IRLANDE (ÉTAT LIBRE D
The Irish Press (Prof. Alfred O’Rahillv) :
La mort si douloureuse et inattendue du Directeur du Bureau international du Travail mérite autre chose qu’une simple notice. Il était dans la force de l’âge et de l’énergie. Il est bien pénible à ceux d’entre nous qui l’ont entendu prendre la parole il y a dix jours à peine, de penser que cet homme en possession d’une vitalité si extraordinaire et d’une éloquence qui coulait de source, soit parti d’une manière aussi inattendue et paisible. Il est mort comme il aurait souhaité mourir — sous le harnais. Il venait de diriger et, en vérité, de dominer les débats de la seizième session de la Conférence internationale du Travail — oeuvre qui était pour lui une religion et le but de sa vie. C’est à lui plus qu’à aucun autre qu’est due la réussite merveilleuse de cette Organisation de caractère unique qui tend à promouvoir la justice sociale dans le monde entier.
Tous les Irlandais qui sont allés à Genève garderont de lui un souvenir plein d’affection et de respect, car Albert Thomas était un ami véritable de notre pays.
The Watchword, Dublin :
En 1922, lors du Congrès syndical international de Rome, Albert Thomas fit son premier grand discours en sa qualité de Directeur du Bureau international du Travail, parmi ceux-là mêmes dont il était issu.
Déjà à cette époque Albert Thomas déployait les qualités brillantes qui font de sa mort une perte si grave pour le mouvement syndical tout entier. Celui qui prit la parole à cette réunion, il y a dix ans, était un homme qui, sans laisser détourner par rien son attention, tenait en éveil dans son cœur l’ardeur d’un enthousiasme profond pour sa mission et pour la cause qu’il défendait ; un homme assez grand pour réussir, dans un milieu plein d’agitation et d’hostilité, à conserver cet heureux amalgame d’ardeur spirituelle et de sobre décision qu’il devait pour une part à sa philosophie latine de la raison, et, pour l’autre, à ce tempérament français forgé par la Révolution française et qui a atteint sa perfection chez des hommes tels que Jaurès (qui, rappelons-le, avait reconnu très tôt les capacités de Thomas et avait aidé à son avancement).
The Waichword (A. J. P. Mortished) :
Sa mort survient à un tournant de l’histoire du monde ; elle peut même se révéler comme un de ses facteurs décisifs. Il s’était rendu compte, comme aucun autre homme d’Etat ne semble l’avoir encore fait, de la gravité de la crise qui affronte la cilisation moderne. Lui seul semblait avoir la largeur et la pénétration de vue, l’imagination constructive et la force d’impulsion, le don du commandement, qui auraient pu servir à faire surgir l’ordre du chaos. Quelques heures à peine avant sa mort, il travaillait encore à des plans de reconstruction. Soudain, épuisé par des années de besogne surhumaine, son corps s’est affaissé ; puisse son âme aller encore de l’avant !