‹ Albert Thomas 1878-1932Chapitre 23 sur 37 · ITALIE · texte numérisé non relu

ITALIE

Crilica Fascisla (Editorial) :

... Ce que le Traité de Paix appelle « Organisation internationale du Travail » aurait été sûrement une chose bien différente si contre les méfiances, les craintes, les faiblesses, ne s’était dressée la volonté formidable d’un homme qui résumait en lui-même — si grand était son prestige moral — la volonté et l’âme de tout ce qui se mouvait dans la vie internationale du travail.

Albert Thomas avait un tempérament compréhensif et universel. Sa chance a été d’avoir pour champ d’action le monde entier. Il avait besoin de faire jaillir de la matière brute des étincelles géniales, de la façonner en des formes nouvelles, précises, achevées. Il voyait toujours grand et il embrassait toujours l’horizon le plus vaste. Dans cet horizon il se mouvait en dépensant — milliardaire du cerveau et des muscles — une robustesse physique, qui s’est révélée factice, et une volonté de fer irrésistible pour un travail qui n’avait pas de trêve, même pendant le sommeil.

Durant ces douze dernières années, il a visité tous les pays. Il a approché les patrons et il a réussi — lui socialiste — à les entraîner dans le sillage de l’Organisation. Il a charmé les ouvriers par le prestige de sa parole, de sa personne, de sa foi en leur imposant souvent la réflexion et la prudence. Il a poussé et stimulé les gouvernements par une action très habile de diplomate expérimenté sur le chemin des ratifications et des adhésions en faveur de la protection ouvrière.

A ceux qui ne connaissaient que peu cet homme qui venait à peine de terminer son immense labeur de chaque année lorsqu’il tomba, foudroyé par une obscure destinée, dans un café de Paris, on peut conseiller la lecture de son dernier discours qu’il fit huit jours avant sa mort pour clôturer, ou mieux, pour vivifier les travaux de la Conférence. De ce discours, qui le fait revivre dans le climat moral qui lui convenait le mieux — celui des assemblées internationales où se discutent les questions les plus importantes de la vie et du progrès des classes ouvrières,— émane toute la personnalité d’Albert Thomas. Dans ces pages qu’on ne peut pas relire sans émotion et sans regret, revit l’ardeur constructive qui agita l’esprit et usa la vie d’Albert Thomas, esprit et vie qui furent voués à la grande idée de l’amélioration sociale et humaine, incorporée dans la Partie XIII du Traité de Paix. Dans ces pages revit le conflit entre l’économique et le social qui, après de longues années, semblait désormais s’acheminer vers une solution heureuse.

Lauoro , de Gênes (Editorial) :

... S’il y avait un homme qui luttait contre la crise épouvantable avec un courage à toute épreuve, avec une intelligence vaste et sagace, surtout avec une ardeur passionnée en tirant le plus grand profit des moyens qui étaient à sa disposition en tant que Directeur du Bureau international du Travail, cet homme était bien Albert Thomas : tout le monde écoutait ses paroles frémissantes d’action pour en recevoir lumière et réconfort... Ardeur d’action, passion, clairvoyance, puissance de travail plus unique que rare, ordre et méthode, sont toutes qualités dont il est assez facile de trouver l’une ou l’autre, mais qu’il est très difficile de trouver réunies dans un seul homme : celui qui les possède ne peut être qu’un homme d’exception... Puisse sa mémoire multiplier les forces de celui qui est appelé à lui succéder et de tous ceux qui aspirent ardemment à la justice sociale. Mais ce vœu que nous formons, cette foi inébranlable que nous possédons, ne peuvent nous cacher qu’une grande lumière s’est éteinte.

Echi e Commenii (M. Gino Violi) :

Lumière étincelante de pensée, ardeur de foi dans la justice sociale, sens infaillible d’orientation, discernement prompt et aigu des possibilités, esprit d’équité dans l’appréciation des divergences d’idées et de tendances les plus âpres, fougue impétueuse d’activité créatrice : voilà ce que la mort a soudainement enlevé à la direction du Bureau international du Travail... Afin que les principes inscrits dans la Partie XIII du Traité de Paix pour la défense des droits humains et sociaux des masses laborieuses pussent, au cours des dix années écoulées depuis la fin de la guerre, au milieu des crises répétées et de l’effritement de la vie internationale, devenir des règles qui devaient être incorporées dans les conventions internationales du travail et enracinées dans la politique sociale des Etats... il ne fallait pas moins que cette harmonie complexe de dons rassemblés, par une chance unique, dans l’esprit et dans l’âme d’Albert Thomas.

... Son esprit toujours en éveil était sensible à toutes les impulsions de vie nouvelle. Ses rapports des dernières années, synthèse condensée et aiguë du développement social, ses discours de réponse aux observations et aux critiques, montrent clairement, d’abord le contraste entre les procédures traditionnelles et les buts habituels et le désir d’élargir l’horizon pour renforcer les bases mêmes de l’Institution, ensuite, la triste réalité de la crise aidant, la ferme volonté d’ouvrir un chemin nouveau, et l’on arrive à la dernière Conférence d’il y a un mois, où cet appel à l’action, préparé par son rapport même et décidé sur l’initiative du groupe ouvrier par l’Assemblée presque unanime, lui donna l’occasion d’une de ces ascensions lyriques qui, sous la suggestion de son éloquence, entraînait les auditeurs, les soulevant hors des doutes critiques jusqu’au sommet de la foi.

Gerarchia (M. de Michelis) :

Une œuvre de telles dimensions et d’une telle portée, comme est l’Institution de Genève, ne peut, certes, être liée au sort d’un seul homme, pour éminent qu’il soit, mais il est non moins certain qu’avec Albert Thomas fait défaut, non le simple chef d’une grande organisation, mais le guide fidèle et généreux, l’animateur inlassable, l’incitateur le plus ardent, dont l’expérience était, aujourd’hui plus que jamais, requise, aujourd’hui où l’on entrevoit la voie nouvelle. Avec lui on pouvait même

attendre que la nouvelle tâche mûrisse petit à petit dans les Conférences futures car il en aurait ordonné le schéma avec sagacité et prudence. Sans lui, aucun autre ne voudra assumer la responsabilité, ni de revenir sur le chemin déjà parcouru, chemin de réalisations efficaces, mais pas encore adaptées aux nécessités de l’heure, ni de s’engager sur le chemin nouveau, sans être aidé par une tradition ou guidé par d’autres collaborateurs.

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