépendance de l’Estonie. Depuis ce moment, Albert Thomas est devenu un grand ami de ce pays et des autres pays baltes.
Pâevalehl (M. J. Sonin) :
... Si la politique sociale mondiale a fait autant de progrès depuis douze ans, c’est bien à Albert Thomas qu’elle le doit. Il ne s’est pas contenté d’être un savant et un informateur, mais il a encore mis toute son énergie à rechercher des solutions pratiques et à mettre en œuvre la législation sociale.
... L’Estonie pleure Albert Thomas. Elle a perdu en lui un de ses amis, car il ne faisait aucune différence entre les grands et les petits Etats.
Kaja :
... Gomme Directeur du Bureau international du Travail, il était tout à fait à sa place, non seulement comme organisateur, mais comme expert des questions sociales et comme réalisateur... Il ne se cantonnait pas dans la politique sociale. Son influence personnelle était significative dans toutes les questions de politique générale... La Société des Nations s’est souvent tournée vers lui dans les moments difficiles. Le monde entier perd un de ses meilleurs citoyens.