‹ Albert Thomas 1878-1932Chapitre 36 sur 37 · TCHÉCOSLOVAQUIE · texte numérisé non relu

TCHÉCOSLOVAQUIE

Prdvo Lidu (M. Lev Winter) :

L’un des personnages les plus remarquables du socialisme international et de la politique sociale internationale vient de disparaître. La

mort subite a empoigné le ministre international de la prévoyance sociale immédiatement après la Conférence internationale du Travail, où il traçait les grandes lignes d’une activité susceptible de porter remède à la crise économique actuelle... La capacité d’organisation dont il a fait preuve pendant la guerre lui a valu le poste de Directeur du Bureau international du Travail. En peu de temps, Albert Thomas a réussi à en faire un organisme vigoureux dont l’activité s’étendit progressivement à toutes les branches de la prévoyance sociale. Les institutions internationales sont toujours exposées au grand danger de succomber au bureaucratisme ; le fait que le Bureau international du Travail a pu jusqu’à présent se défendre contre ce danger est un mérite personnel d’Albert Thomas.

Albert Thomas est resté un lutteur et un propagateur de ses conceptions, même en qualité de Directeur du Bureau international du Travail. Loin de rester assis à son bureau, il voyageait souvent, pour intervenir personnellement auprès des gouvernements en faveur du développement de la politique sociale internationale et notamment des ratifications. Il ne sera pas facile de trouver un digne successeur de ce disciple de Jaurès auquel il ressemblait par son éloquence fascinante et par sa foi socialiste.

Pravo Lidu (M. E. Stern) :

Albert Thomas peut être compté, à juste titre, parmi ceux qui ont concouru dans une large mesure à la création de la République tchécoslovaque. Pendant la guerre, il conclut une amitié sincère, à Paris avec Bénès, en Russie avec Masaryk ; c’est en Russie qu’il signa avec ce dernier en juin 1917, au nom de la France, le premier traité franco-tchécoslovaque. Thomas n’a pas manqué de souligner son émotion joyeuse lorsqu’en 1921 il put enregistrer la ratification tchécoslovaque de la convention de Washington sur la journée de huit heures, précédant celle des autres Etats industriels européens. C’est alors qu’il a accepté d’être le seul membre d’honneur étranger de l’Institut social de Prague où, presque tous les deux ans, il prononçait des conférences.

Lors de la suspension de la journée de huit heures, en Allemagne, en 1924, et de la réaction contre la législation ouvrière, c’est sur l’initiative de Thomas que le Congrès international de politique sociale se réunit à Prague ; il le présidait et en a rédigé le manifeste. On sait que ce Congrès a abouti à la création de l’Association internationale pour le progrès social. Il faut maintenant parer au danger que, sans Albert Thomas, le Bureau international du Travail ne devienne un bureau tout court, au lieu d’être un bastion du progrès social.

Ceské Slovo (M. A. Tucny) :

La mort d’Albert Thomas signifie encore bien plus qu’une perte irréparable pour le Bureau international du Travail. Elle signifie une perte irréparable pour le progrès social international, la perte irréparable d’un apôtre qui a consacré sa vie et son effort à la vie de la société humaine, pour que celle-ci soit basée sur une humanité vraie pénétrée par elle. On chercherait peut-être en vain un autre exemple d’un pareil dévouement à la tâche à laquelle on consacre toutes ses forces... L’œuvre considérable de toute la vie d’Albert Thomas prend fin subitement, au grand chagrin de tous ceux qui en auraient encore eu tellement besoin. Son dernier effort a porté sur les moyens susceptibles de remédier au chômage catastrophique actuel sur lequel, naguère encore, à la seizième session de la Conférence internationale du Travail, il tâchait d’attirer, avec tout son noble tempérament et son influence suggestive, l’attention des gou-

vernements membres de l’Organisation internationale du Travail. L’affection de Thomas pour la nation tchécoslovaque allait au delà de l’amitié traditionnelle franco-tchécoslovaque.

Csl. Kovopracovnik (M. Stastny) :

Si nous sommes tellement frappés par la disparition, à la fleur de l’âge, d’Albert Thomas, c’est qu’il comptait parmi ceux dont chaque jour de vie est précieux pour toute la société humaine.

Rozhcedy :

Au Bureau international du Travail, Albert Thomas était vraiment à sa place. Il s’appliquait de toutes ses forces à ce que le Bureau ne devienne pas un mécanisme sans âme, mais qu’il remplisse effectivement sa mission et qu’il devienne un véritable ministère international de la prévoyance sociale. L’élan avec lequel Albert Thomas poussait tout travail, sa conviction profonde de la nécessité d’une politique sociale systématique et sa perspicacité le qualifiaient pour ce poste important où il a été pour ainsi dire le moteur qui, inlassablement, faisait tourner tout ce mécanisme compliqué. La classe ouvrière gardera toujours un souvenir reconnaissant de celui qui a tant lutté pour ses droits.

Narodni Listy (M. Vanêk) :

Socialiste français, Albert Thomas luttait de toutes ses forces pour l’amélioration du niveau de vie de la classe ouvrière, en mettant au service de son idéal son intelligence débordante de force et de perspicacité et qui lui attirait la sympathie de tous ceux avec lesquels il était en contact... Il a été inlassable dans son effort, ne se résignant jamais à abandonner la poursuite d’un but, fût-elle des plus difficiles et des plus longues. Il a su parfaitement apprécier et peser les différentes forces opposées exerçant une influence sur la solution des problèmes de chaque jour et se servir de celles qui concouraient à la solution de ces mêmes problèmes. Et si les oppositions ont été trop fortes, il a su se contenter d’un compromis et attendre.

A la fin de la guerre, cet homme exceptionnel a assumé la direction du Bureau international du Travail, auquel il s’est identifié et auquel il a consacré toutes ses forces. Le Bureau international du Travail et la Société des Nations perdent en lui un homme rare ; l’un des pionniers de la paix économique et sociale en Europe. La France perd l’un de ses meilleurs fils, un politicien excellent et un orateur des plus remarquables. La nation tchécoslovaque perd un ami.

Venkov (M. Meëir) :

Tous ceux qui voyaient Albert Thomas avaient l’impression d’une forte personnalité. Si sa manière d’agir captivait tous les esprits par son amabilité, il y avait, d’autre part, des moments où cet homme aimable savait faire vibrer d’autres cordes et être l’énergie même, car le travail, le travail sérieux, était une passion d’Albert Thomas. Il était non seulement un organisateur de premier ordre, mais aussi un travailleur dont le rendement étonnait. Le fait qu’en sa qualité de Directeur du Bureau international du Travail il avait à faire avec les gouvernements, les employeurs et les travailleurs, et que, dans ces trois catégories, il jouissait de l’estime générale, démontre qu’il fut un habile diplomate, qui a su obtenir que les résultats de la collaboration de ces trois facteurs ne soient pas seulement des proclamations générales, mais toute une série de conventions internationales ratifiées par les principaux gouvernements. D’une institution dont on ne savait pas au juste au début ce qu’elle allait devenir, il a réussi à faire une puissance vraiment mondiale.

P rager Presse :

... La Tchécoslovaquie perd en Albert Thomas, homme politique et homme de la politique sociale, un ami sincère, un collaborateur fidèle et énergique qui connaissait et estimait à leur juste valeur, les réformes sociales accomplies dans ce pays. L’Europe entière ressentira douloureusement le silence de cette voix. Les relations d’Albert Thomas avec la Thécoslovaquie étaient pleines de cordialité. Dans son livre sur la révolution mondiale, T. G. Masaryk évoque l’aide amicale qu’Albert Thomas lui prêta en 1917, lorsque après la révolution de printemps il vint en Russie comme ambassadeur de France. Masaryk rappelle la rencontre qui eut lieu à Petersbourg et les négociations sur le transport des troupes tchécoslovaques en France. Thomas contribua puissamment à rendre cette action plus rapide. Le 13 juin 1917, il signa au nom du Gouvernement français le premier arrangement avec le Conseil national tchécoslovaque. Ce fut le premier instrument diplomatique que notre Conseil national put arrêter d’égal à égal avec le gouvernement d’un autre Etat — instrument qui entrera dans l’histoire tchécoslovaque. Après son retour à Paris, Thomas n’a pas cessé d’être le bon conseiller dans la lutte pour notre libération. Il connaissait Bénès dès avant la guerre et lui gardait sa constante collaboration. Au cours de toutes ces années de l’aprèsguerre, la sincère amitié d’Albert Thomas pour la Tchécoslovaquie ne s’est jamais démentie.

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